PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
en paix avec sa conscience et avec ses semblables, à le soumettre librement et joyeusement à toutes les lois justes, comme aussi à toutes les exigences de la nature et de la société. Il ne tient qu'au philosophe de devenir un vrai sage ; la sagesse occupe toujours les loisirs de ceux qui la cultivent et qui l'aiment, elle ennoblit leurs joies, soulage leurs peines et leur fait attendre, quoi qu'il arrive, une meilleure vie.
Il est facile de voir maintenant les rapports que la philosophie soutient avec la foi et les services mutuels qu'elles peuvent se rendre. La philosophie ne change pas de nature au contact de la foi : elle demeure une science humaine, ne s'appuyant en définitive que sur la raison et l'évidence ; mais elle tire de cette union de grands avantages. Averti par la révélation, le philosophe qui embrassait des conclusions fausses et pernicieuses, reprend soigneusement le fil de ses déductions ; il s'aperçoit bientôt que ce fil subtil s'était rompu entre ses mains et qu'il allait offenser du même coup, par une affirmation précipitée, la raison et la foi. La philosophie est donc redevable à la théologie, ou plutôt à la foi, et elle en dépend en ce sens; mais cette subordination est libre et raisonnable. D'autre part, la foi et la théologie reçoivent de la philosophie des secours indispensables. La philosophie, en effet, démontre l'existence de Dieu, la véracité divine et le fait de la révélation : suivant le mot d'Origène, elle sert donc de prélude au christianisme. Elle seconde ensuite la théologie, qui s'appuie essentiellement sur la révélation ; elle explique jusqu'à un certain point et par des analogies les mystères de la foi, la Trinité, l'Incarnation, etc. Enfin elle défend la loi, soit en convainquant d'erreur ses adversaires, soit en dissipant leurs objections. Quelque part que se porte la foi, la philosophie la suit, pour la défendre et s'en éclairer tour à tour : elle réalise ainsi pour sa part l'alliance si féconde de la nature et de la grâce.
Ajoutons que la philosophie est de nos jours plus nécessaire que jamais. Non contents de rompre avec l'autorité ecclésiastique et de rejeter certains dogmes, nos adversaires poussent d'ordinaire la négation jusqu'à l'incrédilité et même jusqu'à l'athéisme. En face de leurs excès, la théologie est impuissante, puisqu'ils rejettent ses principes essentiels. Seule la philosophie, qui n'invoque en définitive que la raison, peut leur offrir le combat et les obliger à respecter nos croyances, alors même qu'ils ne les partagent pas. (V. au livre VII, les systèmes philosophiques et les écoles ; dans la partie historique, les philosophes célèbres : Socrate, Platon, etc.)
Logique. — Elle traite des êtres de raison : idées, jugements, raisonnements, méthode. C'est un axiome que la logique est tout et rien. Son objet en effet, est tout idéal, universel et abstrait ; or rien n'existe que le particulier, le concret. Elle traite du raisonnement, de .la méthode, qui ne valent que par les choses auquelles ils s'appliquent et le but qu'ils permettent d'atteindre. Plusieurs ont regardé la logique comme une science ; d'autres, comme un art. Elle est l'un et l'autre, selon l'aspect sous lequel on la considère.
On distingue la logique naturelle et la logique artificielle. La première est le fruit de la nature et de l'expérience que tout homme fait nécessairement de sa raison. Elle suffit au commun pour trouver une foule de vérités nécessaires, surtout de l'ordre pratique. Elle sert, en outre, de fondement à la logique artificielle ou scientifique. Celle-ci est à l'autre ce que le. télescope est à l'œil qui s'en sert. Le télescope agrandit merveilleusement la portée et le champ de la vue, mais il ne peut rien qu'avec l'organe auquel il faut l'accommoder. Cette comparaison justifie déjà la logique scientifique et en
montre toute la nécessité. Ceux qui ont pu en douter n'ont songé qu'aux sophistes et aux abus de la dialectique. Il est certain que tout savoir dont on abuse se retourne contre la raison dont il procède : ainsi en est-il de la logique artificielle, qui peut se retourner contre le bon sens, cette logique de tous. Mais quoique le bon sens doive juger en définitive de la logique savante, il n'en est pas moins vrai qu'il ne suffit pas.
A. Comte s'est donc trompé en ne regardant comme possible et utile qu'une certaine logique appliquée, celle qui se confond avec l'étude des théories scientifiques. La logique est un instrument général de connaissance et il importe de l'étudier elle-même avant de s'en servir. D'ailleurs nous convenons que chaque science a sa logique particulière, qui ne s'apprend bien que par l'usage. C'est ainsi que, outre des instruments indispensables à toute profession mécanique, chacune a les siens propres : autres sont les instruments aratoires; autres, ceux de l'usine ou du chantier. Chaque science a donc, outre une méthode commune, ses procédés particuliers d'invention et d'application, qui doivent être familiers aux spécialistes. Mais la logique générale n'en est que plus importante.
Elle a été appréciée et cultivée par les plus grands philosophes. Socrate et Platon ont fait le même éloge de la dialectique. Saint Augustin n'est pas moins explicite. En fondant toutes ses espérances sur sa méthode, Descartes lui-même fait de la logique la première des sciences. Mais celui qui, sans contredit, a le plus fait pour la logique est Aristote. Au dire de Kant, son adversaire, non seulement il l'a fondée, mais encore il l'a construite et achevée si bien qu'on n'y a rien ajouté depuis. Nous ne parlons ici, bien entendu, que de la logique formelle, celle qui consiste dans la théorie des idées, des jugements et des raisonnements. Car, depuis Aristote, la logique s'est accrue considérablement en ce qui concerne la méthode et les critériums de vérité. Mais, sans compter qu'Aristote a pu écrire sur ce sujet des traités qui ne sont pas arrivés jusqu'à nous, il suffit à sa gloire d'avoir créé la logique formelle. On la trouve dans les cinq livres intitulés : Des Prédicaments ; — De l'Interprétation. — Des Analytiques. — Des Topiques. — Des Sophisme*. Les Stoïciens les ont réunis sous le nom général à'Oryanon ou instrument.
Les scolastiques ont suivi et commenté cette doctrine, qui a été vivement critiquée depuis la Renaissance. Bacon et ses successeurs ont rejeté le syllogisme, ou n'y ont vu qu'une induction déguisée ; à leurs yeux, la logique doit être toute matérielle, elle se borne à la théorie de l'induction et de la preuve expérimentale (Start Mill, Bain). D'autres, au contraire, ont maintenu la logique formelle d'Aristote ; mais ils ont prétendu la corriger ou la compléter en quantifiant le prédicat et en transformant ainsi la proposition en une sorte d'équation. En réalité, comme les précédents, ils n'ont pas compris la nature du syllogisme (Bentham, Hamilton). — Comme on vient de l'indiquer, la logique se divise en deux parties : la logique formelle et la logique matérielle. Nous appelons la première, dialectique, et la seconde, critique.
Dialectique. — Dans la terminologie d'Aristote, la dialectique est l'art de faire valoir les probabilités en faveur d'une opinion. Comme Kant le fera plus tard, Aristote entend par arguments dialectique* les arguments probables, par opposition aux arguments démonstratifs. Chez Platon, la dialectique est plutôt l'art de questionner et de répondre, de pratiquer la méthode socratique, de tirer toutes les conséquences de sa propre pensée et de les accorder entre elles, en un mot de raisonner. La