LIVRE V : DE LA. SCIEPsXE ET DE L'ART
des biens consacrés à son entretien et à celui de ses ministres. Le droit civil ecclésiastique ne se confond point par conséquent avec le droit canon, malgré leurs rapports étroits : le droit canon émane tout entier du pouvoir ecclésiastique.
Au point de vue de la forme, le droit positif est écrit ou non écrit. Celui-ci, dit encore droit coutumier, n'est pas établi par des lois, mais plutôt par des usages. Le droit français est écrit, sauf pour certains détails laissés aux usages locaux. Mais, avant la Révolution, le Nord de la France (au-dessus de la Loire) était régi par des coutumes d'origine germanique; le Midi, par le droit romain, dit droit écrit.
Au point de vue de son objet, le droit est public ou privé. Le droit public comprend : le droit constitutionnel ou politique, quil faut chercher, pour la France, dans les nombreuses constitutions qui se sont succédé depuis 1791 ; — le droit public international ou le droit des gens ; — le droit pénal ou criminel, auquel se rapportent le Code pénal et le Code d'instruction criminelle ; — le droit administratif, qui règle les rapports de l'Etat et des diverses autorités avec les particuliers.
Le droit privé comprend : le droit civil, soit en tant que ce droit se distingue du droit des gens, soit en tant que ce droit est privé et qu'il règle les rapports des particuliers non commerçants. Au droit civil ainsi limité se rapportent : le Code civil, qui traite successivement des personnes, des biens, de la manière d'acquérir des droits (successions, testaments, contrats, etc.) ; — le droit commercial, qui règle les rapports des particuliers commerçants ; — le droit international privé, qui règle les rapports des membres d'un Etat avec les membres des autres Etats. La science du droit comprend encore d'autres branches, enseignées dans les facultés de droit, mais qui se rapportent à celles-ci : droit comparé ou législation couijxtrée (étude comparative de diverses législations), droit maritime, droit industriel, législation financière, etc. Mais ce qui manque le plus, c'est l'enseignement du droit naturel, qui relie les lois humaines aux lois de la morale et delà conscience, par conséquent à la loi éternelle de Dieu. Là seulement se trouve la véritable philosophie du droit. Sans elle, une justice de convention, légale et pharisaïque, se substitue plus ou moins à celle qui fait les citoyens honnêtes et les peuples forts. (V. Rothe, Traité de droit naturel; de Vareilles- Sommières, Princ'qies fondamentaux du droit — Sur le droit canon, voir les traités volumineux de Bouix, de Angelis, Duballet ; le Dictionnaire de droit canonique do André, réédité par Wagner, etc.)
Légiste. — Dans l'histoire, on applique particulièrement ce nom aux légistes qui se firent les inspirateurs ou les partisans de la royauté, dans sa lutte contre le pouvoir pontifical. Ils apparaissent dès le temps de Philippe le Bel. En exaltant outre mesure le pouvoir royal et en l'affranchissant de toute dépendance religieuse, les légistes préparèrent la Rélorme et plus tard la Révolution.
Administration. — Sans se confondre avec le droit administratif, la science et l'art de l'administration ont avec lui les rapports les plus étroits. Ils résultent, comme les autres connaissances, de qualités naturelles et de qualités acquises, c'està-dire d'aptitudes et d'expérience. On regarde la science de l'administration comme d'origine récente; mais il n'y a de récents peut-être que les Dic- ■ tionnaires particuliers et les Manuels qui lui sont consacrés.
Economie politique. — Cette science traite de la formation, de la distribution et de la consommation de la richesse, au sein de la société. Elle diffère ainsi de l'économie domestique, qui se borne
à la famille. Dans la première partie, l'économie politique traite de la valeur et du prix des choses ; des moyens de production : terre, capital, travail, etc. Aux questions de prix, se rapportent celles d'échange et de monnaie, de commerce, de circulation et de libre échange. Dans la deuxième partie, il est traité des produits sous toutes les formes : revenus, rentes, intérêts, fermages, etc. ; salaire ; impôts, etc. Dans la troisième, on traite des rapports de la consommation et de la production, des consommations productives, improductives, du luxe, etc. L'économie politique, étant la science de la richesse, qui est une des formes principales de l'utile, est nécessairement subordonnée à la morale, qui est la science de l'honnête ou fin absolue. D'ailleurs on ne peut, sans compter avec la morale tout entière, traiter du travail qui est un acte humain; de la reparution des richesses, qui est un acte de justice ; de la consommation qui doit être réglée à son tour par la vertu, en particulier par la tempérance. L'économie politique est donc subordonnée à la morale, comme aussi au droit naturel, à la politique. Niée par le libéralisme, cette subordination résulte clairement, en outre, de l'Encyclique de Léon XIII Sur la condition des ouvriers. — L'histoire de l'économie politique est liée à celle de l'industrie, du commerce, de la colonisation, etc. Cette science a donné lieu à des systèmes opposés : socialisme, libéralisme, etc. Elle a été traitée diversement dans les écoles : école historique, en Allemagne ; école de Le Play, en France, etc. L'économie politique chrétienne réunit leurs meilleurs éléments (V. Liberatore, Principe* d'économie politique ; Antoine, Cours d'économie sociale ; Dehon, Manuel social chrétien; Périn, Principe* d'économie pjoli tique, etc.)
Chrématistique. — Nom donné par Aristote à la science des richesses. Le philosophe grec a distingué les biens naturels et les biens artificiels, la valeur en usage et la valeur en échange ; il a indiqué les causes de la lutte entre les riches et les pauvres, etc. Ses vues sur le prêt à intérêt n'ont pas été adoptées par le libéralisme économique, mais elles sont aujourd'hui encore justifiées par les scolastiques et tous ceux qui n'admettent la légitimité de l'intérêt qu'en vertu de titres extrinsèques.
Finance. — A l'économie politique se rattache la science de* finances, qui a pris de nos jours une importance extrême, avec le développement du crédit et l'accroissement énorme des budgets d'Etat. Alléger les impôts, choisir les plus équitables et ceux que le contribuable acquitte le plus volontiers, diminuer les frais de perception, éviter toute dépense inutile : telle est une partie de l'objet de la science des finances. Cette science complexe était enseignée à Heidelberg sous le nom de caméralistique ou droit caméra/. Des chaires semblables existaient à Halle, à Milan,' etc. M. Paul Leroy- Beaulieu a publié la Science >lcs finances; et M. Léon Say, le Dictionnaire des finances.
Politique. — Science et art du gouvernement, la politique comprend ou suppose toutes les connaissances précédentes : l'économie politique, les finances, le droit public et international, la morale, etc. Parmi les politiques, comme parini les moralistes, les uns ont tout subordonné à l'intérêt (Machiavel, Bentham, Hobbcs) : de là la politique égoïste de l'intérêt ; les autres ont tout subordonné à la justice (Platon, Cicéron, saint Louis). La politique des premiers est odieuse. D'ailleurs, en servant la justice avec prudence, un Etat ne peut que servir ses plus hauts intérêts. Signalons parmi les politiques les plus célèbres : Moïse, Lycurgue, Solon, Périclès, Alexandre. César, Charlemagne, saint Louis, Louis XI, Richelieu, Mazarin, Washington, Napoléon, Cavour, Bismarck.