LIVRE V : DE LA. SCIENCE ET DE L ART
•faines tribus sauvages ne sont pas sorties de l'âge de pierre ou y sont retournées, bien que leurs ancêtres eussent connu peut-être l'usage du fer avant les Européens. L'époque des caverne* ou des troglodytes n'est pas moins relative. Mais l'étude des cavernes à ossements, celle des stations préhistoriques, lacustres et autres, l'examen attentif de tous les objets qui ont servi à de races disparues n'en ont pas moins fourni d'utiles renseignements. Les périodes préhistoriques particulières sont désignées ordinairement par les noms des localités où ces périodes sont le mieux caractérisées. L'on a ainsi : la période acheulèenne (Saint-Acheul) ou chellèenne (Chelles, en Seine-et-Marne), caractérisée par des outils de pierre, la présence des grands animaux (éléphant, mammouth), un climat doux et pluvieux; la période monstèrienne (caverne du Moustier, en Dordogne', caractérisée par un climat moins clément ; la période solutréenne (Solutré, en Saône-et-Loire), caractérisée par un climat froid, la disparition du rhinocéros, l'abondance du cheval; carnacêenne (Carnac, en Morbihan), caractérisée par de beaux outils de pierre, le culte des morts et la prédominance des idées religieuses, les monuments mégalithiques (dolmens, menhirs, cromlechs), l'apparition du bronze et du fer, etc. Un grand nombre de sociétés d'anthropologie ou d'archéologie préhistorique, etc., ont été fondées, et les questions dont elles s'occupent ont été agitées dans de nombreux congrès. A Saint-Germain-en-Laye, à Mayence, à Berlin, à Stokholm, à Moscou, à Saint- Pétersbourg, etc., il existe des musées plus ou moins riches d'objets préhistoriques.
Historiographe. — L'usage pour les Etats et les princes d'avoir des historiographes est très ancien ; ce qui montre bien leur préoccupation de sauver de l'oubli ce qui avait rempli leur existence. A Babylone, les secrétaires du roi écrivaient les actes de son règne. A Rome les grands pontifes rédigeaient des annales pontificales. Nous retrouvons ces usages à la cour de France. Charles IX créa la charge d'historiographe île France ; Mézeray, Racine, etc., turent historiographes du roi (Louis XIV) ; Voltaire le fut un moment de Louis XV, et Fontenelle, de l'Académie.
Mythologie.- — C'est l'histoire des dieux et des héros. Elle rentre, pour une bonne part, dans l'histoire fabuleuse des origines de certains peuples : Grecs, Hindous, etc. ; elle appartient aussi à l'histoire des religions. Les fables (mythes) de la mythologie sont souvent absurdes ou révoltantes; elles ont donné lieu, chez les anciens eux-mêmes, à diverses interprétations : morales, historiques, philosophiques, qui toutes paraissent fondées, pourvu qu'elles ne soient pas exclusives. Les premiers législateurs, en effet, ont dû allier des symboles à leurs enseignements et à leurs prescriptions : de là l'origine morale des mythes. D'autre part, il arrivait que des héros étaient divinisés après leur mort et que les poètes embellissaient leurs exploits : de là l'interprétation historique des mythes (evhémérisme).Onpeut voiraussi, dans plus d'un mythe, des essais d'explication des phénomènes de la nature ou des vérités philosophiques. A cette manière devoir se rapporte ce passage de la Métaphysique d'Aristote (liv. XII) : « Une tradition venue des anciens et de la haute antiquité, et transmise à la postérité sous forme de mythes, nous apprend que les premiers principes du monde sont des dieux et que le divin embrasse la nature tout entière. Le reste a été ajouté fabuleusement, dans le but de persuader le vulgaire et afin de soutenr les lois et les intérêts communs ». Enfin, tout près de nous, Max Muller a essayé d'expliquer les mythes comme de simples métaphores prises au sens littéral. On sait toute l'influence que la mythologie grecque et romaine a exercée sur la littérature et les arts, aux-
quels elle a fourni souvent des allégories nobles ou gracieuses. Mais cette influence a été excessive à la suite de la Renaissance et coïncide avec une sorte do néo-paganisme. La mythologie comparée ou l'étude comparative des diverses mythologies des peuples, a jeté des lumières nouvelles sur l'origine de ces peuples et l'histoire de leurs religions (v. les dieux, au livre I, et les religions au livre VII).
Chronologie. — Connaître les diverses manières dont les peuples ont compté le temps et daté les événements de leur histoire ; restituer ainsi aux faits historiques leur place et leurs rapports dans la durée : tel est l'objet de la chronologie historique. Elle est plus ou moins fondée elle-même sur la chronologie astronomique, qui a pour objet les divisions naturelles du temps : années, mois lunaires, solstices, éclipses, etc. La chronologie distingue les ères et, avec elles, les diverses époques ou étapes de la vie des peuples. Telles sont, dans l'histoire du peuple de Dieu, la vocation d'Abraham et la sortie d'Egypte ; dans l'histoire romaine, la fondation de Rome ; chez les Grecs, la première olympiade ; chez les musulmans, l'hégire. L'ère chrétienne les domine toutes. Mais elle n'a été adoptée généralement qu'assez tard, puisque ce fut Denys le Petit qui introduisit l'usage de compter à partir de la naissance du Sauveur. Ajoutons à ces premières difficultés les complications apportées par les divers calendriers, et l'on comprendra que les chronologistes soient souvent embarrassés pour assigner les dates précises d'événements importants et d'ailleurs parfaitement historiques. Le plus célèbre des travaux de chronologie est l'Art île vérifier 1rs dates, des Bénédictins.
Anachronisme. — H y a deux sortes d'anachronismes : les uns consistent à placer un fait avant sa date véritable (mètachronisme) ; les autres, à le placer après (parachronisme). Denys le Petit a commis un parachronisme, consacré ensuite par l'usage, en plaçant la naissance du Sauveur quelques années après sa date véritable (de 4 à 7 ans). C'est par un anachorisme que Virgile fait de Bidon une contemporaine d'Enée. Fénelon, dans le Télémaque, s'est permis pour enrichir son sujet, plus d'un anachorisme. En peinture, au théâtre, etc., c'est une sorte d'anachronisme de prêter à des personnages anciens des costumes ou des mœurs, un langage qui n'étaient pas de leur temps.
Biographie. — C'est l'une des formes les plus attachantes et les plus instructives de l'histoire : aucune n'est mieux à la portée de toutes sortes de lecteurs. A ce genre appartiennent les vies des hommes illustres, chefs d'Etat, grands capitaines, philosophes, etc. Plutarque, Diogène Laerce, Cornélius Nepos, Suétone, etc., s'y sont distingués parmi les anciens. Certains monuments historiques de nos jours ne sont que des recueils de biographies : ainsi le Dictionnaire deMoréri, la Biographie universelle des frères Michaud, la Nouvelle Biographie générale de F. Didot. La biographie peut se diviser en deux branches : l'une profane et l'autre religieuse. Celle-ci comprend des recueils comme celui des Bollandistes, qui est incomparable, et toutes les vies de saints (v. hagiographie). Bien traitées et organisées méthodiquement, celles-ci pourraient composer la plus belle des histoires de l'Eglise.
Archéologie. — C'est la science de l'antiquité et du moyen âge, surtout d'après les arts et les monuments. Son domaine est donc très vaste, et l'un de ceux où l'érudition peut se donner une belle carrière. Le premier enseignement publie de l'archéologie est dû à Laurent de Médicis. Parmi les archéologues célèbres citons : Montfaucon, Kircher, Hardouin, Muratori, Quatremère, les deuxChampollion, de Saulcy, Lenormant. de Rossi, qui découvrit et créa, pour ainM dire, la science des cata-