LIVRE V : DE LA SCIENCE ET DE L ART
esthétique ; on comprend aussi qu'elles embrassent des arts souverains, comme la poésie et l'éloquence. Ajoutons que la philosophie et V histoire doivent beaucoup aux lettres ; ce qui fait ranger parfois ces sciences parmi les connaissances littéraires. Mais, en réalité, leur caractère est supérieur et bien différent : elles ne sauraient rentrer, à proprement parler, dans les cadres d'une faculté des lettres.
Dans les lettres ou la littérature sont compris une foule de genres, les uns pour les vers et les autres pour la prose. Parmi les premiers : les poésies lyrique, épique. dramatique, didactique,èlègiaque. satirique, etc. ; signalons aussi la fable, la pastorale, Vépître. Parmi les seconds : les genres aratoire, historique, philosophique, critique, épistolaire; le roman, qui aujourd'hui paraît vouloir tout absorber.
Les lettres étant l'expression la plus parfaite de la pensée, nous révèlent mieux que tout autre signe, les idées des hommes et l'âme des peuples. De là l'importance des diverses littératures : grecque, romaine, française, allemande, etc. A la tête de toutes se place la littérature de nos saints livres, qui nous offre, dans les principaux genres, des modèles incomparables : histoire, poésie lyrique, récits touchants, proverbes, leçons de morale, paraboles, etc. Mais leur élévation même et la distance qui sépare de la nôtre la langue des saints livres, nous rend leur imitation plus difficile.
La littérature grecque nous est donc, à certains égards, plus accessible. On y distingue, après une période mythique, la période homérique, où apparaissent l'Iliade et l'Odyssée ; puis, la période attique, qui voit éclore tous les genres : la poésie lyrique (Pindare), dramatique (Eschyle, Sophocle, Euripide), comique (Aristophane) ; l'histoire (Hérodote, Thucydide, Xénoplion) ; l'éloquence (Démosthène) ; la philosophie (Platon, Aristote). Viennent ensuite : la période alexa nd ri ne, pendant laquelle Alexandrie a supplanté Athènes comme foyer de la civilisation hellénique; la période romaine et enfin la période byzantine. Mais depuis longtemps, la littérature chrétienne avait fait son apparition et s'était développée avec les Pères de l'Eglise. Elle se prolongera avec les meilleurs écrivains ecclésiastiques de tous les temps, parlera toutes les langues et ne cessera de se relier étroitement avec la littérature des saints livres.
La littérature romaine est née de la littérature grecque, car les premiers documents de la langue latine (textes de lois, inscriptions, formules de prières) n'ont aucune valeur littéraire. Mais, au IIIe siècle avant J.-C, la tragédie et la comédie sont introduites à Rome ; l'éloquence et l'histoire ne tardent pas à y être cultivées : la première arrive à la perfection avec Cicéron; César, Salluste, puis Tite-Live et Tacite se distinguent dans la seconde. Les poètes Virgile et Horace brillent au siècle d'Auguste (voir dans la partie historique, tous les noms célèbres de la littérature grecque, romaine).
L'histoire delà littérature française commence avec le XIe siècle ; et là, comme ailleurs, les premières oeuvres littéraires sont des poésies. Les chansons de geste, en particulier la Chanson de Roland, sont de véritables épopées. Au XIIe siècle, la poésie lyrique française se constitue : elle exercera une grande influence en Allemagne et en Italie. Dès la fin du même siècle apparaît la poésie satirique, didactique, allégorique; alors s'écrivent les fabliaux, le Roman de Renart, le Roman de la Rose. Puis vient le drame, né spontanément dans l'Eglise, où il se confond avec les mystères. Ceuxci ont tout leur développement au XVe siècle. La prose française, supplantée jusque-là par la prose latine, apparaît au XIIe siècle avec îles sermons et des traductions. Au XIIIe siècle, Villehardouin et Joinville écrivent l'histoire ; au XIVe, Froissart
écrit sa Chronique. Le XVIe siècle est marqué par la Renaissance. Ici se placent les poètes de la Pléiade; puis commence cette longue série d'auteurs en tous genres qui remplissent les siècles suivants. Dans la seconde moitiédu XVIIe siècle, la littérature classique brille de tout son éclat ; c'est l'époque de nos grands auteurs : Bossuet, Corneille, Racine, Molière, La Fontaine, Boileau, etc. Au XVIIIe siècle, la poésie est en décadence ; mais la prose française est comprise partout, elle devient un instrument d'une incomparable souplesse : c'est l'époque des Encyclopédistes. Le XIXe siècle commence par une révolution littéraire, qui coïncide avec la révolution politique. Chateaubriand inaugure le romantisme : la poésie, le théâtre, l'histoire, la critique ne tardent pas à être renouvelés. A la tête du mouvement romantique se place Victor Hugo. Lamartine est au premier rang des poètes lyriques. Le roman prend alors un énorme développement et absorbe, pour ainsi dire, tous les autres genres. La littérature allemande comprend trois périodes, dont la première s'étend jusqu'aux croisades. A cette époque se rapporte la traduction de la Bible en gothique par Ulfilas. La deuxième s'étend de la moitié du XIIe siècle au XVIe : à cette époque se rapportent des poèmes nationaux, comme les Nie— belungen. La troisième, celle de l'allemand moderne, s'étend depuis Luther jusqu'à Gœthe, qui est comme le génie de la littérature allemande (v. Gœthe, Schiller, Lessing, etc.).
La littérature anglaise est née des éléments franco-normands alliés à l'élément saxon. La première période s'étend jusqu'au règne d'Elisabeth : le plus grand écrivain de cette époque est Chaucer. Le deuxième est l'âge classique de la littérature anglaise : l'auteur le plus célèbre, la gloire des lettres anglaises est Shakespeare. Vient ensuite une période de transition (1649-89), où l'on remarque le nom de Milton. La quatrième période, qui s'étend jusqu'au XIXe siècle, est regardée, dans sa première partie, comme le second âge classique de la littérature anglaise. Le roman moderne y est inauguré dans le Robinson Crusoè de Daniel de Foë. Enfin le romantisme apparaît dans la cinquième période (XIXe siècle), où nous trouvons le grand romancier Walter Scott, Byron, etc.
La première période de la littérature espagnole s'étend jusqu'au XIVe siècle : on y remarque le Poème du Cid (XIIe siècle) et les romances, qui correspondent aux chansons de gestes françaises. La deuxième comprend le XVIe et le XVIIe siècles; la troisième, le XVIIIe siècle : c'est une époque de décadence. La quatrième, qui date de 1830, marque une renaissance.
L'histoire de la littérature italienne ne commence guère avant le XIIIe siècle. Les premiers poètes italiens s'inspirent des troubadours provençaux. Le plus grand poète de l'Italie est le Dante ; puis viennent, mais bien au-dessous, Pétrarque, Boccace, etc. Le XVIe siècle est l'âge d'or de la littérature italienne (voir l'Arioste, le Tasse). Certains personnages de la comédie italienne ont passé en France (Pulcinella, Pantalone). — (Voir, entre une foule d'ouvrages : Pierron, Histoire de la littérature grecque ; Histoire de la littérature romaine; D. Nisard, Histoire de la littérature française ; Brunetière, Etudes critiques sur Vhistoire.de la littérature française ; Manuel de l'hist. de la littér. franc.; Heinrich, Histoire de la littér. allem. ; Demogeot, Hist. de la littér. franc.; Hist. des littér. étrangères: Angleterre, Allemagne, Italie, Espagne; Croiset, Hist. de la littér. grecque; Léon Gautier, la Littérature catholique et nationale, 1894, Une Histoire de la langue et de la littérature françaises est publiée sous la direction de M. Petit de Julleville, 1895 et suiv.).