PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPÉDIQUE
Philologie. — On peut dire que la philologie est aux belles-lettres ce que le corps est àl'àine ou la médecine à la psychologie. Elle étudie, en effet, les monuments littéraires des peuples au point de vue des textes, de la langue, de la grammaire. C'est une science complexe, qui emprunte beaucoup à la linguistique, à l'histoire, à l'archéologie, à la paléographie, etc. On distingue les philologies classique, orientale, moderne, comparée. La première étudie les monuments grecs et latins; la seconde s'applique aux langues sémitiques et au sanscrit, etc. ; la troisième prend pour objet les langues vivantes ; la philologie comparée détermine les rapports des diverses langues. Parmi les philolologues anciens les plus célèbres, il faut citer les alexandrins : Eratosthène, bien connu déjà comme géographe et astronome, qui en outre mérita le premier le surnom de philologue; Aristophane de Byzance, Aristarque et Cratès de Mallos. Le plus célèbre des philologues romains est Varron. À la Renaissance, la philologie fut florissante en Italie, où les Byzantins l'avaient importée, et bientôt dans le reste de l'Europe. Citons, entre mille : Aide Manuce, Budé, Reuchlin, Erasme, les Scaliger, les Estienne, Juste Lipse. A la fin du XVIIIe siècle et pendant le XIXe toutes les branches de la philologie sont cultivées avec ardeur (V. Dict. hist. : Bopp, Max Muller, Mai, de Rossi, etc.) La philologie a bénéficié beaucoup de l'estime légitime, mais souvent exagérée et exclusive, accordée par l'esprit moderne à toutes les sciences positives et expérimentales.
Lecture. — On n'arrive à une haute culture littéraire que par une grande lecture. Le lettré, l'érudit surtout, a beaucoup lu et beaucoup retenu. La lecture est aussi un art véritable, si on la considère comme une expression, une forme de la parole : elle se rapproche graduellement de la déclamation (v. liv. VII). La lecture, avec l'écriture, est encore le premier exercice par lequel débute l'éducation. Elle offre des difficultés particulières dans nos langue* modernes, surtout le français et l'anglais, où l'écrit et la parole, l'orthographe et la prononciation sont si souvent en désaccord. Il existe plusieurs méthodes de lecture. La méthode synthétique va des éléments au composé, c'est-à-dire des lettres aux syllabes et aux mots (méthode d'épellation). La méthode analytique suit l'ordre inverse. Entre les deux se tient pour ainsi dire la méthode syllabique, qui part de la syllabe, sans l'épeler.
Grammaire. — La grammaire est l'art de parler et d'écrire correctement ; mais cet art implique une science profonde, qui confine à la logique et à la psychologie. Son objet propre toutefois n'est pas la pensée, mais la parole, qui en est d'ailleurs inséparable. La grammaire est générale ou particulière ou comparée : générale, si elle a pour objet les principes communs à toutes les langues ; particulière, si elle donne les règles propres à un idiome déterminé; comparée, si elle fait ressortir les analogies et les différences qui existent entre plusieurs langues. Toute grammaire complète doit traiter du corps entier de la langue et des lois de son mouvement : elle traitera donc successivement des lettres de l'alphabet, des syllabes qu'elles composent, des accents et autres signes, des mots et de leurs espèces ou parties du discours, des genres, des nombres, des personnes, des cas et déclinaisons, s'il y a lieu, des conjugaisons, des voix, des temps ; elle traitera encore de la syntaxe ou l'ordre dans lequel doivent entrer les mots pour former le discours ; elle ne saurait omettre non plus les idiotismes, l'orthographe et la prononciation, non plus que la prosodie, quand il y a lieu. La grammaire relève particulièrement de la logique, mais elle est asservie à l'usage ; elle doit beaucoup
aux philosophes, notamment à Aristote. Nous la voyons se constituer à l'école d'Alexandrie ; mais elle resta longtemps mêlée à la philosophie et à la critique littéraire. Les travaux de Port-Royal (Grammaire générale ; Méthode* grecque, latine, espagnole et italienne) contribuèrent beaucoup à ses progrès. Citons parmi ceux qui la cultivèrent : Régnier Desmarais, Buffier, l'abbé Dangeau, l'abbé Girard, Dumarsais, Condillac, Tracy. Elle n'a cessé de se développer de nos jours avec la philologie et la linguistique.
Grammairien. — Chez les anciens, on donnait ce nom aux critiques et aux philologues : ils commentaient les anciens auteurs, corrigeaient les textes et les publiaient. Le nom de grammatistes était laissé aux pédagogues chargés de l'instruction des enfants. De là la défaveur attachée à ce mot. On entend aujourd'hui par grammairiens ceux qui font de la grammaire une étude spéciale, qui leur permet d'épurer le langage et môme parfois de le réformer, bien que les tentatives de réforme aient été souvent malheureuses.
Syntaxe. — C'est la partie si importante de la grammaire qui traite de la manière d'assembler correctement les mots. On peut la diviser en trois parties : syntaxe d'accord, syntaxe de régime et syntaxe de subordination. La subordination a lieu entre un verbe et un autre mot dont il dépend. A la syntaxe se rapporte la construction grammaticale. Il ne suffit pas que celle-ci soit conforme aux règles de la syntaxe : il faut encore qu'elle soit heureuse, appropriée à l'objet et aux circonstances. On distingue : la construction simple ou naturelle, qui est toute logique; la construction figurée, où l'ordre logique est modifié par les besoins du sentiment, de l'imagination ou de la passion : de là des inversions nombreuses ; enfin la construction usuelle, qui tient des deux précédentes.
Phonétique. — Cette partie de la grammaire traite des sons et de leurs modifications, des lettres et de leurs substitutions, transformations, etc. Elle est la base de la grammaire comparée et de la science étymologique.
Morphologie. — En linguistique, la morphologie est la science ou l'étude des mots considérés dans leur forme et les transformations qu'ils subissent. La morphologie a été d'abord un terme d'histoire naturelle, et il s'est dit de l'étude et de la comparaison des formes successives d'un même être ou des formes de différents êtres. Ce terme atteste bien l'analogie qui existe entre le langage et les êtres vivants ; ce qui a fait dire que les langues sont le quatrième règne de la nature. Mais on ne saurait conclure de la continuité des formes des mots et des langues elles-mêmes à la continuité des espèces vivantes.
Orthographe. — C'est la manière ou l'art d'écrire correctement. Elle consiste à écrire chaque mot à l'état simple, avec les lettres dont il doit se composer, à écrire les mots variables avec les modifications qu'ils doivent recevoir, à ajouter aux mots les signes orthographiques convenables. Dans plusieurs langues (par ex. l'italien) l'écriture est la représentation assez fidèle de la prononciation, en sorte que l'orthographe n'offre pas de grandes difficultés. Mais il en va tout autrement en français et en anglais. L'orthographe française est parfois arbitraire, incohérente et ne peut se réclamer que de l'usage ; plus souvent cependant elle a une valeur étymologique. C'est ce qui explique à la fois les tentatives de réforme et leur insuccès. Une réforme radicale serait désastreuse pour la langue ; mais une réforme sage, modérée et graduelle obtiendrait l'assentiment public. Elle a été préparée peutêtre par les discussions qui curent lieu naguère et auxquelles prirent part plusieurs académiciens.