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LIVRE V : DE LA SCIENCE ET DE L ART

(V. Gréard, Communication faite à l'Académie en 1893; Bréal, Havet, etc. On peut consulter le « Manuel d'ortografe simplifiée » par Ernault et Chevaldin 1894).

Linguistique. — Science ou étude comparative des langues, la linguistique s'applique aux lois de la formation des mots et de l'apparition des formes grammaticales, comme aussi aux ressemblances et aux différences des langues, à leur filiation, à leurs métamorphoses et à leur classification. Elle ne doit pas se désintéresser non plus de la philosophie du langage, ni par conséquent de l'origine de la parole. Mais la plupart des linguistes contemporains négligent la question des premières origines. Les rapports de la linguistique avec la logique et la grammaire générale sont évidents ; de même aussi ses rapports avec, l'ethnographie et l'histoire la plus ancienne. La linguistique n'a pris son essor qu'à l'approche du XIXe siècle. Citons, entre beaucoup d'autres linguistes et orientalistes : Adelung, auteur du Mithridate, Eichhoff, Schleigel, Schleicher, Humboldt, Max Muller, Whitney, Burnouf, Mgr de Harlez.

Lexicographie et Lexicologie. — C'est la connaissance des règles à suivre dans la composition des dictionnaires. Mais plusieurs entendent aussi, par la lexicographie, la première partie de la grammaire, celle qui traite des mots considérés en eux-mêmes et qui est opposée à la syntaxe. Son importance n'a pas été assez remarquée peut-être, surtout dans l'enseignement de la langue. La matière et la forme de celle-ci doivent être également connues. Or, si la grammaire, avec la syntaxe, nous fait connaître la forme, le dictionnaire seul nous fait connaître la matière ou le corps. La grammaire et le dictionnaire devraient donc être appris parallèlement. Cette méthode est la seule naturelle. Elle est pratiquée par l'enfant qui apprend sa langue maternelle.

Sémantique. — Cette science prend pour objet les divers sens des mots, leur genèse et leur filiation. Rien n'est plus instructif que la lecture des articles d'un dictionnaire consacrés aux mots les plus riches en significations. On y saisit sur le vif la marche naturelle de l'esprit humain, toujours curieux, mobile et avide de comparaisons nouvelles; on y voit comment les idées s'éveillent et s'appellent de mille manières les unes les autres, dans un ordre logique, souvent capricieux et même inattendu (v. Darmesteter, la Vie des mol* ; Whitney, la Vie du langage; Bréal, Essai de sémantique, 1897).

Traduction. — La traduction est un art difficile, qui suppose, avec la perception de toutes les nuances, la connaissance approfondie de la langue du texte et de celle dans laquelle on le traduit. Citons, parmi les traducteurs célèbres, dont les noms sont devenus inséprables de leurs auteurs : Amyot, traducteur de Plutarque ; M"ie Dacier, qui a traduit Y Iliade et l'Odyssée ; Delille, traducteur de Virgile ; Cousin, qui a traduit Platon, en faisant des emprunts au P. Grou ; Barthélemy-Saint-Hilaire, traducteur d'Aristote. — Les traductions de la Bible prennent le nom de version. La principale version grecque est celle des Septante ; la principale version latine est celle de saint Jérôme ou Vulgate.

Interprète. — Au sens strict, le seul que nous considérons ici, l'interprète est le traducteur d'une langue parlée. Il est l'intermédiaire obligé entre personnes dont aucune n'entend la langue de l'autre. On comprend dès lors l'extrême importance du rôle d'interprète dans certaines circonstances. En Orient, les interprètes remplissent de véritables fonctions dans les ambassades, au cours des procès, etc. : on les appelle drogmans. Le drogman diffère du truchement, qui est un interprète sans caractère officiel. Il y a aussi auprès des tribunaux |

français des interprètes jurés ou traducteurs assermentés : ils sont choisis par le président (Code d'instr. crvm., art. 332-3).

Interprétation. — Une traduction accompagnée de commentaires ou autres éclaircissements prend le nom dé! interprétation. Celle-ci est particulièrement nécessaire quand il s'agit de textes sacrés ou de textes de lois, conventions et traités, sujets à équivoque. L'interprétation des textes sacrés prend le nom d'exégèse, d'herméneutique (v. ces mots). Le Code civil a posé des règles d'interprétation des conventions (art. 1156-66) : ce sont des règles d'équité et de bon sens.

Exégète, exégétique. — Les Athéniens donnaient le nom d'exégètes à des sortes de jurisconsultes qui étaient consultés par les juges dans les causes capitales. On ne donne'guère aujourd'hui ce nom qu'aux interprètes des saints livres. En droit, on appelle méthode exégétique celle qui consiste à paraphraser des articles de loi, de manière à n'enseigner les principes qu'à propos de leurs applications. On* préfère aujourd'hui la méthode contraire.

Auteurs classiques. — A la Renaissance, on donna ce nom à ceux des anciens qu'on regardait avec raison comme des modèles. Tels étaient, chez les Grecs : Homère, Sophocle, Platon, Aristote ; chez les Latins : Cicéron, Virgile, Horace, Tacite. Plus tard on compta aussi parmi les classiques les auteurs modernes, en particulier ceux du siècle de Louis XIV, qui étaient remarquables comme les anciens par la distinction de la pensée et la perfection de la forme. Vers 1830, on opposa le genre romantique au genre classique. Les romantiques prétendaient, et non sans quelque droit, s'affranchir du joug trop pesant de certaines traditions et de règles établies parfois arbitrairement. En architecture, en sculpture, etc., on a distingué aussi le genre romantique du genre classique. Enfin, il ne faut pas oublier que, vers 200 avant J.-C, les alexandrins avaient déjà dressé un canon des auteurs classiques : il comprend plus de 60 noms.

Logographes. — On a donné ce nom aux premiers prosateurs et historiens grecs : Phérécyde, Charon, Hellanicus, etc. Ils sont antérieurs à Hérodote, mais succèdent aux poètes mythographes, dont ils ne parviennent pas à corriger toutes les erreurs : leurs compositions, en effet, sont encore des recueils de légendes, de traditions plus ou moins altérées.

Polygraphes. — On donne ce nom aux auteurs qui ont écrit sur plusieurs matières, parfois les plus diverses. Citons, parmi les anciens : Xénophon, Platon, Aristote, Plutarque, Cicéron, Varron ; parmi les modernes : Bossuet, Fontenclle, Voltaire, Leibniz, Goethe.

Encyclopédistes. — Absolument on donne ce nom aux auteurs de l'Encyclopédie du XVIIIe siècle : Diderot, d'Alembert, Voltaire, Butfon, Montesquieu, Condillac, Mably, Turgot, Helvétius, d'Holbach, Necker, Morellet, Marmontel, Raynal, Grimm, etc. Parmi ces écrivains, plusieurs sans doute n'entendaient pas donner des gages à l'impiété ; mais ils n'en collaborèrent pas moins à une œuvre mauvaise par ses tendances générales et son esprit, dont l'influence fut énorme, et qui prépara les malheurs de la Révolution, sans laisser des germes de résurrection sociale.

Editeur. — Aujourd'hui on entend le plus souvent par éditeur le libraire qui publie l'ouvrage d'un auteur; cette entreprise est surtout commerciale. Mais, sans compter que le libraire peut être doublé d'un artiste, d'un savant zélé et d'un propagateur intelligenl, on entend aussi par éditeur î'érudit ou l'homme de lettres qui revise et publie les ouvrages d'autrui ou ses propres ouvrages. C'est

ainsi que les éditeurs de l'antiquité et de la Renaissance furent des commentateurs et des philologues. Citons, dans l'antiquité : Aristarque et Démétrius de Phalére ; à la Renaissance, les Aide, les Estienne, les Elzévir. Plusieurs éditeurs de nos jours ont continué ces glorieuses traditions.

Commentateur, commentaire. — Nous trouvons les premiers commentateurs à l'école d'Alexandrie : ils s'appellent Zénodote, Aristarque, etc., et exercent leur critique sur les poèmes homériques. A Rome, Donat et Servius commentent Térence et Virgile. Au moyen âge, des œuvres maîtresses, comme les quatre livres des Sentence* de Pierre Lombard et la Somme de saint Thomas, sont l'objet de milliers de commentaires. A la Renaissance, les classiques grecs et latins ne sont pas moins commentés. Ils n'ont pas cessé de l'être de nos jours, parfois jusqu'au pédantisme. Les auteurs modernes : Corneille, Molière, La Fontaine, etc , ont été commentés à leur tour, et ils méritent de l'être. Nous devons signaler aussi les commentaires des codes et autres ouvrages de droit. Ceux des livres saints rentrent dans Y exégèse. Enfin certains mémoires historiques prennent le nom de Commentaires : ainsi les Commentaires de César, de Montluc. Sans sortir des commentaires proprement dits, on distinguo surtout les commentaires critiques et philologiques, qui portent sur la lecture du texte ; les commentaires exègétiques, qui en sont l'explication ; les commentaires littéraires, qui en font ressortir les mérites et les défauts.

Glose, glossateur. — On a donné d'abord le nom de gloses à des mots vieillis ou difficiles à bien entendre, recueillis dans quelque auteur et expliqués : ainsi les Gloses d'Hippocrate (v. glossaire). Mais la glose se dit le plus souvent de toute note explicative d'un passage obscur : elle est alors synonyme de commentaire. Elle en diffère cependant en ce qu'elle est moins libre, plus littérale. Les gloses étaient fort en vogue au moyen âge : elles portaient sur la Bible, sur le droit romain, etc. La Glose continue ou Grande alose d'Accurse sur les Pandectes est l'une des plus célèbres.

Paraphrase , paraphraste. — La paraphrase est l'explication plus ou moins étendue d'un texte qui a besoin d'éclaircissement. Elle diffère de la mètuphrase, qui n'est guère qu'une traduction. On a paraphrasé la plupart des poètes anciens, les différentes parties de la Bible, etc. Citons : les paraphrases d'Erasme sur le Nouveau Testament, de Massillon sur les Psaumes.

Fabuliste. — Anciens et modernes se sont appliqués à revêtir les vérités morales de la forme ingénieuse, spirituelle ou naïve de l'apologue et de la fable : Pilpay, dans l'Inde ; Esope, en Grèce ; Phèdre, chez les Latins. Florian s'est distingué dans le même genre. Le grand fabuliste de l'Allemagne est Lessing. Mais le fabuliste par excellence est notre incomparable La Fontaine.

Poésie, poétique. — La poésie est l'art de composer des ouvrages en vers. Elle fut spontanée, à l'origine, comme l'éloquence, etc. et les règles n'en furent découvertes et posées que plus tard, par la réflexion. On voit facilement combien cet art est naturel et populaire, si l'on songe au rôle des anciens poètes, chez la plupart des peuples naissants : homérides et rapsodes, chez les Grecs ; trouvères et troubadours au moyen âge, etc. L'histoire de la poésie fait partie de l'histoire générale de la littérature (v. plus haut). Les règles à observer dans les poésies sont l'objet de la poétique. Aristote, Horace, Vida, Boileau ont laissé des Poétiques célèbres, souvent imitées depuis.

Gnomiques. — Entre tous les poètes anciens, les gnomiques méritent d'être distingués. C'étaient des philosophes et des sages, souvent même des

législateurs, qui formulaient en vers leurs aphorismes et leurs préceptes de morale. Ils nous font songer au Sage des Ecritures. Citons Phocylide, Pythagore, Simonide, Solon, Cléanthe. Leurs sentences passèrent dans les poésies de leurs successeurs (Pindare, Sophocle, Ménandre), dans les récits des historiens et les discours des orateurs. Les Latins s'en inspirèrent à leur tour. Divers recueils en ont été publiés.

Ménestrel. — Les ménestrels, qui se confondent souvent avec les trouvères et les troubadours, paraissent avoir remplacé les bardes, poètes sacrés des Celtes et des Bretons. Longtemps estimés, surtout dans le Nord, on les voyait souvent, comme Taillefer, qui accompagnait Guillaume le Conquérant, entonner le chant de guerre à la tête des armées. Plus tard, il vont de château en château, récitant les vers des trouvères ou chantant leurs propres oeuvres, comme Rutebeuf. On leur donnait alors le nom de chantaires et ils étaient suivis de joueurs d'instruments ou jongleurs. Au XVIe siècle, leur profession était discréditée; la reine Elisabeth ordonna même de les traiter en vagabonds. Les ménestrels musiciens furent appelés ménétriers et formèrent une corporation dès 1330.

Trouvères. — Ce nom, qui a même étymologie que le suivant, désigne les poètes qui, du XIe au XVe siècle, composèrent leurs chants dans les divers dialectes de la langue d'oïl (normand, picard, wallon, bourguignon, français proprement dit ou dialecte de l'île de France). Ils cultivèrent surtout la poésie épique. On leur doit des chansons de geste, des romans, des fabliaux, qui sont souvent des chefs-d'œuvre pleins d'originalité. Ils cultivèrent aussi la poésie lyrique dans les ballades, lais et virelais. Citons, parmi les plus célèbres : Chrestien de Troyes, Robert Wace, Richard Cœurde-lion, Marie de France, Thibaut IV de Navarre, Guillaume de Lorris, Jehan de Meung. (V. les travaux de Léon Gautier : les Epopées françaises, etc.).

Troubadours. — Ce sont les poètes, contemporains des trouvères, qui composèrent leurs chants dans la langue d'oc. Ils se faisaient accompagner de jongleurs ou joueurs de violes, harpes, tambourins, etc. Leurs poésies, plus courtoises que celles des trouvères, étaient aussi moins populaires. Ils cultivèrent la poésie lyrique sous toutes ses formes. On les divise en plusieurs écoles (Provence, Aquitaine, Auvergne, Languedoc, etc.). Citons parmi les plus célèbres : Bertrand de Born et Bernard de Ventadour (v. Paul Meyer, Des rapports de la poésie des trouvères avec celle des troubadours, etc.).

Versification. — C'est l'art de faire des vers ; c'est aussi l'art qui trace des règles à cet effet. On voit dès lors toute la distance qui sépare la poésie de la simple -versification : on naît poète, mais on devient versificateur; l'inspiration fait le premier, l'exercice et l'habitude forment le second. Mais l'art a besoin du métier, et le poète ne peut réussir pleinement dans son œuvre, s'il n'est versificateur habile. Les Dictionnaires de rimes peuvent lui rendre, à ce sujet, de vrais services (v. L. Quicherat, Traités de la versification latine et de la versification française).

Métrique. — La métrique est une partie de la poétique dans les langues prosodiques, comme le latin et le grec. Son objet c'est l'étude des différentes espèces de mètres et de vers. Chez les poètes latins du moyen âge, les vers sont soumis souvent et aux lois du mètre et aux lois de la rime : de là une versification particulière, qui n'a été bien connue et appréciée que dans ces derniers temps.

Improvisation. — On improvise dans tous les arts : éloquence, poésie, musique, etc. Mais on a remarqué, avec raison, que les choses que l'on improvise le mieux sont celles auxquelles on a

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