‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 156 sur 686 · LIVRE V : DE LA SCIENCE ET DE L ART · texte numérisé non relu

LIVRE V : DE LA SCIENCE ET DE L ART

règnes. Si les sciences naturelles, comme les autres connaissances, ont commencé par des observations et des descriptions (graphies)^ elles sont néanmoins devenues, par la réflexion et le raisonnement, de véritables sciences (logics). L'histoire naturelle comprend trois sciences principales, qui correspondent aux trois règnes : la .zoologie (animaux), la botanique (plantes), la géologie, à laquelle se rattache la minéralogie (minéraux). Le créateur de l'histoire naturelle est Aristote. Malheureux dans les sciences physiques, il s'est relevé admirablement dans les sciences naturelles. Nous citerons les naturalistes les plus célèbres, en parcourant les différentes branches de l'histoire naturelle. Parmi les ouvrages les plus remarquables signalons maintenant, après l'Histoire des animaux, d'Aristote : l'Histoire naturelle, de Buffon, complétée par des Suites; le Dictionnaire universel d'histoire naturelle de Ch. d'Orbigny ; les travaux de Milne- Edwards et autres savants contemporains.

Biologie. — C'est la science de la vie, mais de la vie organique et considérée dans ses effets sensibles. La biologie est donc bien distincte de la psychologie, avec laquelle elle a d'ailleurs des rapports asse^ étroits. Elle s'étend à la zoologie et à la botanique, car elle étudie indistinctement tous les êtres vivants, la vie des animaux et celle des plantes. Les uns et les autres offrent également des organes, par lesquels s'accomplissent certaines fnyictions. De là deux branches de la biologie : la physiologie (science des fonctions) et Vanatomie (science des organes), auxquelles on peut joindre la pathologie ou science des maladies.

Physiologie. — Cette science traite donc des fonctions organiques, qui se ramènent toutes aux fonctions de relation, de nutrition et de génération. Les fonctions de relation ne conviennent qu'aux animaux. On distingue la physiologie générale, qui traite des phénomènes de la vie en général, et les physiologies spéciales, qui traitent de tels ou tels phénomènes observables dans des êtres déterminés. La physiologie humaine fait partie de la médecine. La physiologie comparée étudie les phénomènes de la vie dans les divers êtres vivants. Plusieurs données de la physiologie ont été connues des anciens : d'Aristote, d'Hippocrate et de Galien surtout ; mais les grandes découvertes scientifiques datent des derniers siècles. Harvey découvrit la circulation du sang ; Lavoisier expliqua, du point de vue chimique, la respiration et la chaleur vitale. Citons les travaux de Magendie, de Claude Bernard et de Pasteur. Magendie établit la distinction des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs, distinction indiquée déjà par Galien et que supposait la théorie aristotélicienne des facultés de l'âme. La physiologie, en effet, a des rapports étroits avec la psychologie, mais sans se confondre avec elle, comme l'ont prétendu des psycho-physiologistes. Le vitalisme,Vorganicisme et un certain animisme(v. ces systèmes) n'ont pas déterminé non plus les vrais rapports de ces deux sciences de l'homme. Il existe de nombreux Traités de physiologie, mais la plupart enseignent ou supposent de graves erreurs philosophiques (V. Guibert S. S. Anatomie et physiologie animales; Anatomie et physiologie végétales, ouvrages classiques).

Anatomie. — C'est la science qui, au moyen principalement de la dissection, fait connaître la lorme et la structure des organes, les propriétés des 1 issus, les lois générales de l'organisation. L'anatomie est générale (histologie) ou particulière ; descriptive ou philosophique ; végétale (phytotomie)ou animale (zootomie,anthropotomie). L'anatomie de l'homme comprend Vostèologie, la sarcologie, etc. On distingue aussi Vanatomie chirurgicale et Vanatomie pathologique. Remarquons surtout Vanatomie comparée, qui étudie

les ressemblances et les différences des divers groupes d'animaux. Les connaissances anatomiques des anciens furent recueillies par Galien ; mais l'anatomie scientifique ne fut créée que mille ans plus tard : elle date du grand traité de Vésale : De corporis humani fabricâ (1543). Elle fut développée ensuite par Paré, Harvey, Haller, Bichat, Cuvier et Geoffroy-Saint-Hilaire. Aujourd'hui toutes les branches de l'anatomie sont cultivées à fond ; les études sont facilitées par le microscope, les planches gravées, la photographie, les moulages en cire.

Vivisection. — La vivisection ou dissection pratiquée sur un animal vivant a pour but de faire mieux observer les phénomènes de la vie, en la surprenant pour ainsi dire dans son plein exercice. La physiologie et la pathologie expérimentales, qui ont contribué grandement au progrès de l'art de guérir, doivent beaucoup à la vivisection. La souffrance imposée aux animaux a donc profité au soulagement de l'homme. La vivisection n'en soulève pas moins un problème moral. Elle a été condamnée absolument par les uns et permise sans restriction par d'autres. Pour être juste ici, il faut se souvenir que l'animal n'a pas de droit proprement dit, mais que l'homme se doit à lui-même d'être toujours humain et de ne pas imposer aux animaux des souffrances inutiles. On n'hésitera donc pas à condamner la vivisection dans tous les cas où elle n'est pas nécessaire ou sérieusement utile pour l'instruction de l'homme et le progrès des connaissances. Elle ne sera permise que dans des laboratoires où travaillent des hommes voués à la science et des élèves soucieux de s'instruire. Encore devra-t-on user de tous les moyens raisonnablement possibles pour rendre ces expériences moins cruelles : par exemple insensibiliser l'animal sur lequel on opère.

C'est en vertu de principes analogues qu'on peut pratiquer, mais toujours avec discrétion et en vue d'un but honnête, la dissection des cadavres. L'homme doit se respecter lui-même et respecter son semblable jusque dans la dépouille usée et insensible soumise à son scalpel. Toute opération inutile serait une profanation. A plus forte raison la personne du malade ne doit jamais être prise pour simple sujet d'expérience.

Autopsie. — L'autopsie est une dissection pratiquée sur un sujet pour déterminer la cause de sa mort, le siège de la maladie à laquelle il a succombé, constater s'il y a eu meurtre ou empoisonnement, etc. Les instruments chirurgiques employés à cette opération sont : le scalpel, le bistouri, la pince, le ciseau, le marteau, la scie, etc. Les autopsies et, en général, les dissections sont dangereuses, à cause surtout des piqûres anatomiques, auxquelles on est exposé en maniant le scalpel : elles inoculent facilement des poisons mortels.

Anthropologie. — On a désigné par ce mot la science de l'homme considéré tant au moral qu'au physique; mais aujourd'hui on borne le plus souvent l'anthropologie à l'histoire naturelle de l'homme. Toutefois on ne saurait étudier le physique de l'homme sans tenir compte de l'âme raisonnable ni, par conséquent, de la psychologie et de la morale. L'anthropologie a des affinités avec ces sciences supérieures ; elle en a aussi avec l'histoire et la préhistoire, l'ethnographie, la linguistique, l'archéologie, la géographie, la géologie, l'anatomie et les autres sciences naturelles. Les questions principales dont elle s'occupe sont les suivantes : l'origine et l'antiquité de l'homme, le peuplement du globe, la classification des races humaines, l'unité de notre espèce (examen du monogénisme et du polygénisme), la place de l'homme parmi les êtres vivants. D'autres sciences peuvent apporte

Page 1