LIVRE V : DE LA SCIENCE ET DE L ART
A ce sujet, on peut regretter que les médecins soient demeurés généralement trop étrangers aux connaissances philosophiques , morales et reli gieuses. De là le concours que beaucoup d'entre eux ont prêté à la cause du matérialisme, alors que leur influence pouvait être si salutaire. D'autres, en restant fidèles au spiritualisme, ont adopté des systèmes philosophiques faux ou imparfaits : le vitalisme,rorganicisme, un animisme équivoque, etc. Ces variations philosophiques font donc aussi partie de l'histoire de la médecine. Cette histoire a une origine fabuleuse. L'inventeur et le dieu de la médecine, chez les Crées, était Esculape : il avait son temple à Epidaure; le serpent et le coq lui étaient consacrés. Ses descendants, les Asclépiades, cultivèrent le même art. Mais la science de la médecine ne fut constituée que par- Hippocrate, qui montra la nécessité de l'observation et de la clinique et résuma les leçons de son expérience en des aphorismes qui sont restés. Après lui, la doctrine médicale se rapetisse. Son propre gendre, Polybe, et les médecins suivants ramènent tout aux quatre humeurs : le sang, la pituite, la bile jaune et l'atrabile ; la santé résulte de leur juste rapport : de là Yhumorisme, auquel s'oppose plus tard le solidisme. Entre les uns et les autres se tiendra un certain empirisme, puis le méthodisme, l'éclectisme. Déjà, à Rome, les méthodistes pratiquent souvent la saignée, à laquelle nos ancêtres avaient si souvent recours ; on y employa de bonne heure les sangsues. Survint Galien, qui éclipsa tous ses prédécesseurs et fut l'oracle de son art pendant plus de mille ans. Selon lui, le corps humain, comme le monde, résulte de quatre éléments : le chaud (feu), le froid (air), le sec (terre) et l'humide (eau); le sang est chaud et humide ; la bile, chaude et sèche , etc. Le mélange des humeurs constitue les divers tempéraments. De là un nouvel humorisme. Les Arabes cultivèrent à leur tour la médecine ; ils fondèrent en Orient et en Occident, à Bagdad et à Cordoue, des écoles célèbres. Au XIe siècle est fondée en Italie l'école de Salerne : elle commente Hippocrate, Galien et laisse des aphorismes. La médecine fait son entrée dans les Universités du moyen âge et les papes en organisent même l'enseignement : les écoles ou facultés de Paris, de Montpellier, de Bologne, etc. deviennent célèbres. Au XVIe siècle, Paracelse s'élève contre l'autorité de Galien. Vers cette époque on ne s'abstient plus de disséquer le corps humain par une crainte exaée de profanation ; l'anatomie fait des progrès, dont profite la médecine. Citons, parmi les médecins célèbres de ces derniers siècles : Sydenham, surnommé V Hippocrate anglais , Hoffmann, qui explique tout parle mécanisme ; Stahl, qui enseigne un certain animisme ; Boerhaave, qui pratique une sorte d'éclectisme ; Barthex,"qui professe à Montpellier le spiritualisme et le vitalisme ; Broussais, qui explique les maladies car Y irritation et les combat toutes par la méthode antiph logistique ; Pinel et Esquirol, qui traitent par de meilleurs procédés les maladies mentales ; Hahnemann, qui cfée la médecine homéopathique, que plusieurs regardent comme inefficace, mais inoffensive et analogue à la médecine a- partante, celle qui se borne autant que possible à laisser agir la nature ; l'abbé Kneipp, qui a inventé de nos jours une nouvelle méthode d'hydrothérapie. N'oublions pas Jenner, l'inventeur de la vaccine, et de nos jours Pasteur, dont les découvertes, analogues à celle de Jenner, ouvrent de nouveaux horizons à l'art de guérir. En découvrant la cause des maladies contagieuses, le microbe, et en apprenant à guérir plusieurs d'entre elles (la rage, le croup, la diphtérie par exemple) par l'inoculation (v. sérumthérapie), Pasteur a mis surla voie de les guérir toutes. Ses découvertes ont conduit également à pratiquer les pansements antiseptiques,
grâce auxquels tant de blessés sont arrachés à la mort et une foule d'opérations chirurgicales rendues inofl'ensives (v. Bossu, Anthropologie, ouvrage de vulgarisation ; les traités spéciaux et les encyclopédies : Encyclopédie d'hygiène et de médecine publique, dirigée par Rochard).
Médecin. — La profession médicale intéresse de trop près la santé publique pour qu'il ne soit pas nécessaire de la réglementer. D'après une loi de mars 1803, nul ne peut exercer la médecine sans diplôme : en violant cette loi, on est passible d'une amende envers les hospices. L'article 160 du Code pénal punit gravement les médecins qui délivreraient faussement des certificats de maladies ou d'infirmités nropres à dispenser d'un service public, etc. En vertu de l'art. 909 du Code civil, « les médecins qui ont traité une personne pondant la maladie dont elle meurt, ne peuvent profiter des dispositions faites en leur faveur ». On distingue les médecins civil? et les médecins militaires. Ceux-ci, dont les différentes classes équivalent aux divers grades d'officier jusqu'à celui de général de division, se recrutent au moyen des Ecoles spéciales de Paris (Val-de-Grâce) et de Lyon. Un certain nombre de médecins civils remplissent des fonctions publiques : professeurs de facultés, médecins des hôpitaux, inspecteurs des eaux thermales, médecins chargés du traitement des indigents à domicile, etc. Ajoutons enfin que la profession médicale entraîne des responsabilités exceptionnelles et des devoirs de premier ordre (discrétion, dévouement, charité), que le médecin ne doit pas oublier (v. Surbled, le mè-r decin devant la conscience ; la Morale dans ses rapports arec la médecine et l'hygiène, etc.).
Pathologie. — Discerner les maladies et leurs symptômes, connaître leur cause ou leur origine, leur marche et leur traitement : tel est l'objet de la pathologie. Delà ses différentes parties : Yétiologie, qui traite des causes des maladies; la symptomatologie ou diagnostic, qui traite de leurs signes; la thérapeutique, qui indique le traitement. On divise aussi la pathologie engèncrale et en spéciale. Celle-ci comprend la pathologie chirurgicale ou externe, et la pathologie médicale ou interne.
Nosographie, nosologie. — Bien que ces deux mots soient employés souvent l'un pour l'autre, cependant, à proprement parler, la nosographie est la description des maladies ; la nosologie en est l'étude et la classification. Pinel est l'auteur d'une Nosograph ie ph ilosoph ïque.
Clinique. — Pratiquée avec succès par Hippocrate, la clinique réapparaît au XIVe siècle, à l'époque de la création de nombreux hôpitaux par la charité chrétienne ; mais l'enseignement de la clinique n'est fondé que plus tard par Van Swieten, à Vienne. Corvisart, Pinel et Desault la perfectionnèrent en France. Aujourd'hui les cliniques se sont multipliées. La seule faculté de Paris en compte 16, de médecine ou de chirurgie ou pour diverses spécialités : accouchement, maladies mentales, etc.
Hydrothérapie. — L'hydrothérapie n'est pas une méthode nouvelle, car on la retrouve, quant au fond, à toutes les époques. Mais elle a été proposée et pratiquée de diverses manières et avec divers succès. Un paysan de la Silésie, Priessnitz, mort en 1851, la mit en vogue et fonda un établissement à Grœfenberg. L'eau froide y est administrée de toutes les manières, à l'intérieur et à l'extérieur : boissons, douches, bains, etc. Mais la méthode et les succès de l'abbé Kneipp, curé de Wœrishofen, ont éclipsé tous les précédents. Plus de3Q.OO0 malades fréquentent chaque année l'établissement de Wœrishofen. Quelle que soit sa forme, l'hydrothérapie est aujourd'hui plus (pie jamais appréciée.
Sérumthérapie. — C'est à Pasteur et à ses disciples ou continuateurs (le D'' Roux, Behring,