‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 165 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

gination et le goût. Tandis que le peintre, le sculpteur et même le musicien trouvent dans la nature des effets qu'ils peuvent reproduire, l'architecte est sans modèle, il n'a pour s'instruire et se diriger que des principes et des lois. Il parvient cependant et mieux encore que les autres à faire descendre l'harmonie, l'élégance et la beauté dans les édifices et les temples; les pierres que touche sa main deviennent vivantes et prennent une voix, elles récitent un poème, elles font entendre un chant mystérieux, qui ne trouble pas le silence, et que le tumulte des grandes assemblées ne saurait couvrir. L'architecte ne 'veille pas seulement sur l'ensemble, mais son attention descend encore sur les moindres objets et en règle tous les détails ; car toute chose doit avoir une architecture, et le flambeau qui éclaire, et le candélabre qui éblouit, l'anneau nuptial, la croix de l'autel et le calice du prêtre. Lorsque le premier des architectes eut créé le monde et étendu la voûte du ciel, il ne dédaigna pas de façonner avec un art inimitable les plantes les plus vulgaires et les plus petites fleurs.

Considérée maintenant dans toute son extension et non plus seulement comme le premier des beauxarts, l'architecture est une connaissance complexe et très étendue. On distingue, en effet, avec l'architecture virile et l'architecture religieuse, déjà si vastes l'une et l'autre, l'architecture militaire, qui rentre dans la science ou l'art des fortifications; — l'architecture navale, si compliquée depuis l'invention de la navigation à vapeur et des navires cuirassés : elle a pour objet la construction des vaisseaux, des arsenaux, des quais, des ports ; — l'architecture ravale, hydraulique, etc.

L'histoire de l'architecture répond à l'histoire générale, dont elle est l'une des plus fidèles expressions. Le génie de l'Egypte se révèle dans ses temples, ses sphinx, ses pyramides, qui n'étaient que des tombeaux ; celui des Assyriens, dans les ruines non moins colossales de Ninive et de Babylone. La grandeur caractérise encore les monuments de l'Inde ; mais ils manquent de deux qualités indispensables, la mesure et le goût. L'architecture des Chinois est immuable comme leurs mœurs ; on la reconnaît à ses toits en pointes, qui rappellent les pavillons habités par les tribus primitives. C'est à la Grèce, cette maîtresse du goût, que nous devons les trois ordres principaux d'architecture : dorique, ionique et corinthien. Les Etrusques y ajoutèrent le toscan, et les Romains, qui surent si bien s'assimiler tous les peuples, y ajoutèrent le composite. L'architecture romane caractérise la première partie du moyen âge ; elle s'efface ensuite devant le gothique. Mais l'architecture byzantine et l'architecture arabe ne laissent pas d'exercer leur influence, comme les peuples qui la cultivèrent. Après la Renaissance et surtout au XIXe siècle, c'est l'éclectisme qui prévaut ; on dirait que l'érudition a étouffé l'esprit d'invention. Citons, parmi les architectes célèbres : Ictinos etCallicrate, qui, sous la direction de Phidias, élevèrent le Parthénon ; Vitruve, le seul des anciens qui ait laissé un traité complet d'architecture; Anthémius et Isidore de Milet, qui construisirent Sainte-Sophie ; le Bramante, qui commença la basilique de Saint-Pierre, achevée par Michel-Ange ; Vignolc, auteur d'un Traité de perspective et d'un Traite des cinq ordres ; Robert de Luzarches, qui construisit la cathédrale d'Amiens ; Pierre de Montercau ou de Montreuil, qui construisit la Sainte-Chapelle ; Erwin de Steinbach, à qui on doit la cathédrale de Strasbourg ; Jean de Chelles, qui fit les portails latéraux de Notre-Dame ; Philibert Delorme, Perrault, Mansart, Soufflot, Viollet-le-Duc, auteur d'un Dictionnaire de l'architecture française; Pierre Hossan, architecte de Notre-Dame de Fourvière ; Abadie, architecte du Sacré-Cœur de Montmartre.

Architecte. — Avant le XVIe siècle, l'architecte était appelé maître de l'œuvre. C'est à peine si les noms de quelques-uns des architectes qui ont édifié les monuments les plus remarquables de l'antiquité et du moyen âge sont parvenus jusqu'à nous. Le nom d'architecte est donné aujourd'hui à celui qui dirige les travaux d'une construction. Les connaissances qui lui sont nécessaires sont très variées : il dresse les plans que l'entrepreneur exécute. Ordinairement ses honoraires s'élèvent au cinq pour cent du montant des travaux. Avec l'entrepreneur, il est responsable pendant dix ans des travaux dont il a tracé les plans et devis.

Ingénieur. — L'art de l'ingénieur est complexe et peut s'appliquer aux objets les plus divers. Toutefois l'idée de construction s'attache d'ordinaire à cet art ; ce qui permet de le rapprocher de l'architecture. En outre, il se distingue par son caractère toujours pratique ; l'ingénieur est l'intermédiaire indispensable dont les savants, les commerçants, les industriels et les simples capitalistes doivent se servir pour exécuter la plupart de leurs desseins. C'est de l'application infiniment variée et toujours grandissante des sciences mathématiques et physiques qu'est né surtout l'art de l'ingénieur, naguère peu connu et aujourd'hui si universel. On distingue les ingénieurs civils et les ingénieurs de l'Etal ; parmi ces derniers : les ingénieurs des ponts et chaussées, des mines, des eaux et forêts, des constructions navales, les ingénieurs hydrographes, les ingénieurs militaires. Les ingénieurs civils s'appliquent à des travaux plus variés encore ; de là les ingénieurs des chemins de fer, des usines et manufactures ; les ingénieurs mécaniciens, opticiens, électriciens, chimistes, etc. Les ingénieurs sortent généralement des Ecoles des mines, des ponts et chaussées et des constructions navales ; de l'Ecole forestière ; de l'Ecole centrale des arts et manufactures ; des Ecoles des arts et métiers, qui délivrent aussi des diplômes ; de l'Institut agronomique, qui forme des agronomes. Les ingénieurs les plus remarqués ont passé préalablement à l'Ecole polytechnique.

Sculpture. — La sculpture proprement dite est l'art de travailler le marbre, la pierre, le bois, de façon à imiter en relief quelque être vivant. Mais on peut obtenir le même effet de plusieurs manières : par exemple en façonnant la cire ou l'argile (plastique, art du modeleur) ou en reproduisant un modèle au moyen d'un moule (moulage). Ce dernier procédé, avec beaucoup d'autres plus ou moins ingénieux (tour à portrait, diverses machines), rentre dans la sculpture mécanique et autres arts industriels, qui se sont développés de nos jours. On peut aussi composer une statue de diverses pièces et de diverses matières : or, argent, ivoire, métaux. La statue de Minerve et celle de Jupiter Olympien élevées par Phidias à Athènes, étaient faites d'ivoire et d'or. La ciselure fait partie de la sculpture et on peut lui rapporter encore l'orfèvrerie et l'art de frapper les monnaies. Dans les ouvrages de sculpture il faut distinguer la rondebosse, quand la figure est isolée, avec toutes ses faces, et le relief, quand la figure adhère à un plan et fait saillie plus ou moins : d'où le bas-relief, le demi-relief et le haut-relief. La sculpture remonte au temps les plus reculés et l'on en trouve des traces remarquables jusque chez les tribus qui occupaient les stations préhistoriques. Les Egyptiens, les Assyriens, les Perses ont laissé des œuvres encore admirées. Mais la sculpture grecque est sans rivale et a inspiré celles qui ont suivi. Au moyen âge, du XIIe au XVL siècle, la sculpture religieuse, de même que l'architecture, prit un magnifique développement, auquel la France contribua pour une part prépondérante : « Depuis la fin du XIIe siècle jusqu'au commencement du XVe sic-

Page 1