PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
mais elle respecte toujours le dessin, qui est son âme, selon l'expression de Bossuet. Toutefois la peinture n'est parfaite que lorsqu'elle représente l'objet avec toutes ses couleurs, et la sculpture, lorsqu'elle représente l'objet avec toutes ses formes. « La sculpture, dit Bossuet, a sur la peinture l'avantage du relief, comme la peinture a sur elle celui des couleurs. » On a tenté de réunir ces deux avantages et de peindre des statues avec la même richesse que les tableaux ; mais, par cette alliance, on sacrifie peut-être au réalisme et l'on rabaisse l'art. César disait à un maître de déclamation : « Tu parles trop pour un homme qui chante, tu chantes trop pour un homme qui parle. » Et l'on pourrait dire peut-être à plusieurs artistes : Vous peignez trop pour un homme qui sculpte, vous sculptez trop pour un homme qui peint.
L'art de la peinture exige des connaissances variées. Sans .parler de la perspective ni de la science des couleurs et des mille manières de les employer et de les assortir, le peintre doit connaître les passions humaines et toute la gamme des sentiments, sans en excepter les plus délicats ni les plus fugitifs, avec l'expression exacte et sincère (pli leur correspond. C'est dire que le peintre doit être psychologue et moraliste. Il est bon aussi qu'il connaisse l'anatomie ou du moins le jeu de tous les muscles, en particulier ceux du visage.
La peinture a été cultivée avec succès par les anciens : les Babyloniens, les Egyptiens et surtout les Grecs. Malheureusement il n'est rien resté des chefs-d'œuvre des artistes grecs les plus vantés : Zeuxis, Parrhasius, Apelles, etc. Les procédés de la peinture ont varié avec le temps et les peuples. Antrefois on peignait beaucoup sur fresque ; on peignait aussi sur bois, sur cuivre ; mais aujourd'hui on préfère la toile. Il y a aussi des peintures en émail, sur faïence, sur porcelaine, sur verre ; il y a en outre la mosaïque, la marqueterie, la tapisserie, etc. La peinture à l'huile a été perfectionnée, sinon inventée, par les Van Eyck.
Au point de vue des objets mêmes ou des scènes (jue la peinture s'attache à reproduire, on distingue plusieurs genres : la peinture d'histoire (scènes historiques), de bataille*, la peinture religieuse, de beaucoup la plus riche, le portrait, la peinture dite de genre (intérieurs, sujets familiers), les marines, les animaux, les /leurs, le paysage, la nature morte (V. Robert de la Sizeranne, la Peinture anglaise contemporaine, 1895, etc.)
Polychromie. — Cet art décoratif consiste à peindre de diverses couleurs des sculptures et certaines parties ou même tout l'intérieur des édifices. Il fut pratiqué par les Assyriens, les Egyptiens et aussi par les Grecs, bien qu'on ne l'ait pas cru d'abord : les temples grecs de la belle époque étaient peints. Les Romains employèrent surtout des marbres de diverses couleurs.
Paysage (Peinture de). — Ce genre ne fut pas cultivé par les anciens, par exemple les Egyptiens, qui supprimèrent la perspective. Mais il fait son apparition dans les fresques romaines. D'abord réduit au rôle secondaire d'un fond ou d'un décor, le paysage fut traité ensuite pour lui-même. Les artistes du Nord, français, flamands, hollandais, chez (pii se révèle un sentiment très vif de la nature, s'y distinguèrent les premiers, du XIVe au XVIe siècle. Ce genre de peinture s'est depuis lors merveilleusement développé.
Dessin. — C'est l'art de retracer le profil et tous les contours des objets. Il est essentiel aux arts précédents : architecture, sculpture, peinture, compris quelquefois sous la désignation générale d'ares du dessin ; il est indispensable aussi aux arts industriels. Au point de vue des procédés employés et de l'exécution, on distingue les dessins au crayon, à la plume, au pastel, à l'estompe;
le dessin au trait, simple tracé des contours ; le dessin ombré, où les ombres sont marquées par des hachures ou des points, des teintes, etc. Souvent, pour dessiner, on se sert d'instruments ingénieux : pantographe, diagraphe, etc. Comme la photographie, avec laquelle il a tant de rapports, le dessin est très répandu aujourd'hui et rencontre une infinité d'applications. C'est donc avec raison qu'il est compté, depuis quelques années, parmi les matières obligatoires de l'enseignement primaire.
Dessinateur. — Ce nom est donné en particulier à ceux qui exécutent certains dessins pour les arts industriels : dessinateurs pour ameublement ; dessinateurs de fabrique pour dentelles, broderies, soieries, papiers peints, etc.
Ecriture, écrivain. — Nous parlons ici de l'art d'écrire et non de l'écriture elle-même :, de plus, nous considérons l'art d'écrire au point de vue des caractères et non au point de vue du style. Cet art est l'un des premiers que l'on enseigne à l'enfant, avec la lecture. Il se rapporte au dessin, et les origines de l'un et de l'autre se perdent dans la nuit des temps. Son importance était bien plus grande qu'aujourd'hui, avant l'invention de l'imprimerie. Les calligraphes grecs et les libraires romains cultivèrent cet art dans la perfection. Le moyen âge nous a laissé des chef-d'œuvre, missels, eucologes, etc., dus principalement aux moines de cette époque. Cet art ne laisse pas d'être cultivé encore aujourd'hui. La corporation des écrivains fut réunie à celle des libraires jusqu'au XVIe siècle ; puis ils furent constitués avec le titre de maîtresexperts- juré s. On appelle aujourd'hui expertécrivain l'écrivain assermenté près d'un tribunal.
Sténographie. — Cet art rend de vrais services en permettant do fixer intégralement et mot à mot les discours prononcés à la tribune du parlement ou dans d'autres circonstances. Les signes qu'elle emploie sont les plus simples : la ligne perpendiculaire, l'oblique, l'horizontale, le cercle, l'arc de cercle, le point, etc. Bien que les anciens se soient appliqués à abréger leur écriture et que nous voyions, par exemple, Xénophon recueillir ainsi les paroles de Socrate, la sténographie proprement dite est une invention moderne. Elle fut importée en France par l'Ecossais Ramsay, qui dédia à Louis XIV sa Tachéographie, en 1681. Cet art n'a été bien cultivé que vers le XIXe siècle. Il y a plusieurs systèmes de sténographie, entre autres celui de l'abbé Duployé. La sténographie a aujourd'hui ses sociétés, ses périodiques, ses congrès.
Logographie. — Elle permet aussi de fixer intégralement un discours à mesure qu'on le prononce, et sans employer d'abréviations. Le procédé est des plus élémentaires. Des écrivains en nombre suffisant et rangés en cercle se partagent la tâche d'écrire tout le discours. L'un d'eux écrit les premiers mots/autant qu'il peut facilement en retenir, et avertit du coude son voisin de recueillir ce qui suit. Le second écrivain fait de même et avertit le troisième, et ainsi de suite jusqu'à ce que le premier, averti par le dernier, recommence un nouveau tour. Il suffit ensuite de combiner les fragments recueillis par chacun selon des numéros d'ordre. La logographie fut employée à l'Assemblée nationale en 1790, mais on lui préféra bientôt la sténographie.
Cryptographie. — L'art de correspondre secrètement a été pratiqué par les anciens (v. scytale). Il est aujourd'hui d'un usage courant dans la diplomatie, et toutes les fois qu'on a intérêt à n'être compris que de la personne à qui l'on s'adresse. De là les dépèches chiffrées. On peut employer des chiffres à simple clef ou à double clef, c'est-à-dire qu'on peut user d'un ou de plusieurs alphabets conventionnels ; on peut aussi mêler à ses dépêches des nulles ou des parties