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Chapitre IV

De la lutte et des exercices analogues, jeux, etc.

Lutte. — S'il est vrai que la science a une place dans toutes les pensées, en sorte que l'on ne puisse faire aucun acte d'intelligence sans s'inspirer d'elle ou sans la chercher, il n'est pas moins vrai que les arts ont une part dans tous les actes corporels ; tous les exercices des sens relèvent de l'art : la marche, la danse, la lutte, la course à pied ou à cheval, la natation. Il faut dire plus encore ; car les exercices du corps étant une image frappante de ceux de l'âme, il arrive que les arts les plus vulgaires en eux-mêmes acquièrent la plus haute signification : ainsi la lutte, qui n'est qu'un exercice corporel, un combat où la force musculaire l'emporte ou succombe, est l'image d'une autre lutte bien supérieure, lutte morale, qui s'engage entre les esprits, conflit perpétuel entre des ambitions rivales, combat acharné et incessant du bien avec le mal, guerre universelle, dont le monde entier est le théâtre et dont l'histoire n'est que le récit. Il en est de même des jeux : ils obtiennent une place remarquable et portent un caractère

d'universalité. Et ne peut-on pas dire avec vérité que les affaires publiques ne sont que le jeu des politiques, que la guerre est le jeu des héros, et que tout homme joue son existence et ses destinées ? La sagesse divine ne s'est-elle pas fait un jeu sublime de la formation et de l'embellissement de l'univers ; ludens in orbe terrarum ? Il n'est pas permis de négliger ce côté moral en parlant des arts les moins estimés.

Au premier rang est la lutte, autrefois si honorée et si applaudie dans les fêtes publiques. Thésée détermina ses règles et en fit chez les Grecs un art et un spectacle. A cette époque, où la force physique était le principal moyen de triompher de ses ennemis, de garder ou de revendiquer sa liberté et ses droits, tous les exercices corporels étaient en honneur, et l'on voyait des hommes fameux, des princes des peuples, descendre dans l'arène pour s'y disputer le prix de la lutte ou de la course. Homère a chanté ces jeux publics et solennels, qui plus tard à Olympie acquirent toute leur célébrité. Un athlète vainqueur était honoré à l'égal des conquérants et des poètes ; Milon de Crotone, que ses antagonistes ne pouvaient arracher de son disque huileux et glissant, obtenait la même célébrité que Pindare ou Miltiade. Le peuple ne s'est jamais désintéressé de ces luttes opiniâtres et quelquefois sanglantes, qui avec le temps et les mœurs n'ont fait que changer de caractère. Le moyen âge eut ses tournois brillants et fréquentés ; le monde moderne a ses joutes, ses régates et ses courses, qui attirent non moins de spectateurs.

Au fond de tous les spectacles publics, on retrouve invariablement l'idée de lutte et de rivalité. On lutte de force, d'adresse ou de célérité ; on lutte contre un adversaire ou contre la fortune ; on dompte un coursier fougueux ou une bête féroce ; on combat les armes à la main ou bien avec les seules ressources de la parole et de l'esprit ; on lutte sur un champ de bataille ou dans l'arène d'un parlement ; on lutte contre les opinions et les préjugés ou bien contre le vent et les flots : mais il faut toujours lutter de quelque manière. Pourquoi cela, si ce n'est que dans le drame de la lutte il y a un charme indéfinissable ? L'homme est fait pour le combat, c'est écrit dans les livres saints, et voilà que notre instinct et nos jeux les plus innocents en fournissent des preuves. « Rien ne nous plaît que le combat, mais non la victoire, dit Pascal. On aime à voir les combats des animaux, non le vainqueur acharné sur le vaincu. Que voulait-on voir, sinon la fin de la victoire ? Et dès qu'elle arrive, on en est soûl. Ainsi dans le jeu, ainsi dans la recherche de la vérité. On aime à voir dans les disputes le combat des opinions ; mais de contempler la vérité trouvée, point du tout. Pour la faire remarquer avec plaisir, il faut la faire voir naître de la dispute. » Pascal le dit avec raison, l'homme porte partout cet instinct et cette préférence pour la lutte ; et pendant qu'en lui-même, l'esprit lutte contre l'ignorance, la santé contre les maladies, les désirs contre les désirs, les sens contre la raison, la nature contre la grâce, il aime à retrouver au dehors la lutte qui le dévore au dedans ; les spectacles que cherchent ses yeux, les récits qu'attendent ses oreilles, la lecture de l'histoire sérieuse comme la lecture des romans frivoles, ne le captivent qu'à une condition, celle de le faire assister avec émotion à quelques-unes des péripéties de la lutte universelle. (V. sur la lutte chez les anciens, Lutteurs et gladiateurs, par Léon Ville, 1896).

Exercices. — On comprend sous ce nom toutes les pratiques qui ont pour but d'initier à l'art de combattre et, en particulier, de former le soldat et de lui apprendre son métier. On distingue : Vérole il u soldat, où l'on apprend les principes du pas et du port d'armes, les principes d'alignement, les

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