LIVRE V : DE LA SCIENCE ET DE L ART
outré d'un gain facile, l'oisiveté et la recherche d'émotions variées : tels sont, d'après les moralistes, les éléments principaux de la passion du jeu. L'amour excessif du jeu, étant le résultat des passions les plus dangereuses, il n'est pas étonnant qu'il fomente tant de désordres et produise des effets si désastreux.
Considérés dans toute leur extension, les jeux sont intellectuels ou corporel* ; les uns sont principalement des jeux d'adresse et les autres des jeux de hasard. Aux jeux intellectuel* se rapportent les jeux d'esprit : bons mots, calembours, choses à deviner, énigmes, charades, logogriphes, rébus (v. ces mots) ; ensuite les jeux de calcul : échecs, dames, jeux de patience, etc. Plusieurs de ceux-ci consistent à rassembler et à remettre en ordre des pièces découpées d'une carte de géographie, d'une estampe, etc. On a essayé ainsi de familiariser les enfants avec la géographie et de les instruire en les amusant. Mais on est tombé dans de véritables exagérations. Entre les jeux intellectuels et les jeux corporels, on peut placer les jeux de société ou petits jeux Les jeux corporels comprennent de quelque manière tous les exercices corporels que nous avons déjà rencontrés plus haut : course, tir, jeux gymniques en général, joutes, régates, chasse ; ils comprennent surtout d'autres jeux d'adresse ou d'agilité comme la paume, les boules, les quilles, le billard (v. ces mots, parmi les instruments de jeu, livre XII). Quelques-uns sont laissés aux enfants ou à la jeunesse, comme les barres, les billes, le saut-de-mouton, la toupie, etc. Enfin les jeux de hasard comprennent les jeux de hasard pur, comme les dés, la roulette, le loto, toutes les loteries et des jeux où le calcul se mêle au hasard dans des proportions variables, comme le sont la plupart des jeux de cartes. Les maisons de jeu, ouvertes à la passion de ceux qui risquent des sommes d'argent dans les jeux de hasard, ont été de tout temps un fléau public et une cause profonde de démoralisation. Elles furent fermées à Paris en 1838. Sans parler des tripots plus ou moins clandestins qui leur ont succédé, la maison de Monaco subsiste encore à la honte de ceux qui la tolèrent comme de ceux qui l'exploitent. Le Code civil (art. 1965-7) n'accorde aucune action en justice pour dette de jeu.
Barres. — Ce jeu, qui passionne la jeunesse, paraît imité de Yostracinda des Grecs. C'est une lutte à la course. Les joueurs partagés en deux camps séparés par une barre, se provoquent réciproquement, courent les uns sur les autres, cherchent à faire des prisonniers, en atteignant leurs adversaires, ou à délivrer les leurs.
Paume. — On distingue la longue paume et la courte paume. La première se joue en plein air; la seconde, dans un endroit fermé et couvert, Primitivement, du moins en France, on se renvoyait la balle ou éteuf avec la paume de la main : de là le nom de ce jeu. On se servit ensuite de gantelets, de raquettes, de battoirs. Au XVe et au XVIe siècle, le jeu de paume était fort en vogue ; il passionnait les Français comme il avait passionné les Romains et même les Grecs du temps d'Homère. Hérodote en rapporte l'invention aux Lydiens (v. Jeux de balle et de ballon, foot-ball, paume et laumtennis, par un juge de camp, 1894).
Lawn-tennis. — Le jeu anglais du lawntennis est une combinaison de la longue et de la courte paume françaises. On le joue à deux ou à quatre. Deux carrés égaux et juxtaposés formant rectangle sont séparés par un filet, par-dessus lequel les joueurs de chaque camp doivent renvoyer à coups de raquette les balles qui leur sont envoyées de l'autre camp. La victoire est au camp qui a le moins d'insuccès.
Boules. — Le jeu de boules, très populaire en
France, apparaît au XIVe siècle. On le joue de plusieurs manières. La plus commune est le jeu du cochonnet. Chaquejoueur, armé de deux boules, s'applique à les placer le plus près possible d'un but ou cochonnet, et à en écarter celles de ses adversaires. La victoire est au camp ou à celui qui atteint le premier un certain nombre de points. On peut jouer le même jeu sur le billard; mais, pour que la boule soit bonne, il faut qu'elle ait touché la bande.
Croquet. — Le jeu de croquet tient du billard et du mail. Les joueurs sont partagés en deux camps ; armés d'un maillet de bois, ils poussent leur boule de façon à la faire passer sous une série d'arceaux et à la faire atteindre la première un but déterminé, dont ils s'efforcent en même temps d'écarter leurs adversaires. On peut jouer le croquet sur le billard.
Mail. — Le jeu du mail était pratiqué en France dès le XIVe siècle sous le nom de jeu de lu crosse. Il prit le nom actuel lorsque la crosse fut remplacée par le maillet ferré. On le jouait sur les remparts des villes, dans les avenues et autres allées d'arbres, qui prirent ainsi le nom de mail. 11 était fort à la mode au XVIe siècle.
Billard. — Le jeu de billard est français d'origine. On le jouait sur le sol, au XVIe siècle, à peu près comme le croquet. Mais le meuble ne tarda pas à apparaître ; d'abord très grand, il prit peu à peu les dimensions et les formes d'aujourd'hui. Louis XIV mit ce jeu en vogue en s'y adonnant sur le conseil des médecins, qui lui recommandaient l'exercice après le repas. Avec l'usage du procédé, dont on garnit ensuite le bout de la queue, apparut la science des effets, qui renouvela les combinaisons du jeu et les multiplia à l'infini. Le coup rétrograde fut découvert par Mingot.
Roulette. — C'est le jeu de hasard qui fait le plus de victimes. Introduit en France en 1760, aboli en 1838, supprimé à Bade en 1872, il sévit toujours à Monaco. Il consiste en un cylindre de 50 centimètres de diamètre, au centre duquel est suspendu un plateau mobile, au bord duquel sont 36 cases numérotées, plus une case portant zéro simple et une case portant zéro double. Les joueurs pontent sur un ou plusieurs de ces numéros. Le numéro gagnant est celui où vient s'arrêter une petite bille d'ivoire que lance le banquier sur le plateau, mis en mouvement. Tout est calculé de façon que les chances en faveur du joueur soient un peu inférieures aux chances favorables au banquier. De là, selon le calcul des probabilités, une certitude de gain en définitive pour ce dernier. Par les sommes énormes qu'il gagne, on peut même calculer les sommes risquées au jeu par ses victimes. On peut jouer à la roulette de plusieurs manières : rouge ou noir, pair ou impair, etc.
Loto. — Il ne remonte qu'à l'année 1776, c'està-dire à la création de la loterie royale ; et ce n'est au fond qu'un jeu de loterie. Chaque joueur a devant lui un ou plusieurs cartons portant 15 numéros sur trois rangs. On tire d'un sac des boules portant les numéros des cartons ; et le joueur qui le premier a vu sortir du sac toute une rangée de son carton a gagné.
Loterie. — La loterie ou distribution de lots tirés au sort était pratiquée par les anciens. A Home, les participants aux Saturnales recevaient un billet numéroté donnant droit à un prix. Néron, Héliogabale répandaient leurs dons au peuple sous forme de loterie. L'usage s'introduisit ensuite, on ne sait à quelle époque, d'acheter les billets. La loterie devenait dès lors l'une des formes parfois les plus passionnantes et les plus immorales du jeu. L'usage des loteries passa d'Italie en France. François I permit (1520) les Manques (bianca caria, billet blanc ou non gagnant). L'Etat préleva