LIVRE VI : DU CORPS
Dans les arts, la longueur de la face sert souvent de mesure ou de terme de comparaison. C'est ainsi que les sculpteurs et les peintres donnent ordinairement à leurs sujets dix longueurs de face. Les anciens choisissaient plutôt la tête entière et donnaient à leurs sujets sept ou huit fois sa longueur. On divise ensuite la face en trois parties sensiblement égales : le front, le nez, la bouche et le menton, etc. On donne le nom à' angle facial h l'angle formé par deux lignes droites, qui partent de la base du nez ou plutôt du bord des dents supérieures et vont, l'une au conduit auditif, l'autre à la partie la plus saillante du front. L'angle facial est beaucoup plus ouvert chez l'homme que chez les animaux et, parmi les hommes, les Européens sont les mieux partagés sous ce rapport. Mais on ne peut trouver dans l'angle facial la mesure précise de l'intelligence. L'angle facial de l'Européen est de 80 à 85° : celui du Mongol, de 75° ; celui du nègre, de 70 à 72° ; l'orang-outang n'atteint que 67°. A l'état de souffrance et de maladie, la face subit des altérations, parfois profondes, qui aident beaucoup au diagnostic. On donne le nom de face ou faciès hippocratique à l'aspect que prend le visage des moribonds.
Œil. — L'œil est l'organe qui se recommande le plus, par son importance et sa délicatesse, à l'attention de l'observateur. Les rayons lumineux envoyés par l'objet que l'œil considère, traversent la cornée transparente et le cristallin ; puis, ayant subi par l'effet de la biconvexité de ce dernier un certain changement de direction, ils vont représenter sur la rétine une image en miniature et renversée de l'objet dont ils émanent. La rétine reçoit l'impression, le sens est frappé et il perçoit dans l'organe et par l'organe même dont il se sert. Ce n'est pas le cerveau qui voit : il sent seulement que l'œil a vu ou plutôt l'homme sent par le cerveau qu'il a vu de ses yeux. La même remarque s'applique aux autres sens extérieurs.
Dans l'étude anatomique de l'organe de la vue, on distingue le globe oculaire et ses accessoires ou annexes, qui le protègent ou le font mouvoir. Le globe est revêtu de la sclérotique (vulg. blanc de l'œil), dans laquelle est enchâssée en avant la cornée transparente. Le sclérotique est tapissée à l'intérieur par la choroïde. Derrière la cornée se trouve une petite chambre remplie par un fluide transparent, l'humeur aqueuse, au milieu de laquelle est l'iris, cloison verticale, diversement colorée selon les individus et percée au milieu par un trou circulaire, la, pupille, qui se rétrécit ou se dilate, selon que la lumière est plus ou moins vive. Le trou arrondi et noir que présente la pupille prend le nom vulgaire de prunelle. Derrière la pupille et toujours dans le même axe, se trouve le cristallin. Le reste de l'œil est rempli pd.v\' humeur vitrée, dite aussi corps vitré ou hyaloïde. Le fond est tapissé par la rétine, membrane molle, pulpeuse, d'un blanc grisâtre, formée par l'épanouissement du nerf optique. Les accessoires de l'œil sont : les orbites, les sourcils, les paupières, avec les cils, les musc/es qui font mouvoir l'œil (4 droits et 2 obliques), la conjonctive, membrane qui joint le globe oculaire aux paupières, Y appareil lacrymal. Dans cet appareil on distingue les glandes lacrymales, qui communiquent par des conduits excréteurs très fins avec la muqueuse de la paupière supérieure, les points lacrymaux et le sac lacrymal, qui peut devenir le siège d'une tumeur particulière, etc. L'œil lui-même est sujet à un grand nombre de maladies et d'infirmités : ophtalmies, cataracte, myopie, presbytie, etc. L'organe de la vue se modifie profondément à mesure que l'on descend aux espèces inférieures. La pupille est transversalement ovale chez les solipèdes, les ruminants, la baleine ; verticalement ovale, chez le chat. Les oiseaux ont une troisième