LIVRE VI : DU CORPS
névralgies comme les nerfs et leurs rameaux, qui se distribuent par tout le corps. On les combat par des moyens externes (ventouses, frictions, emplâtres, vésicatoires, électricité) ou internes (narcotiques, antipyrine, injection de morphine).
Névrose. — De même que les névralgies, les névroses affectent les nerfs sans lésion ou sans trace appréciable. Selon la manière dont les nerfs affectés servent à la sensibilité ou au mouvement, les troubles causés par la névrose sont très variés, parfois très graves et même effrayants, sans être toujours dangereux. Aux névroses on peut rapporter toutes les névralgies, la neurasthénie, et aussi l'hypocondrie, l'hystérie, l'èpilepsie, la folie.
Ataxie. — L'ataxie locomotrice a pour caractère l'impossibilité de coordonner les mouvements de la marche, qui exigent le jeu simultané et harmonique d'un grand nombre de muscles. De là le nom de folie musculaire donnée à l'ataxie. Elle provient de l'atrophie des cordons postérieurs de la moelle épinièrc. L'acoolisme et le vice syphilitique y prédisposent. La femme n'y est pas sujette. Un des symptômes de la maladie est l'apparition de douleurs fulgurantes. L'ataxie s'accompagne' souvent de paralysies, d'anesthésies et autres désordres nerveux. Mais les facultés intellectuelles et les fonctions nutritives ne sont pas atteintes. La mort vient après un long dépérissement, qu'il est difficile de conjurer.
Myélite. — Cette inflammation, qui peut affecter tous les points de la moelle épinière, est une maladie des plus graves. Elle commence par une injection sanguine, qui se produit le plus souvent en un point de la substance grise (portion centrale de la moelle) ; puis survient le ramollissement ; au troisième degré a lieu la suppuration de la pulpe nerveuse. La myélite peut provenir de coups, chutes, blessures, des excès vénériens, de l'influence du vice rhumatismal, etc. La paralysie en est l'effet inévitable ; elle frappe un plus ou moins grand nombre d'organes inférieurs, selon le point de la moelle épinière qui est atteint.
Apoplexie. — Ce nom désigne communément l'hémorragie cérébrale. Elle est caractérisée par la perte du mouvement et du sentiment, qui est l'effet immédiat de l'épanchement du sang dans le cerveau. L'apoplexie peut avoir d'autres causes analogues, savoir: l'oblitération des artères du cerveau par quelque embolie ou thrombose ; unecongestion subite et intense, vulgairement dite coup de sang; un épanchement de sérosité dans les ventricules du cerveau (apoplexie séreuse), etc. L'apoplexie cérébrale ou sanguine due à quelque rupture des artérioles, est la plus commune; elle est foudroyante dans certains cas. Elle menace l'âge mûr et surtout la vieillesse. Parmi ses causes signalons : des travaux intellectuels excessifs ; des émotions trop profondes et trop fortes, et, parmi les causes physiques : l'abus des spiritueux; une chaleur ou un froid trop intense ; la suppression d'une évacuation habituelle. Les éblouissements, les vertiges, les fourmillements sont des symptômes, qu'on peut dissiper, en prévenant l'attaque, par un régime ou des remèdes appropriés. On porte immédiatement secours aux malades frappés d'apoplexie en leur tenant la tête élevée et couverte de compresses d'eau froide, en appliquant des sinapismes aux mollets et en réchauffant les pieds.
Léthargie. — L'état léthargique peut se prolonger beaucoup. De là le danger des inhumations précipitées, qui n'est que trop réel. Cependant l'état léthargique diffère de l'état de mort en ce que le cœur continue à battre, quoique très faiblement, et les membres ne se raidissent pas, mais gardent plus ou moins leur flexibilité et leur chaleur.
Syncope. — La syncope a des degrés où elle
est incomplète et qu'on appelle défaillance, lipo-, thymie, éranouissement. Toute syncope provient du trouble d'un ou plusieurs organes principaux : le cœur, le cerveau, les poumons, justement appelés le trépied de la rie. Ces trois organes agissent intimement et constamment les uns sur les autres, et l'arrêt dans les fonctions de l'un (circulation, innervation, respiration) entraine vite la suspension de l'action des autres. La syncope proprement dite a son point de départ au cœur ; elle se produit par exemple par suite d'une hémorragie abondante. La syncope n'offre pas de gravité par elle-même ; mais elle est un symptôme fâcheux dans le cours des maladies. Il arrive quelquefois qu'une personne sur le point de se noyer tombe en syncope, par l'effet de la frayeur ; on peut alors la rendre à la vie longtemps après l'immersion, si la syncope s'est prolongée, car les fonctions de la respiration ont été alors suspendues. On porte secours aux personnes tombées en syncope en facilitant la respiration et en la provoquant, en faisant respirer de l'éther, du .vinaigre, en pratiquant des frictions, en jetant un peu d'eau froide au visage.
Convulsions. — Elles caractérisent ou accompagnent un grand nombre de maladies nerveuses : l'hystérie, Véclampsie, le tétanos, l'èpilepsie, la chorée. L'enfance, le tempérament nerveux, le sexe féminin y prédisposent. Elles sont fréquentes chez les jeunes enfants, surtout à l'époque de la dentition. On les calme en donnant à boire un peu d'eau froide sucrée mélangée avec de l'eau de fleurs d'oranger.
Rage. — On observe souvent la rage chez le chien, le chat, parfois aussi chez le cheval, l'âne, la vache, le loup, etc., qui, par leur morsure, peuvent la communiquer à l'homme. Le siège de cette maladie virulente est le cerveau et la moelle épinière ; l'inoculation de la moelle de sujets morts de la rage, la transmet chez tous les animaux. Dans la première période de cette terrible maladie, l'homme éprouve une exaltation douloureuse de toute la sensibilité et n'a que de l'horreur pour les aliments et les boissons. La deuxième période est celle des hallucinations et du délire, qui peut aller jusqu'à la fureur ; puis l'intelligence s'éteint, les sens s'émoussent et la moit termine cet affaissement général. La maladie se déclare environ 40 jours après la morsure ; mais celle-ci le plus souvent ne produit pas son terrible effet. Autrefois on traitait par la cautérisation immédiate les morsures des animaux enragés ; depuis 188C>, on les traite par la méthode Pasteur, avec un succès presque constant.
Rhumatisme. — On donne vulgairement le nom de rhumatisme à des affections qui paraissent être plutôt des névralgies. Le rhumatisme proprement ùit attaque surtout les fibres des jointures et les muscles. De là les rhumatismes articulaire et musculaire. On distingue aussi le rhumatisme en aigu et en chronique. Le rhumatisme aigu, lorsqu'il s'étend à plusieurs articulations, est très douloureux. En se portant sur le cœur ou sur les enveloppes du cerveau, il devient facilement mortel. Le rhumatisme articulaire peut déformer les jointures et condamner longtemps à une immobilité presque complète.
Anévrisme. — L'anévrisme proprement dit consiste dans la dilatation morbide d'une artère. Certaines professions y prédisposent. C'est ainsi que les ouvriers qui travaillent debout sont prédisposés aux anévrismes de même qu'aux varices des membres inférieurs. Les anévrismes de l'aorte et autres artères principales sont des maladies très graves ; leur rupture, en effet, toujours imminente, entraîne la mort immédiate. Quant aux anévrismes du cœur, non moins dangereux, ils résultent d'un développement morbide des parois de l'organe. On
leur donne aujourd'hui le nom d'hypertrophie du cœur.
Inflammation. — Les tissus enflammés présentent les caractères suivants : ils sont tuméfiés, rouges, douloureux et chauds. D'après les dernières observations scientifiques, toutes les inflammations proviendraient de l'introduction dans l'organisme de germes pathogènes. Une sorte de lutte s'engagerait entre ceux-ci et l'organisme ; en particulier, les globules blancs du sang tendraient à les détruire et à les absorber (v. leucocyte, phagocyte), sans y réussir toujours. On expliquerait par là tous les phénomènes qui accompagnent ou terminent les inflammations : résolution, suppuration, comme aussi l'infection totale et la mort, quand l'organisme succombe dans la lutte. Selon cette théorie, le traitement par excellence de toute inflammation doit être antiseptique.
Fluxion. — D'une manière générale on donne ce nom à l'afflux du sang ou des humeurs vers le point de l'organisme qui est irrité : îibi stimulus, ibi fluxus. On appelle vulgairement fluxion de poitrine la pneumonie et le catarrhe pulmonaire aigu. C'est aussi le nom de certains engorgements des joues et des gencives causés par le mal de dents ou quelque refroidissement et qui sont fort douloureux, sans offrir cependant aucun danger. La douleur diminue sensiblement aussitôt que l'enflure s'est produite. La fluxion se termine, après quelques jours, par résolution ou abcès.
Fièvre. — On regarde aujourd'hui les fièvres comme le résultat d'une infection : elles seraient produites par l'invasion de germes ou microbes pathogènes (v. inflammation). Dans presque toutes les fièvres on distingue trois périodes : l'invasion, la période stationnaire, le déclin. Plusieurs espèces de fièvres constituent des maladies très graves : ainsi la fièvre typhoïde, qui est épidémique et contagieuse ; la fièvre jaune, qui fait tant de ravages sous les tropiques. On donne le nom de fièvres intermittentes à celles qui sont caractérisées par des accès que séparent des intervalles plus ou moins longs, un jour ou plusieurs (fièvre tierce, quarte, etc.). La fièvre traumatique, c'est-à-dire consécutive aux blessures, aux opérations chirurgicales, disparait depuis que les plaies sont traitées par la méthode antiseptique.
Choléra. — Cette maladie à marche rapide s'annonce par des vomissements et des déjections fréquentes, des crampes, etc. Le choléra épidémique ou asiatif/ue est le plus terrible; il se déclare parfois subitement, de préférence la nuit, et peut entraîner la mort d'une manière foudroyante. Il y a un choléra léger, qui consiste seulement dans des troubles des voies digestives. Le choléra a désolé la France et Paris en particulier en 1832, 1849, 1853 et 18G5. On s'en préserve en gardant un régime simple et hygiénique, en évitant les excès de boissons. Le choléra se transmet surtout par les voies digestives : « il ne se respire pas, il s'avale ».
Peste. — Sous ce nom on a désigné longtemps toutes sortes de maladies épidémiques qui décimaient souvent les populations. Citons, par exemple, la peste qui désola Marseille et la Provence en 1720. Ce nom est réservé aujourd'hui au typhus ou fièvre grave d'Orient, qui exerce ses ravages surtout dans le Levant, sur les côtes de la Méditerranée. Elle est caractérisée par des bubons, des taches pourprées, des hémorragies, des pustules charbonneuses, des troubles nerveux. Grâce à une hygiène publique mieux entendue, la peste a disparu ou à peu près des pays les plus civilisés.
Typhus. — Les anciens donnaient ce nom à diverses maladies, toutes caractérisées par la stupeur. Aujourd'hui on appelle typhus d' Amérique la fièvre jaune; typhus d'Orient, la peste; typhus des bêtes bovines, une épizootie essentiellement
contagieuse, qu'on ne peut arrêter qu'en abattant les bètes qui en sont atteintes. Le typhus proprement dit est une fièvre particulière et contagieuse, caractérisée par la stupeur, la faiblesse musculaire, le délire, l'altération des muqueuses, des pôtéchies, etc. Il ne faut pas la confondre avec la fièvre typhoïde. Elle fit de grands ravages dans l'armée de Crimée. Elle se développe, en effet, dans les camps, les hôpitaux. De là ou de ses autres caractères les noms de fièvre des camps, des hôpitaux, fièvre pètèchiale, ponctuée ou tachetée.
Trichinose. — Cette maladie qu'on observe, après l'homme, chez le rat et le porc, mais qu'on peut produire chez tous les mammifères, provient de la présence d'un parasite particulier, la trichine, qui n'est connue que depuis 1835. Ce ver, qui n'a que trois dixièmes de millimètre, se trouve enkysté dans les muscles du porc. S'il n'est pas détruit par la cuisson (et c'est ce qui arrive pour le jambon cru), il parvient dans le tube digestif de l'homme, où il se développe, perce l'intestin et le péritoine, atteint les muscles, où il s'enkyste de nouveau. Cette évolution ne laisse pas de s'accomplir sans provoquer de graves désordres dans la santé et de vives douleurs.