‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 229 sur 686 · LIVRE VII : DE LA SOCIETE · texte numérisé non relu

LIVRE VII : DE LA SOCIETE

monographies des divers ordres religieux, par ex. : l'Ordre de Malte, le passe, le présent, par de la Brière, 1897).

Abbaye. — L'abbaye est un lieu érigé en prélature, où vivent des religieux ou des religieuses sous l'autorité d'un abbé ou d'une abbesse. Le concile de Meaux (845, can. 10) appelle les abbayes des paternités. Le nombre des abbayes était considérable en France (873 d'hommes et 311 de femmes) avant la Révolution, qui s'empara de leurs biens. Les plus célèbres sont celles de Cluny, fondée en 910 ; de Cîteaux, fondée par Robert de Molème en 1048 ; de Clairvaux, fondée par S. Bernard e.n 1 1 15 ; de Prémontiv, fondée par S. Norbert en 1120; delà Trappe, fondée par Rotrou, comte du Perche (1140) et réformée par l'abbé de Rancé (1662). En Italie, celle du Mont-Cassin, fondée par S. Benoît (529). En Suisse, celle de Saint-Gall, fondée par S. Gall (700) ; celle d'Einsiedeln ou Notre-Dame-des-Ermites, fondée en 946. En Allemagne, celle de Fulde, fondée par S. Boniface, en 744. Les principales abbayes de Paris ou des environs étaient celles de Montmartre, de Saint-Denis, de Port-Royal-des- Champs, de Saint- Victor, de Saint-Germain-des- Prés, de Sainte-Geneviève, de Saint-Antoine. Les puissantes abbayes, au moyen âge, furent bien souvent, avec des foyers de savoir et de piété, la seule protection des populations opprimées et victimes des guerres féodales. On distinguait les abbayes royales et les abbayes épiscopales, selon qu'elles devaient rendre compte de leur temporel à l'évêque ou au roi. On distinguait aussi les abbayes régulières et séculières. Les abbayes commendataires étaient celles dont les abbés étaient à la nomination du roi ; et ce fut là une des plaies de l'ancien régime. Les succursales des abbayes prirent le nom de prieurés. Ceux-ci s'affranchirent plus ou moins des abbayes.

Ordres de chevalerie. — Signalons ici les ordres honorifiques, institués à l'image des anciens ordres de chevalerie, religieux et militaires, qui rendirent de si grands services à la chrétienté et dont la gloire fut si pure. Ces ordres nouveaux, en se multipliant, montrent bien que le culte de l'honneur et de la hiérarchie est nécessaire à la société ; ils montrent aussi combien la faiblesse humaine est sensible aux distinctions, parfois les plus vaines. Car il ne faut perdre de vue ni l'abus auquel ont donné lieu ces institutions, ni la légitimité et l'opportunité, en principe, de ces institutions ellesmêmes. Parmi les ordres français, anciens et modernes, nous citerons : les Ordres île Saint- Louis, du Saint-Esprit, de Saint-Michel ; la Légion d'honneur, instituée par Napoléon I ; l'ordre du Mérite agricole, institué sous la troisième République ; parmi les ordres anglais : ceux de la Jarretière et du Bain ; parmi les ordres espagnols : ceux de la Toison d'or, de Saint-Ferdinand, de Charles III ; en Prusse : les Ordres de l'Aigle noir et de l'Aigle rouge; en Russie : ceux de Saint-Vladimir, d'Alexandre ; en Turquie : le Mecljidié. Il n'est pas de pays qui n'ait ses ordres ou ses distinctions honorifiques. Nous relèverons de préférence les Ordres de chevalerie des Etats de l'Eglise. Ce sont : l'Ordre du Christ (ancienne croix des templiers, décoration rare. Lamoricière la reçut de Pie IX) ; l'Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, conservé à titre de souvenir, créé à la suite des croisades ; l'Ordre de Saint-Sylvestre, dont la fondation, sous le nom d'Ordre de l'Eperon d'or, est attribuée à Constantin : il fut réorganisé par Grégoire XVI ; l'Ordre de Saint-Grègoire-le-Gruuil, institué par Grégoire XVI en 1831 (comprenant 4 classes : grandcroix de lre et de 2e classe, commandeur, chevalier) ; l'Ordre de Pie IX, institué par Pie IX en 1847. Il comprend deux classes : celle des comman-

deurs, qui confère la noblesse héréditaire, et celle des chevaliers, qui confère la noblesse personnelle. Ajoutons la décoration pro Ecclesia et Pontifier, instituée par Léon XIII (1888) en mémoire de son jubilé sacerdotal.

Légion d'honneur. — Elle fut instituée en 1802 par Bonaparte, alors 1er consul, pour récompenser les services militaires et civils. Des dotations furent assignées à chaque grade. Le nombre des membres fut d'abord limité à 6,512. La décoration, ayant la forme dVine étoile à cinq rayons, portait d'un côté la figure de Napoléon ; de l'autre, un aigle tenant la foudre, avec cette devise : Honnextr et patrie. Louis XVIII maintint l'institution et remplaça la figure de Napoléon par celle de Henri IV. L'ordre fut réorganisé en 1852 et il dut se composer de 80 grands-croix, 200 grandsofficiers, 1,000 commandeurs, 4,000 officiers et d'un nombre illimité de chevaliers. Il est administré par un grand chancelier assisté d'un conseil national, nommé par le président de la République.

Etat. — Ses rapports arec l'Eglise, etc. — Ce mot peut signifier tantôt la société civile, politique, et tantôt le pouvoir qui préside à cette société. La société civile est une société complète et parfaite, composée de familles et ayant pour fin propre le bien commun temporel naturellement nécessaire à tous les hommes. Elle implique donc trois choses : des familles comme éléments organiques, une autorité commune et souveraine, l'indépendance vis-àvis d'autres Etats. Quant au pouvoir civil qui donne à la société son unité, sa forme, il doit protéger les droits de tous, sauvegarder le bien public et le promouvoir ; il ne peut donc rien entreprendre sur les droits naturels des individus, des familles, des corporations, auxquelles il ne peut dénier l'existence. Mais déjà se pose le problème de la liberté religieuse, de la liberté de l'enseignement, de la liberté de la presse, etc. Il importe, avant tout, de bien définir les rapports mutuels des deux pouvoirs : civil et religieux.

Rapports de l'Eglise et de l'Etat. — Puisque les deux sociétés doivent vivre ensemble et procurer chacune à sa manière le bonheur de l'homme, elles doivent être liées par des rapports mutuels et intimes. On ne saurait donc ériger en principe la séparation absolue de l'Eglise et de l'Etat, ni, à plus forte raison, l'athéisme politique. Celui-ci est particulièrement absurde et impie. Sans parler ici des devoirs de la société comme telle envers son premier Auteur, la religion est une nécessité sociale. Jamais, sans elle, un Etat ne pourra obtenir sa fin, qui est la paix publique, l'accord des citoyens, le respect mutuel, l'honnêteté des mœurs. L'athéisme politique va droit à la ruine de la société. Car, s'il n'y avait pas de Dieu, il n'y aurait plus d'autorité ; les lois ne s'imposeraient que par la crainte ou l'intérêt ; la conscience et le remords no seraient que des sentiments que chacun pourrait modifier à son gré. Et puis la religion n'est pas seulement un frein salutaire : elle est un stimulant sans égal qui excite à la pratique de toutes les vertus, des vertus sociales en particulier. Il serait donc insensé de renoncer à cette force vive, alors surtout qu'elle est plus indispensable que jamais. Ceux qui président aux destinées d'un peuple doivent donc être religieux, non pas seulement en leur particulier, mais encore et surtout en tant que dépositaires du pouvoir.

Liberté des cultes, liberté de conscience. — Ajoutons qu'il ne suffit pas à la société civile d'avoir une religion quelconque. Un Etat, un gouvernement ne peut ériger en principe (pie toutes les religions sont égales et que chacun peut choisir et se comporter comme il lui plaît. On ne peut ériger l'erreur en droit. Tout ce qu'on peut accorder c'est que, dans maintes circonstances, il est bon de tolérer des

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