LIVRE VII : DE LA SOCIETE
canton, et l'on procède au tirage au sort. Les numéros les plus bas sont affectés à Tannée de mer ; les plus forts, dans une proportion qui varie selon les ressources du budget, ne sont retenus qu'une année sous les drapeaux. Beaucoup de jeunes gens, dont la plupart l'ont partie de la population urbaine sont ajournés ou exonérés définitivement pour cause d'infirmité ou de faiblesse de constitution ; ce qui fait peser plus lourdement l'impôt du sang sur les familles nombreuses et valides. Ajoutons que les causes d'exemption ne sauraient être appréciées d'ordinaire avec une rigueur mathématique et laissent beaucoup de marge à la faveur et à l'arbitraire.
Inscription maritime. — C'est le nom donné au mode de recrutement de la marine de l'Etat. Les gens de mer sont enregistrés au bureau dit des dusses de l'arrondissement maritime dont ils font partie. Sont inscrits marins de droit les jeunes hommes de 18 ans qui ont fait deux voyages au long cours, ou dix-huit mois de navigation, ou 2 ans de petite pêche. Les marins inscrits sont appelés au service à l'âge de "20 ans et incorporés à la division des équipages de la flotte. Le service comprend deux' périodes : la première de 5 ans et la seconde de 2 ; mais dès la première il y a faculté de congé renouvelable. Après les trois premières années de service le marin touche 20 centimes de prime par jour. Les inscrits maritimes peuvent être levés par voie de décret et en cas d'armement extraordinaire, jusqu'à l'âge de 40 ans ; ils ont seuls le droit d'exercer la pêche côtière et la navigation maritime. Moyennant une légère retenue sur leur salaire, ils ont droit à une demi-solde, sorte de pension, après 25 ans de navigation et 50 ans d'âge. L'inscription maritime date de Colbert (1681), qui la substitua au régime de la presse. Celle-ci est une sorte de racolage plus ou moins forcé. La presse des matelots a été autorisée en Angleterre par le parlement en 1779, dans les cas où les enrôlements volontaires ne suffisent point.
Mobilisation. — C'est le passage d'une armée du pied de paix au pied de guerre. Elle a pris une grande importance aujourd'hui que toute la nation, pour ainsi dire, fait partie de l'armée. Elle comprend : l'appel des réserves, leur équipement, leur encadrement, la mainmise de l'autorité militaire sur les chemins de fer, les réquisitions de chevaux et de voitures. A la mobilisation succède l&concentration, ou transport des unités (divisions, brigades, etc.) sur le terrain des opérations.
Infanterie. — L'infanterie était fortement organisée chez les Grecs, qui, par là, triomphèrent de la masse des Perses. Plus tard, la phalange macédonienne passa pour invincible, jusqu'à ce qu'elle succombât devant les légions romaines. Pendant le moyen âge, la cavalerie eut la prééminence ; il était plus facile alors à la bravoure individuelle de se signaler dans les combats à cheval, entre chevaliers bardés de 1er et armés de lances et d'épées. Mais l'infanterie fit subir plus d'un désastre à cette brillante chevalerie. Nous voulons parler surtout de l'infanterie suisse. Plus tard l'infanterie espagnole ne fut pas moins redoutable. Depuis longtemps, l'infanterie est redevenue la vraie base des armées. On a longtemps distingué l'infanterie de ligne et l'infanterie légère (par ex. les chasseurs de Vincennes). Les Grecs avaient leurs hoplites (pesamment armés) et leurs peltast.es; les Romains leurs légionnaires et leurs vélites. Mais aujourd'hui cette distinction tend à disparaître. L'infanterie française comprend, dans l'armée active, 163 régiments de ligne, 30 bataillons de chasseurs à pied,
4 régiments de zouaves, autant de tirailleurs algériens, 2 régiments formant la légion étrangère,
5 bataillons d'infanterie légère, 6 compagnies de discipline. L'armée de réserve compte 145 régiments. L'infanterie de marine en compte 8.
Cavalerie. — Bien que le rôle de la cavalerie ait été réduit beaucoup par les armes de précision et à tir rapide, elle rend encore de grands services aux armées, dont elle éclaire la marche, assure les communications, protège les flancs. Elle surprend l'ennemi qui n'est pas en état de défense, enlève ses convois et, s'il est vaincu, poursuit ses fuyards, les empêche de se reformer, etc. ; en cas île défaite, elle protège la retraite. Les armes défensives et offensives des cavaliers ont varié beaucoup selon les temps, les peuples et les progrès de l'art de la guerre. On distingue la cavalerie de ligne et la cavalerie légère. La cavalerie française comprend: 14 régiments de cuirassiers (réserve), 32 régiments de dragons (ligne), 21 régiments de hussards et 14 de chasseurs (légère), 6 régiments de chasseurs d'Afrique, 4 régiments de spahis, 8 compagnies de remonte et l'école de Saumur. La cavalerie fournit une brigade à chaque corps d'armée et forme, en outre, des divisions indépendantes.
Artillerie. — L'artillerie est l'arme qui s'est le plus développée, à la suite d'inventions incessantes dans l'art de se protéger (cuirasses) et de détruire (canons rayés et à longue portée, obus à la mélinile), à la suite surtout des victoires de la Prusse, qui ont obligé toutes les puissances à des armements formidables. On distingue l'artillerie de terre et l'artillerie de marine; celle de place, de côte, de siège, de montagne. Les batteries sont à pied ou montées. En France, l'artillerie comprend, avec un état-major spécial, des troupes considérables : 16 bataillons à pied, 19 brigades d'artillerie de campagne; 16 batteries d'artillerie de montagne; 2 régiments d'artilleurs pontonniers, etc. L'étatmajor doit assurer les approvisionnements ou munitions, etc. ; il dispose des arsenaux, de manufactures d'armes ; il se recrute surtout parmi les élèves de l'Ecole polytechnique. C'est par centaines de batteries et par milliers de canons cju'il faut évaluer l'artillerie de chacune des grandes puissances.
Génie. — L'art de fortifier les places, de les attaquer et de les défendre, d'assurer les communications de l'armée par des ponts et autres travaux, était laissé autrefois à des ingénieurs civils. Sous Henri IV, apparurent les ingénieurs militaires ; Louvois les organisa en 1690. Le corps du génie comprend aujourd'hui un état-major spécial, 6 régiments de sapeurs-mineurs, un régiment de sapeurs de chemins de fer.
Intendance. — L'intendance militaire est un corps chargé d'assurer les services de la solde, des subsistances, du campement, du harnachement, etc. C'est le plus important des services administratifs de l'armée. Le corps de l'intendance comprend 7 intendants généraux, ayant grade de général de division, 30 intendants militaires, 300 sous-intendants et 50 adjoints.
Gendarmerie. — Ce nom fut donné d'abord aux troupes de gens de guerre qui suivaient les seigneurs féodaux. Il fut donné ensuite à un corps spécial créé sous Charles VIL II se composait do compagnies de gendarmes, disséminées dans tout le royaume, où elles contribuèrent beaucoup au retour de l'ordre. Chaque gendarme devait être noble; il était armé de toutes pièces et avait à ses ordres un écuyer, un page et plusiers archers. La compagnie était de cent lances. Sous Louis XIV, la gendarmerie n'était plus qu'une cavalerie d'élite. Aujourd'hui la gendarmerie est un corps chargé de veiller à la sûreté publique, d'arrêter les malfaiteurs, etc. Elle comprend une trentaine de légions, parmi lesquelles la légion de Paris et la légion de la Garde Républicaine.
Maréchaussée. — Ce corps de gens à cheval apparaît Ai-* les premiers temps de la monarchie; il était chargé de veiller à la sûreté publique,