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LIVRE VII : DE LA SOCIETE

tère et de la persévérance manquent moins que jamais dans nos sociétés modernes, parmi les luttes incessantes des intérêts et des partis, dans les conflits religieux et politiques. On peut contester, au contraire, que la guerre moralise par elle-même ceux qui la font avec bonheur ou qui la subissent ; elle ne contribue que d'une manière indirecte au progrès des peuples. Il y a des guerres qui rouvrent la porte à la barbarie ou qui suspendent, pour de longues années, le progrès de l'humanité.

L'histoire de la guerre est liée étroitement à celle des peuples et des empires, dont elle marque la naissance, les progrès et la décadence ; elle est liée aussi à celle des mœurs et des progrès des sciences : bref, elle résume de quelque manière, si elle est bien entendue, l'histoire de l'humanité. Les grands capitaines personnifient donc à leur manière les grandes époques : ainsi Alexandre, Annibal, César, Charlemagne, Napoléon.

Neutralité. — Les Etats neutres sont ceux qui restent en paix avec les divers belligérants et, partant, ne prennent point de part aux hostilités. Leur neutralité est dite armée, lorsqu'ils sont prêts à la guerre. Les droits qu'on leur reconnaît ont varié beaucoup et ne sont pas encore fixés sur tous les points. On admet qu'ils peuvent faire le commerce avec les belligérants : le pavillon couvre la marchandise, à l'exception des armes et munitions (contrebande de guerre). Pour être respecté par les neutres, le blocus doit être non seulement déclaré, mais effectif.

Campagne. — Les opérations militaires qui ont lieu au cours d'une année forment une campagne. De là l'usage de compter par les campagnes les services des hommes de guerre. Les années de campagne s'ajoutent aux années de service (par ex. 25 années de service, 10 campagnes, une blessure, etc.). Pour les retraites, le service de guerre hors d'Europe compte pour double campagne ; le service de paix hors d'Europe compte comme campagne. Dans la marine, la campagne comprend les opérations d'un bâtiment ou d'une escadre depuis sa sortie du port d'armement jusqu'à sa rentrée. Il y a des campagnes de croisière, de découvertes, d'observation, etc.

Patrouille. — Les patrouilles sont exécutées par un petit détachement sous la conduite d'un sous-officier ou d'un caporal. Elles parcourent un itinéraire donné, reconnaissent les sentinelles et les divers postes, échangent avec eux le mot d'ordre ; elles observent en outre ce qui se passe, préviennent ou répriment les désordres, avertissent l'autorité militaire s'il y a lieu. A la guerre, les patrouilles vont observer l'ennemi au delà des lignes occupées par les sentinelles ; les rondes, au contraire, ne dépassent pas la ligne des sentinelles, dont elles surveillent le service.

Reconnaissance. — Elle a pour but de se renseigner sur la présence de l'ennemi et l'état de ses forces, la configuration du terrain, les abords d'une place, etc. Les reconnaissances sont confiées d'ordinaire à des officiers d'état-major, seuls ou escortés. Quand les reconnaissances sont offensives, on emploie une troupe suffisante pour tâter l'ennemi et même pour l'obliger à montrer ses forces ; mais les escarmouches et les engagements partiels qui s'ensuivent entraînent facilement à une bataille.

Manœuvre. — Tous les mouvements de troupe sont compris sous le nom de manœuvres. On donne aussi ce nom aux exercices de la cavalerie et de l'artillerie : école de peloton, d'escadron. On laisse le nom d'exercice à certaines manœuvres de l'infanterie : école du soldat, de compagnie, de bataillon. Les grandes manœuvres ou manœuvres d'automne couronnent l'instruction des officiers et soldats ; on y fait manœuvrer les grandes unités :

brigades, divisions, corps d'année, et on y pratique toutes les opérations de campagne : marches, combats, campements, ravitaillements, etc.

Retraite. — C'est peut-être dans les retraites, qu'impose la supériorité absolue de l'ennemi ou certaines circonstances, que se déclare le mieux la prudence des généraux et la solidité des troupes. Les retraites bien conduites sauvent l'armée, aguerrissent le soldat à l'école de l'épreuve et le préparent à reprendre l'offensive. La retraite des Dix Mille est restée célèbre et méritera toujours d'être admirée : elle a été racontée par Xénophon, qui la dirigea à travers l'Asie Mineure. Citons encore les belles retraites de Turenne en Alsace (1674), celle de Moreau sur Huningue (1796i. La retraite la plus désastreuse est celle de Russie, qui marqua la chute de Napoléon.

Siège. — Les opérations d'un siège comprennent l'investissement et le siège proprement dit. Si l'investissement est complet, de façon à empêcher la place de se ravitailler et de recevoir aucun secours, il prend le nom de blocus. C'est souvent le seul moyen de réduire une place. Pour la prendre de force, on fait taire d'abord son artillerie, en lui opposant des batteries de grosses pièces, dites pièces de siège ; puis on exécute des travaux d'approche, parallèles, tranchées en zigzag, etc. ; lorsque la brèche a été pratiquée, on donne l'assaut. Citons, parmi les sièges célèbres, celui de Troie, de Tyr par Nabuchodonosor, puis par Alexandre, de Jérusalem par Titus et mille ans plus tard par les croisés, de Constantinople parles Turcs, de Rhodes, de Sébastopol et de Paris.

Paix. — Etant données la nature de l'homme et les causes de discorde qu'il porte en lui-même, la paix universelle et perpétuelle est peut-être une chimère. Cependant nombre d'esprits philosophiques s'en sont préoccupés sérieusement et en ont écrit. Tout au moins cette paix reste comme un idéal, qui doit servir de règle ou de but, alors même qu'on ne peut le réaliser pleinement ni l'atteindre. Parmi les moyens de procurer une entente entre les peuples et d'éloigner ou d'atténuer toutes les guerres, il n'en est pas de meilleur que ceux d'ordre religieux. On doit même ajouter que, sans la religion, toute pacification est impossible. Il ne suffit donc pas de favoriser la diffusion des lettres et des sciences, de grouper dans des congrès l'élite intellectuelle des nations, d'étendre sur tout le globe un réseau serré de routes commerciales : il faut encore rendre les peuples accessibles à des influences religieuses toujours plus pures ; il faut les gagner à l'esprit de douceur, de fraternité et de justice qui est dans l'Evangile. Le jour où la religion inspirera mieux toutes les assemblées parlementaires et les congrès internationaux, la cause de la paix universelle sera mieux défendue. Il serait désirable et naturel, en définitive, de s'en rapporter sur tous les points litigieux qui divisent les Etats à un tribunal international. On le composerait des hommes les plus éminents et les plus intègres de chaque nation. La présidence en serait dévolue au pape, qui, de l'aveu de tous, est la plus haute personnification de la religion et de la paix. Mieux qu'aucun autre tribunal, celui-ci pourrait obtenir également des puissances européennes un désarmement partiel et proportionné, qui devient indispensable, et qui porterait principalement sur les moyens offensifs. Alors pourrait se réaliser de quelque manière et dès icibas cette prophétie si consolante : Et fiet unum ovile et unuspastor. C'est surtout aux catholiques, disséminés dans le monde entier, qu'il appartient d'entreprendre cette croisade de la justice et de la paix (M. R. de la Grasserie a émis sur cette matière plus d'une idée juste, dans son opuscule : Des moyens pratiques pour parvenir à la suppression de la paix armée et de la guerre, 1894).

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