‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 237 sur 686 · LIVRE VII : DE LA SOCIETE · texte numérisé non relu

LIVRE VII : DE LA SOCIETE

une raison commerciale, et les associés sont responsables également. Les secondes sont formées entre un ou plusieurs commandités et un ou plusieurs commanditaires, bailleurs de lbnds. Si le capital est divisé en actions, la société est dite en commandité par actions. Les troisièmes n'ont pas de raison sociale et sont caractérisées par leur objet seulement ; elles se sont multipliées beaucoup depuis qu'elles peuvent se constituer sans l'autorisation légale (1867). C'est par elles que le capitalisme a pu commettre ses plus grands excès. Signalons encore les sociétés à capital variable, dont le capital initial ne doit pas dépasser 200.000 fr.

Sociabilité et solitude. — La sociabilité de l'homme, c'est-à-dire le désir et le besoin naturel qu'il a de la présence et du concours de ses semblables, est un phénomène que le philosophe ne saurait trop remarquer : Malheur à celui qui est seul ! dit l'Ecriture ; Vœ *oli ! L'isolement est funeste : tous le fuient et recherchent la société. Le méchant lui-même ne peut rester seul : il cherche des complices de ses crimes et des compagnons de ses désordres. La sociabilité est innée dans l'homme, et il ne saurait s'en dépouiller : l'enfant est triste loin des compagnons de ses jeux; le jeune homme aime plus encore à se communiquer ; l'homme mûr veut être secondé dans ses entreprises ; et le vieillard, qui atout vu et tout appris, attend un disciple ou un interlocuteur. A tout âge et dans toutes les conditions, les fils des hommes se souviennent instinctivement de leurs liens de famille ; ils se recherchent et se groupent, afin d'alléger leurs peines, de partager les mêmes travaux et les mêmes plaisirs, de se fortifier par des alliances.

Toutefois, si l'homme est fait pour la société, il est fait aussi de quelque manière pour la solitude. Plus d'une fois le génie et la sainteté se sont retirés au désert. C'est dans le silence et la retraite que naissent les grandes pensées et que l'on prend de sages et viriles résolutions. C'est par la réflexion et dans le recueillement que s'amassent, suivant une expression de l'Ecriture, les eaux profondes de la sagesse. Rien ne dispense l'homme des réflexions prolongées, des méditations austères ; elles doivent suspendre ses plaisirs, préparer ses entretiens, inspirer ses démarches, corriger ses erreurs, le désabuser de ses passions, lui rendre la paix du cœur et l'améliorer chaque jour. Il y a deux sortes de solitudes où Dieu appelle sa créature : solitude du dehors et solitude du dedans. « Levez-vous, sortez de votre demeure et de la ville, dit le Seigneur à Ezéchicl, et je vous parlerai ; Surgens egredere m campum, et ibi loquar tecum ». Mais plus souvent la sagesse appelle l'homme au dedans de lui-même et dans la solitude sacrée de la conscience. « Lorsque vous voudrez prier, dit-elle, entrez dans votre chambre, et après en avoir fermé la porte, priez votre père en secret ».

L'homme est donc partagé entre le tumulte du monde et un recueillement religieux. D'une part, il ne peut renoncer à la solitude sans tomber peu à peu dans la dissipation et l'aveuglement de l'esprit ; d'autre part, il ne peut renoncer à la vie sociale, sous peine de dépérissement et d'impuissance. Il faut donc louer la solitude et louer la société : louer la solitude, celle qui inspire les grandes pensées et fonde les grandes vertus ; louer la société, celle qui polit les mœurs, cultive l'esprit, perfectionne le caractère, relève toute la personne et lui procure, avec l'occasion de s'instruire, celle de se dévouer. Mais il faut fuir la société qui dissipe, amollit ou déprave, comme aussi la solitude qui abandonne l'iiomme à tout le poids de l'ennnui et paralyse ses plus nobles instincts. Celui qui mène une vie solitaire, a dit justement Aristote, est un Dieu ou n'est plus même un homme ; et, en effet, c'est le propre d'une solitude prolongée, de mettre

l'homme au-dessous de l'humanité, quand elle ne l'élève pas au-dessus.

Syndicat. — En vertu de la loi du 21 mars 1884, des associations d'ouvriers ou de patrons d'une même profession se réunissant pour traiter de leurs intérêts, peuvent être créées ; elles n'ont pas tardé à se multiplier. C'est là une dérogation heureuse à l'art. 291 du Code pénal prohibant les associations non approuvées de plus de 20 personnes. Cette reconnaissance partielle du droit naturel d'associaciation est peut-être un acheminement vers le régime corporatif, aboli par la Révolution, alors qu'il s'agissait seulement de le réformer. Les syndicats jouissent de la personnalité civile, mais aux conditions que voici : Dépôt à la mairie (à Paris, à la préfecture) des statuts et des noms des administrateurs, sans exception ; renouvellement de ce dépôt à chaque changement de la direction ; communication des statuts par le maire au procureur de la République. On distingue les syndicats mixte*, composés de patrons et d'ouvriers, et les syndicats parallèle*, composés d'ouvriers ou de patrons seulement. Les syndicats doivent être un moyen d'unir les classes et non de les diviser comme le font les syndicats socialistes ; ils doivent représenter et défendre les intérêts respectifs des patrons et des ouvriers , afin de les accorder pour le plus grand bien de tous. Léon XIII, dans l'Encyclique Sur la condition des ouvriers, exhorte vivement à la création de syndicats animés de l'esprit chrétien. Un annuaire des syndicats professionnels est publié par le Ministère du commerce et de l'industrie (v. de Gailhard-Bancel, Petit Manuel pratique îles syndicats agricoles, etc.).

Corporation. — Les corps de métiers s'organisèrent de bonne heure. Au temps de S. Louis, Etienne Boileau publia le Livre des métiers, qui contient les statuts de 101 professions. Les corporations rendirent de grands services aux ouvriers, qu'elles protégèrent ; elles devinrent puissantes et portèrent ombrage au pouvoir royal, qui s'attribua le droit de vendre les offices de maître. Les abus se multiplièrent et l'institution succomba. Supprimée un moment par Turgot, puis rétablie, elle fut abolie à la Révolution. En Allemagne, les anciennes </h ildes ont disparu également ; en Russie, les artel* ont survécu. En France, l'organisation corporative subsiste encore pour les avoués, les avocats, etc. Les excès de l'individualisme ou du libéralisme économique ont ramené de nos jours l'attention sur les services rendus autrefois par les anciennes corporations, lorsqu'elles n'avaient pas dévié de leur but. Léon XIII a exprimé le désir de les voir renaître avec les formes nouvelles (pie comportent les temps. Il leur appartiendrait, de préférence à l'Etat, de fixer le juste salaire, de réglementer le travail, etc. ; il leur appartient de se donner des statuts et des règlements ; l'Etat, en les protégeant, ne doit pas s'immiscer dans leur gouvernement intérieur ; leur but est d'aider leurs membres à acquérir les biens légitimes du corps, de l'esprit, de la fortune, surtout les biens d'ordre moral et religieux ; c'est à elles qu'il appartient le mieux de créer des conseils d'arbitrage, d'organiser des caisses d'assurance contre les maladies, etc. La question ouvrière ne sera résolue que par la corporation chrétienne. (V. Eneyel. Sur la condition des ouvriers; E. Martin-Saint-Léon, Histoire des corporations de métiers, 1897; Waltzing, K**ai hist. sur le* corporations professionnelles chez les Romains, 1895-7; Hndocanachi, le* Corporation* ouvrières à Rome depuis la chute <!<■ l'empire romain. Hippolyte Blanc a publié une Bibliographie des corporations ouvrières).

Compagnonnage. — Sous le régime des anciennes corporations, le compagnonnage était le 2e degré pour arriver à la maîtrise. Après cinq ans

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