‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 238 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

d'apprentissage, on était compagnon ; puis, après cinq ans de compagnonnage, on pouvait présenter son chef-d'œuvre. Le nom de compagnonnage fut donné plus tard à certaines associations d'ouvriers, trop souvent affiliées à la franc-maçonnerie (enfants de Maître Jacques, enfants du père Soubise, les uns et les autres dits compagnons du devoir ; enfants de Salomon). Dans chaque ville, les compagnons trouvaient logement et nourriture dans les meilleures conditions, chez une mère des ouvriers, qui leur indiquait aussi les maisons où l'on pouvait trouver du travail. Ces associations groupaient les tailleurs de pierre, les charpentiers, les menuisiers, les tonneliers, les serruriers, les boulangers, les cordonniers, etc. Leurs rivalités dégénéraient parfois en luttes sanglantes. Elles tendent aujourd'hui à disparaître devant les syndicats.

Attroupement. — La loi du 10 avril 1831 porte que les attroupements doivent se dissiper, après sommation faite par le magistrat, revêtu de son écharpe. Après une 2e et une 3e sommation précédées d'un roulement de tambour ou d'un son de trompe et restées sans effet, on peut employer la force. D'autres lois frappent les émeutiers, chefs de complots, faiseurs de barricades, détenteurs d'armes prohibées, ceux qui profitent du désordre pour se livrer au pillage, etc. Mais ces lois sont stériles ou même dangereuses, si elles ne sont appliquées avec autant de discernement que de fermeté.

Caravane. — Les caravanes, sortes d'associations temporaires formées entre pèlerins ou voyageurs, sont encore le seul moyen de traverser en sécurité les déserts de l'Afrique, de l'Arabie et de quelques autres contrées de l'Asie. Le Sahara en particulier est sillonné continuellement par des caravanes, qui parcourent ces solitudes brûlantes, comme le feraient des vaisseaux dans une mer intérieure. La caravane la plus considérable est celle qui, tous les ans, va du Caire à La Mecque : elle compte près de cent mille pèlerins. Une autre caravane annuelle part de Constantinople en grande pompe pour la même capitale religieuse, où le mahométisme tient chaque année ses assises.

Assemblée. — C'est dans les assemblées que les hommes mettent en commun leurs sentiments les plus élevés ou bien, au contraire, leurs mauvaises passions : de là le caractère tour à tour grandiose et effrayant de certaines assemblées politiques ou religieuses. Pour ne parler que des assemblées les plus nobles, l'humanité s'y montre particulièrement belle et imposante. Une multitude d'hommes, amenés peut-être de tous les points de l'horizon et dont chacun représente de graves intérêts, ont rempli une vaste enceinte ; ils se pressent comme un essaim autour d'une chaire chrétienne ou d'une tribune politique. L'orateur, qui vient d'apparaître au milieu de cette assemblée, déjà attentive et silencieuse, ne peut la regarder sans une émotion profonde, mélange indéfinissable de crainte, de confiance et de respect. « Ceux-là seuls qui ont dit leur âme devant un auditoire, écrit Lacordaire, savent les tourments de la parole publique, tourments qui arrachaient à Cicéron ce cri plaintif : Quel est l'orateur qui, au moment de parler, n'a senti ses cheveux se roidir et ses extrémités se glacer ? » Et que n'éprouverait-il pas, si les murs de l'enceinte étaient reculés jusqu'aux extrémités de la terre, si la voûte bâtie de main d'homme faisait place à la voûte du ciel, si tous les peuples devenaient les auditeurs de sa voix émue, les témoins et les- juges de son esprit justement effrayé ! L'homme est si grand par le nombre, parce que, dans les assemblées, il y a plus que l'homme, pour ainsi dire ; il y a comme un esprit, qui plane sur l'auditoire, et avec lequel l'orateur engage une lutte mystérieuse, cause de son émotion et de son effroi. On comprend les appréhensions du prophète envoyé pour porter

la parole au peuple, et qui résistait, en disant : « Ah ! ah ! Seigneur, je ne sais point parler, je ne suis qu'un enfant ».

De bonne heure il y eut chez tous les peuples libres des assemblées politiques, où se décidaient les principales affaires publiques. Sans parler des Israélites et des Grecs, les Romains eurent leurs comices, les Germains et les Francs leurs champs de mai. Dans les temps modernes, on a vu les collèges électoraux et les assemblées formées par leurs représentants : parlements ou chambres, cortès, etc. Sous la royauté française, il y eut les Etats généraux, qui furent rarement consultés et encore moins écoutés. Ils se composaient de représentants du clergé, de la noblesse et du tiers état. Le clergé eut aussi ses assemblées particulières, qui se tenaient ordinairement tous les cinq ans. On y votait des subsides à la couronne, etc. Dans les assemblées extraordinaires, dites synodes ou conciles, on traitait des affaires de l'église de France. L'assemblée de 1682 vota la fameuse Déclaration gallicane de 1G82, qui mit la France en péril de schisme.

Public. — Le public est cette assemblée permanente du peuple tout entier, et même de tous les peuples, qui ne se voit pas elle-même, mais qui s'écoute et s'entend. Il y a un immense forum, où se rencontrent chaque jour tous les esprits, toutes les doctrines, toutes les passions. Les orateurs, les écrivains y sont entendus et applaudis ou provoquent des clameurs tumultueuses ; et le public s'instruit ou s'abuse, se fait une opinion, peutêtre vraie, peut-être fausse, mais toujours passionnée. Cette opinion est souveraine : selon le mot de Pascal, elle est la reine du monde. Toutefois, ce n'est pas au hasard et sans discernement qu'il faut s'incliner devant la voix publique, même la moins équivoque et la mieux consultée. Sa compétence est bornée aux vérités fondamentales et de sens commun, à des faits sensibles et quotidiens, aux principes moraux et religieux promulgués immédiatement par la conscience et gravés dans le fond de la nature humaine. C'est dans ces limites seulement que la voix du peuple est la voix de Dieu. Les limites de la compétence de l'opinion publique, déjà assez étroites, sont encore singulièrement rétrécies par les entreprises d'une mauvaise presse. La presse peut tomber en grande partie, sinon tout entière, entre les mains d'intrigants, qui achètent toutes les plumes vénales, organisent le silence autour de certains faits, alors qu'ils donnent à d'autres le plus grand retentissement ou les dénaturent par le mensonge, égarant ainsi de bien des manières le jugement public.

Classe. — Le public se compose de toutes les classes : c'est pourquoi il s'ignore si facilement lui-même. L'aristocratie ignore le peuple, l'ouvrier ignore l'homme de lettres ; la société est composée de différents mondes, quelquefois d'autant plus étrangers les uns aux autres qu'ils vivent plus rapprochés. Il y a dans la même ville et sous les mêmes toits le monde de la science et des arts, celui du commerce et des affaires, celui de l'administration et de la politique ; il y a le monde oisif, léger, vaniteux, adonné aux plaisirs, et le monde sérieux, éclairé, diligent, laborieux ; il y a le monde des infortunés et des mécontents, celui des heureux et des satisfaits ; il y a le monde des pauvres et celui des riches. Ces deux dernières classes sont même les seules, pour ainsi dire, qui persistent en France sous les transformations politiques, comme le constatait M. de Mun : « Je ne partage pas l'opinion de l'hon. M. Barthou quand il disait à M. Jaurès : « Des classes, il n'y en pas dans ce pays ; la Révo- « lution les aabolies ».Rien n'est, àmon avis, plus contraire à l'exactitude des faits. Ce que la Révolution française a détruit, ce sont les Ordres et les privilèges qui leur appartenaient ; ce sont les corps

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