‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 239 sur 686 · LIVRE VII : DE LA SOCIETE · texte numérisé non relu

LIVRE VII : DE LA SOCIETE

organisés qui avaient dans l'Etat une place et des droits reconnus. Mais cela détruit, sans qu'aucune autre organisation nouvelle eût été substituée à l'ancienne, il est resté deux classes : les riches et les pauvres, ceux qui possèdent du superflu et ceux qui ne possèdent rien ou qui ne possèdent que le nécessaire » (30 avril 1894). Ajoutons, avec Léon XIII, que les classes sont destinées à s'unir, au lieu de se combattre, et que rien mieux que la religion ne contribue à les réconcilier et à les associer fraternellement ; que l'Etat se doit également à toutes, mais qu'il est tenu de protéger spécialement les faibles et les indigents.

Caste. — La distinction des classes et des rangs dans la société, résulte nécessairement de la diversité des aptitudes, des professions et des mérites. Mais il n'est point nécessaire que les classes soient superposées les unes aux autres : elles peuvent toutes se joindre par leurs sommets respectifs. De leur nature, les classes sont ouvertes à tous et chacun y est appelé à s'élever selon ses moyens. Les castes, au contraire, sont fermées et dépendent exclusivement de la naissance. Le régime des castes a existé en Egypte, dans les Indes, au Mexique et au Pérou, avant la conquête espagnole. Dans les Indes, où il a pris tout son développement et règne encore, la société comprend 4 castes principales : les brahmanes, les kchatryas ou guerriers, les vaisyas ou commerçants et agriculteurs, les soudras ou serviteurs, etc. Au-dessous encore sont les parias, dont le contact est regardé comme une souillure et une déchéance. Rien n'est plus contraire que le régime et les préjugés de caste à l'esprit de l'Evangile.

Bourgeoisie. — Les bourgeois ou francsbourgeois, par opposition aux serfs, composaient, sous l'ancien régime, cette classe de citoyens qui étaient domiciliés dans les bourgs ou villes, où ils participaient à certaines charges et à certains droits. On les distinguait des manants et des artisans. Ils ont joué un rôle important dans notre histoire nationale.

Patriciat. — A l'origine, les patriciens étaient dos patriarches ou pères des familles aristocratiques et sacerdotales, qui vinrent d'Albe-la-Longue s'établir à Rome. Leur maison (gens) comprenait, avec les membres de leur famille, des clients et même des esclaves. Les patriciens exerçaient un pouvoir absolu sur tous les leurs, au point de vue religieux, civil, militaire. Ils finirent par renverser les rois, qui les avaient dominés et firent la force du sénat romain. Mais les anciennes familles patriciennes avaient presque toutes disparu vers la fin de la République, cédant la place aux chevaliers et aux plébéiens.

Plébéiens. — Servius Tullius organisa les plébéiens en tribus ; il partagea aussi la population en différentes classes, non plus d'après la naissance, mais d'après la fortune. Sous la République, les plébéiens ne cessèrent de lutter contre les patriciens : ils obtinrent des tribuns en 493 av. J.-C. : leurs mariages avec les patriciens furent autorisés en 444 ; ils furent admis successivement à toutes les magistratures réservées jusque-là aux patriciens. Au-dessous' des plébéiens étaient les prolétaires, c'est-à-dire une classe de citoyens pauvres, qui n'étaient considérés pour ainsi dire qu'en raison des enfants qu'ils pouvaient donner à la République. Ils étaient exempts d'impôts et nourris souvent aux frais de l'Etat.

Paysan. — La population appliquée à la culture a formé toujours une classe plus ou moins distincte, dont le sort mérite d'être observé de près dans les divers temps et chez les différents peuples. Les premières armées romaines devaient principalement leur force à ces travailleurs de la terre, qui étaient tour à tour des colons industrieux et des soldats

éprouvés. Plus tard et surtout après l'invasion des barbares, la classe agiicole fut réduite souvent à une triste condition, malgré les services exceptionnels qui lui furent rendus par les ordres monastiques et par les papes. De là les jacqueries qui sévirent plus d'une fois. Les intérêts des artisans paraissent avoir été beaucoup mieux défendus, grâce aux corporations. Aujourd'hui les syndicats agricoles prennent en main avec un succès croissant les intérêts de l'agriculture et des populations qui en vivent (V. Ardant, Papes et paysans ; Levasseur, Histoire des classes ouvrières, etc.).

Université. — Les plus célèbres et les plus importants des corps enseignants sont les Universités, qui succédèrent aux écoles monastiques du moyen âge et furent toutes fondées ou du moins bénies par l'Eglise. La plus fameuse, celle de Paris, date de l'an 1200, où Philippe- Auguste réunit en corporation les écoles de la capitale. Les statuts furent rédigés, en 1215, par Robert de Courçon. Les papes et les rois lui accordèrent de grands privilèges. Elle formait une sorte de république des lettres, composée des maîtres et des écoliers, partagés en nations et collèges, et aussi des libraires, copistes, parcheminiers et autres suppôts. Le quartier de l'Université étaitle quartier latin. Elle se composa d'abord de la faculté de théologie et de la faculté des arts ; on y ajouta plus tard la faculté de médecine et celle de droit ou décret. Robert de Sorbon (1201-1274), chapelain de saint Louis, fonda le collège de la Sor bonne, en 1253, et en fut le premier proviseur. Les séculiers de l'Université eurent de vifs démêlés avec les religieux mendiants, qu'ils prétendirent priver du droit d'enseigner ; mais la cause de la liberté l'emporta (1257). A l'image de l'Université de Paris, d'autres furent fondées : celle de Toulouse, en 1233 ; celle de Montpellier en 1289, etc , une vingtaine dans toute la France. En Angleterre, signalons l'université d'Oxford, dont les statuts ou provisions datent de 1258 ; celle de Cambridge, qui date de 1257. En Italie, l'université de Padoue date de 1228; celle de Bologne fut la continuation d'une école de droit fondée au Ve siècle par Théodose II et relevée par Charlemagne. L'Université de Louvain fut fondée en 1425, sans la faculté de théologie, qui ne fut ajoutée qu'en 1431.

Les Universités régionales en France étaient donc nombreuses au moment où éclata la Révolution, qui les détruisit. Napoléon fonda pour les remplacer l'Université de France (1806) et centralisa l'instruction publique. L'Université fut divisée en académies régionales et embrassa l'enseignement à tous ses degrés : supérieur, secondaire et primaire. A l'enseignement supérieur se rapportent les facultés de droit, de lettres, de sciences, de médecine, le Collège de France, l'Ecole normale supérieure, l'Ecole des Hautes-Etudes, celle des Chartes, celle des Langues orientales, le Muséum d'histoire naturelle, l'Observatoire, etc. A l'enseignement secondaire, les lycées de garçons (plus d'une centaine), les lycées de filles (une cinquantaine), plus de cinquante collèges, dont la moitié pour les filles. Le budget de l'instruction publique qui n'atteignait pas 30 millions en 1870 s'est élevé rapidement à 200 millions environ. A la suite de la loi de 1875 sur la liberté de l'enseignement supérieur, des Universités catholiques furent créées à Paris, Lille, Lyon, Toulouse et Ane-ers, et un mouvement se produisit en faveur de la décentralisation. Le titre d'Université a été obtenu à certaines conditions par les Académies régionales, qui jouissent de la personnalité civile : mais leur autonomie n'est guère qu'apparente. L'Etat, qui soutient encore deux facultés protestantes (Pans et Montauban) et une faculté Israélite, a supprimé' les facultés de théologie catholique qui existaient

Page 1