‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 242 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

la raison n'en sont pas moins étroitement associés, comme la théologie et la philosophie ; si bien qu'une foule de vérités ont un double aspect, philosophique et religieux : ainsi l'existence de Dieu et l'immortalité de l'àme. A ces vérités communes à la philosophie et à la théologie s'ajoutent les vérités supérieures que nous ne connaissons que parla révélation : la sainte Trinité, l'Incarnation, l'institution divine de l'Eglise et des sacrements, etc.

Morale. — La morale se divise elle aussi en théologique et philosophique, en morale chrétienne et en éthique ou morale naturelle. La première est fondée sur l'Evangile et la seconde sur la raison. Mais ces deux morales se rencontrent pour formuler des préceptes communs, ceux de la loi naturelle. Aux vertus naturelles, que cette loi prescrit, s'ajoutent les vertus surnaturelles et, en particulier, les vertus théologales (v. vertus). La morale chrétienne implique donc la morale naturelle et philosophique, qu'elle perfectionne, et celle-ci prépare la morale supérieure de l'Evangile. Mais, de même que les faux dogmes de certaines philosophies sont incompatibles avec les dogmes de la foi, de même certaines morales fausses sont incompatibles avec la morale de l'Evangile : telles sont la morale de l'intérêt ou de l'utile; celles du plaisir, du sentiment; celle même du devoir entendu dans un sens égoïste. La morale vraie est celle du devoir et aussi de la perfection et du bonheur, mais entendus au sens chrétien. C'est-à-dire que le devoir n'est pas une loi portée par une volonté humaine autonome, qui se suffise, mais c'est la promulgation, dans la conscience, de la loi absolue du bien, qui est la loi même de Dieu. Et cette morale n'exclut point cependant la recherche raisonnable de l'utile, de l'intérêt, du plaisir; elle est, au contraire, le seul moyen d'atteindre tout bien désirable. Elle subordonne seulement tous les biens particuliers au bien absolu et partant à Dieu même, en dehors duquel il ne faut pas chercher de mobile suprême de la conduite ; la récompense ne saurait être qu'un mobile secondaire, quoique indispensable.

Tradition. — Au point de vue religieux, la tradition est la doctrine divine, la parole de Dieu recueillie par les apôtres et transmise dans 1 Eglise de génération en génération; elle est consignée dans les conciles, dans les écrits des Pères, etc. On ne regarde comme tradition apostolique que ce qui est généralement enseigné et pratiqué par toute l'Eglise, sans qu'on en sache le commencement. Le concile de Trente (Sess. IV) a fait la déclaration suivante touchant la tradition : « Le saint concile, suivant l'exemple des Pères orthodoxes, reçoit tous les livres, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, puisque le même Dieu est auteur de l'un et de l'autre, aussi bien que les traditions, soit qu'elles regardent la foi ou les mœurs, comme dictées de la bouche même de J.-C, ou par le Saint-Esprit, et conservées dans l'Eglise catholique par une succession continue, et les embrasse avec un pareil respect et une égale piété. »

Christianisme. — Entre toutes les doctrines religieuses se distingue le christianisme. Tel que l'Eglise catholique l'enseigne, il est la seule doctrine religieuse aujourd'hui qui soit vraie intégralement. Le christianisme a été préparé parle monothéisme des Juifs; il s'oppose au paganisme, qu'il a détruit chez les Grecs et les Romains et qu'il poursuit encore dans les contrées lointaines; il s'oppose aux hérésies, aux sectes, aux sociétés secrètes, qui l'ont assailli dès l'origine et le persécutent encore avec acharnement sous des noms nouveaux : protestantisme aux mille formes, judaïsme incrédule, franc-maçonnerie. Au lieu que les sectes cachent et renient même leurs doctrines secrètes, l'Eglise enseigne les siennes ouvertement et avec un ensemble parfait. D'ailleurs l'unité doc-

trinale de l'Eglise et la parfaite certitude de son enseignement est compatible avec une grande liberté d'opinions ; l'erreur tyrannise l'esprit, mais la vérité le délivre ; et l'homme est d'autant plus libre d'opiner et de suivre jusqu'au bout tous ses sentiments avouables qu'il est plus assuré des principes essentiels et des vérités nécessaires.

Catéchumène. — Dans les premiers siècles de l'Eglise, on donnait ce nom aux Juifs ou aux Gentils convertis qu'on instruisait pour recevoir le baptême. On les distinguait en 3 classes : les écoutant* ou auditeurs, les suppliant» ou aénuflecteurs ou prosternés, les compétents ou les élus. Les premiers étaient admis dans l'église pour entendre les lectures et les sermons, mais ils sortaient avant les prières. Les seconds assistaient à genoux aux prières publiques et à la messe jusqu'à l'offertoire. Cette partie de la messe avant l'offertoire était dite pour cela messe des catéchumènes. Les autres enfin avaient été examinés et admis par l'évoque à recevoir bientôt le baptême. Le catéchuménat durait deux ans.

Hérésie. — C'est l'attachement opiniâtre d'un chrétien à quelque doctrine condamnée par l'Eglise (v. foi). L'hérésie est caractérisée par l'opiniâtreté; en sorte que celui qui se serait gravement trompé en matière de foi et reviendait à la vérité, après s'être aperçu de l'erreur, ne serait pas censé avoir été hérétique. Son hérésie serait matérielle et non pas formelle. Pour qu'une erreur constitue une hérésie, il faut qu'elle soit directement et obstinément opposée à un article de foi. Voilà pourquoi, dans les censures, on distingue les propositions hérétiques, sentant l'hérésie, favorables à l'hérésie, erronées. On distingue encore l'hérésie intérieure et l'hérésie extérieure, l'hérésie occulte et l'hérésie publique. L'hérésie est frappée des plus grandes peines canoniques : déposition pour les clercs, excommunication pour tous, etc. L'Eglise a eu plus à souffrir des hérétiques que des persécuteurs. Dès l'origine, les hérésies se multiplièrent : gnostiques, manichéens, ariens, nestoriens, eutychéens, etc. Aujourd'hui le protestantisme et le rationalisme, qui en est la conclusion naturelle, ont succédé à toutes les hérésies; ils sapent les fondements mêmes de la religion chrétienne.

Schisme. — Il consiste dans l'abolition de l'unité ecclésiastique. Le schismatique diffère de l'hérétique en ce que celui-ci nie quelque article de foi, tandis que le schismatique se sépare du corps de l'Eglise en refusant de se soumettre à l'autorité ecclésiastique. Presque toujours l'hérésie se joint au schisme, parce que le schismatique est amené, pour justifier sa révolte, à répudier quelque article de foi. Le premier schisme dans l'Eglise fut celui de Corinthe, où les uns se proclamèrent les partisans de S.Paul, les autres d'Apollon ou deCéphas. L'Eglise d'Occident fut troublée par divers schismes, que dirigèrent des antipapes. Le schisme le plus long fut le grand schisme d'Occident (1378-1417), qui naquit de la division des cardinaux. Il se termina au concile de Constance. Le schisme anglican, né au siècle suivant, tourna vite à l'hérésie. Quant au schisme grec, qui subsiste toujours, il eut pour premier auteur Photius, mort en 891, qui prétendait au titre de patriarche œcuménique. Le schisme fut consommé par le patriarche Michel Cérularius, élu en 1043. Le schisme russe provient du schisme grec et a pris une forme particulière. Les Russes furent évangélisés vers la fin du Xe siècle par les Grecs et furent d'abord catholiques avec eux. Vers la fin du XVIe siècle, il y eut un patriarche de toute la Russie. Un peu plus tard le patriarche russe s'affranchit de celui de Constantinople, mais ce fut pour tomber sous l'autorité du czar. Pierre le Grand abolit la dignité de patriarche et se déclara chef de l'église russe. En 17Ï0, il créa, pour la gouverner,

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