‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 244 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

(v. abbé J. Lémann, la Prépondérance juive, etc.; Drumont, la France juive, etc.; Rohling, le Juif talmudiste ; le P. Constant, les Juifs devant l'Eglise et devant l'histoire, 1897).

Polythéisme. — Cette corruption du monothéisme primitif a pris différentes formes, selon les peuples où elle s'est développée (v. dieux). Chez les Aryas, ces communs ancêtres des Indo-européens, ce fut un panthéisme naturaliste : les phénomènes les plus frappants de la nature, les grandes manifestations de la puissance de Dieu, le Ciel, le Soleil, l'Aurore, le Feu, etc., furent divinisés. Nous avons ainsi, dans la mythologie de l'Inde, Varouna ou le Ciel, qui n'est autre que VOuranos des Grecs et YUranus des Latins; uyaus, leZeus ou Dios des Grecs, le Joois ou Jupiter (Diaus pitar} des Latins. L'anthropomorphisme prêta ensuite aux dieux, qu'il multiplia sans mesure, toutes les aventures, poétiques ou grossières. La superstition descendit jusqu'au fétichisme, qui règne encore chez tant de nègres de l'Afrique. Le polythéisme grec et romain, comme aussi celui des Celtes et des Germains, persista longtemps chez les habitants des bourgs et des campagnes pagani : d'où paganisme), après qu'il eût été chassé des villes par la prédication de l'Evangile.

Brahmanisme. — Chez les Hindous, comme chez les autres peuples, une religion plus ou moins pure a précédé la philosophie, qui tantôt s'en est inspirée et tantôt s'en est affranchie ou l'a même combattue. La religion des Hindous est le brahmanisme ; les livres sacrés en sont les Védas. L)e ces livres se dégage une sorte de panthéisme, dont voici les principaux traits. Au commencement aurait existé une substance infinie, indéterminée, inconsciente, une sorte de Dieu endormi, Brahm. Son réveil aurait été le signal de la création, c'està-dire de l'apparition de la matière (Maya) et de la production des phénomènes. De son sein seraient sorties également trois manifestations de la divinité : Brahma, Vichnou et Siva ou Schiva, qui composent la trhnourti (v. cesmots). Vichnou s'incarne souvent; ses incarnations sont nommées avatars ou descentes. L'Hercule indien, Krichna, dont les Védas racontent les exploits, n'est que l'une de ces manifestations de Vichnou. Le nom du premier homme est Manon, qui a laissé son nom à un code célèbre dans l'Inde : les Lois 'le Manou. Les âmes des hommes émanent de Brahma, comme toutes choses, et sont soumises à la loi fatale de la transmigration, jusqu'à ce que, suffisamment purifiées, elles retournent à leur premier principe pour se confondre de nouveau avec lui. S'affranchir de la métempsycose par la purification de l'âme, telle est donc la fin suprême d'après les Védas, dont le rituel bahmanique, si compliqué et si singulier, est inspiré par la même pensée.

Bouddhisme. — Vers le VI'' siècle av. J.-C, le bouddhisme naquit dans l'Inde, où il combattit le brahmanisme. Quelques siècles plus tard, il commença à se répandre beaucoup au dehors; mais, dans l'Inde même, malgré des triomphes passagers, il fut définitivement vaincu et à peu éliminé vers le XIVe siècle. L'admiration de certains panthéistes et pessimistes contemporains pour cette doctrine, nous force de lui accorder une attention particulière.

Le fondateur du bouddhisme fut Çâkva-Mouni (le solitaire des Çakyas), plus connu sous le nom de Bouddha (v. Die. hist.), qui signifie sage, éclairé. Son enseignement fut une sorte de philosophie avant de devenir une religion. Il se rattache vraisemblablement au sankhya athée de Kapila. On peut remarquer ici qu'une institution devenue par la suite et chez divers peuples aussi formaliste et aussi superstitieuse que le bouddhisme, a pu naître d'une simple philosophie, et même d'une philoso-

phie qualifiée d'athée : tant il est vrai que l'âme humaine est nécessairement religieuse, et revient toujours au culte d'une divinité, vraie ou fausse, alors même qu'elle en a méconnu l'existence. Çâkya- Mouni accepta donc les idées de Kapila sur l'éternité de la matière, l'apparition et la transmigration des âmes; il accepta aussi la théorie du nirvana (nudité, dépouillement du corps) ou delà délivrance enseignée par les écoles brahmaniques. Mais tandis que celles-ci plaçaient le nirvana dans un retour de l'âme au sein de Brahma, il y vit plutôt une sorte d'anéantissement, tout au moins celui de la pensée. On peut s'étonner que le nirvana oouddhique, avec le néant ou le repos dans lequel il se perd, ait pu exercer une pareille fascination sur les esprits. Mais il ne faut pas oublier que les religions et les philosophies les plus erronnées permettent toujours des équivoques, grâce auxquelles leurs partisans sont souvent moins éloignés de la vérité que les formules auxquelles ils s'attachent. Et puis le bouddhisme, qui, en morale et en politique, prêchait l'égalité des castes et provoquait ainsi une révolution sociale, s'adressait surtout aux classes pauvres et méprisées de l'Inde, pour lesquelles le suprême bien pouvait paraître consister d'abord dans l'affranchissement de tous les maux. D'ailleurs, la question du nirvana divise les indianistes. Beaucoup d'entre eux repoussent l'opinion de Barthélémy Saint-IIilaire et Eugène Burnouf, d'après lesquels le nirvana bouddhique serait un véritable anéantissement. Il est certain que les bouddhistes euxmêmes ne l'entendent pas ainsi ; car leurs cérémonies funèbres accusent nettement la croyance à la survivance de l'âme individuelle ; de même ils invoquent Bouddha comme un être supérieur, distinct et immortel. Si donc le bouddhisme théorique a conclu à l'anéantissement, le bouddhisme pratique n'a pas tardé à s'y refuser : tant il est vrai que l'homme croit comme d'instinct à l'immortalité de l'âme. Pour en revenir au bouddhisme théorique, s'il propose comme fin dernière l'absorption dans le sein de Brahma, le nirvana bouddhique se confond avec le nirvana brahmanique, et le bouddhisme n'est qu'une variété du panthéisme.

Quel que soit son véritable dogme sur la fin dernière, le bouddhisme, considéré comme culte et esprit religieux, s'est répandu depuis longtemps dans une grande partie de l'Orient ; il s'est modifié profondément suivant les peuples qui l'acceptaient, s'accommodant de tous les abus, de toutes les erreurs et de toutes les superstitions, en Chine, en Birmanie, au Japon, au Thibet surtout, où règne le lamaïsme. Bouddha est honoré en Chine sous le nom de Fo, et les historiens chinois font remonter son apparition au XIe siècle avant notre ère. Au Thibet, on croit toujours à de nombreuses réincarnations de Bouddha.

Telle donc a été la destinée du bouddhisme, religion mal définie dans ses croj'ances, qui a emprunté les principaux dogmes d'une philosophie brahmanique. Il a pu l'emporter sur les systèmes rivaux par un vrai sentiment des misères humaines à soulager et de l'égalité originelle entre les hommes ; mais il n'a pu combattre victorieusement les maux qu'il déplorait, ni se garantir des principales erreurs qui en sont les causes, ni supprimer les superstitions grossières qui les rendent irrémédiables. Incapable de définir le nirvana qu'il promet à ses fidèles, il a comprimé leurs meilleures aspirations et n'a pu devenir le principe d'aucune civilisation supérieure ; il n'a guère su inspirer à ses sectateurs qu'une pitié ou une résignation stériles ; en tout cas il n'a pu satisfaire leurs âmes alfamées du désir de connaître et d'aimer sans mesure. Même en se dégageant des grossières superstitions où il est enveloppé, il ne vaut pas mieux que le pessimisme contemporain et ne méritera le suffrage

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