‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 245 sur 686 · LIVRE VII : DE LA SOCIETE · texte numérisé non relu

LIVRE VII : DE LA SOCIETE

que des sceptiques ; il ne peut tenter que ceux qui sont fatigués de vivre et d'espérer. Aussi souscrivons-nous à cette conclusion de Barthélémy Saint- Hilaire (le Néo- bouddhisme, Acad. des sciences mor., 1893,1, p. 709) : « Ce n'est pas une tentative sérieuse qu'une réhabilitation du bouddhisme; c'est tout au plus une fantaisie littéraire, qui elle-même n'est pas sans inconvénient. Les âmes sont travaillées d'assez de maux, sans y joindre un mal de plus. Qu'on admire, tant qu'on veut, le caractère du Bouddha, ses intentions et toute sa vie ; mais que l'on fuie ses doctrines délétères. Le bouddhisme doit entrer dans l'histoire et y occuper désormais la place qui lui est due ; mais il ne faudrait pas qu'il entrât dans les cœurs » (V. Desgodins, articles de la Revue des religions, 1890; de la Mazelière, Moines et ascètes indiens. Essai sur les cures d'Ajunta et les couvents bouddhistes des Indes, 1898; Oldenberg, le Bouddha, sa oie, sa doctrine, sa communauté).

Mahométiteme. — La religion dont le christianisme a eu le plus à souffrir est le mahornétisine, qui se propagea par la force et la conquête. Né au VIe siècle, il ne tarda pas à s'emparer de la Syrie, de l'Egypte, de la Perse et de l'Asie jusqu'à l'Indus, de l'Afrique septentrionale et de la plus grande partie de l'Espagne. Charles Martel sauva la Gaule à Poitiers. La civilisation arabe donna ensuite tout son éclat ; pendant que les armées du croissant étaient aux prises avec les croisés, les philosophes scolastiques devaient résister aux philosophes arabes, tout en s'instruisant plus d'une fois à leur école. Instruits par les chrétiens d'Orient, les Arabes cultivèrent, en effet, la philosophie, la médecine, les mathématiques, etc. Mais la philosophie arabe entrait nécessairement en conflit avec le Coran, qui alliait à quelques vérités importantes, comme l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, de grossières superstitions. Finalement la philosophie fut bannie de l'islam, et le fanatisme musulman resta sans contrepoids. Survint l'invasion des Turcs, qui s'emparèrent de Constantinople et menacèrent plus d'une fois de s'emparer du reste de l'Europe. Aujourd'hui le mahométisme règne dans l'Asie centrale, l'Asie Mineure et l'Afrique septentrionale. Il s'est propagé aussi beaucoup parmi les noirs de l'Afrique, précédé ou suivi de l'esclavagisme le plus odieux. Deux sectes principales se partagent l'islam : les Sunnites (Arabes et Turcs), qui reconnaissent comme légitimes les trois premiers califes ; les Chyites (Perses), qui ne reconnaissent que le quatrième, Ali. Ajoutons qu'il existe, au sein de l'islam, des sectes religieuses redoutables, plus ou moins secrètes, toujours prêtes à prendre les armes au premier signal de leurs chefs et, en particulier, du sultan de Constantinople.

Spiritisme. — C'est la doctrine superstitieuse de ceux qui prétendent commercer avec les âmes des défunts ou d'autres esprits. Cette superstition est aussi ancienne que le monde, puisque Adam et Eve commirent la faute de croire à la parole du démon plutôt qu'à celle de Dieu. Nous voyons encore, dans la Bible, que la pythonisse d'Endor évoqua devant Saiil lame du prophète Samuel. Pour évoquer les esprits et communiquer avec eux, les spirites contemporains se servent de médiums, de tables tournantes, frappantes, etc. Bien qu'une foule de faits de spiritisme soient des mystifications, on ne peut les nier tous sans tomber dans le scepticisme historique. Le spiritisme parait avoir des affinités étroites avec le magnétisme et l'hypnotisme.

Philosophie. — On peut entendre par la philosophie les idées générales qui ont prévalu chez un peuple ou à une époque : ainsi la philosophie allemande, française; la philosophie du XVIIIe siècle; celle des Grecs, des Latins, des Arabes, des

Chaldéens. Le mot de philosophie désigne aussi le système plus ou moins rigoureux enseigne'' par tel philosophe et qui a groupé se-- disciples : ainsi le platonisme, l'aristotélisme, le cartésianisme. Enfin le mot de philosophie peut désigner une doctrine indépendamment du temps où elle a paru ou de ceux qui l'ont enseignée : ainsi le spiritualisme, le panthéisme. On a essayé de déterminer méthodiquement les principaux systèmes de philosophie. Cousin les réduisait à quatre, qui se reproduiraient périodiquement : le sensualisme, l'idéalisme, le scepticisme et le mysticisme, auxquels s'ajouterait le spiritualisme. Mais cette division parait insuffisante, et l'ordre dans lequel Cousin fait évoluer les systèmes est arbitraire. Il y a autant de systèmes que de doctrines particulières bien distinctes ou même que de méthodes et de points de vue choisis par les philosophes. Il faut reconnaître aussi que bien des systèmes ne sont nouveaux que de nom, et que l'esprit humain ne peut guère qu'approfondir les mêmes vérités ou parcourir sans fin le même cercle d'erreurs (v. Hist. de la 'philosophie. Systèmes). Pythagorisme. — Les pythagoriciens cultivèrent beaucoup les mathématiques ; ils disaient que le nombre est l'essence des choses, et que chaque être est défini par son nombre particulier ; ils prêtaient à chaque nombre des significations symboliques et transcendantes. Aux nombres Platon substitua plus tard les idées, etAristota les essences. Les pythagoriciens professaient la métempsycose ; ils formaient un ordre aristocratique et pratiquaient une morale austère.

Platonisme. Aristotélisme. — Tous les penseurs, pour ainsi dire, relèvent de ces deux philosophies maîtresses et perpétuellement rivales. Les platoniciens voient mieux la distinction de l'âme et du corps et l'immortalité de la première; les péripatéticiens voient mieux les rapports de l'âme et du corps, ainsi que l'unité de la nature humaine. Les théosophes et les idéalistes ont abusé du platonisme ; les sensualistes ont abusé du péripatétisme. C'est du platonisme que s'inspirèrent surtout les premiers philosophes chrétiens et même les Pères de l'Eglise; et c'est à l'école péripatéticienne que s'instruisirent de préférence les scolastiques. Ces deux philosophies représentent deux tendances qui se corrigent l'une l'autre : les aspirations de la première sont plus nobles, mais les affirmations de la seconde sont plus justes (V. Huit, Histoire du platonisme; Talamo, V Aristotélisme de la scolastique).

Stoïcisme, épicurisme. — Epicuriens et stoïciens subordonnaient toute la philosophie à la morale ; mais, tandis que les premiers rattachaient celle-ci au plaisir ou au délectable, les seconds la rattachaient au bien. La morale épicurienne est toute relative au tempérament et aux passions de ceux qui la pratiquent. Ce qui lui manque surtout, c'est l'absolu du bien et du beau moral, c'est le devoir, c'est l'honnête, et partant les jouissances supérieures qu'il procure, l'espérance immortelle qu'il fait naître ici-bas et qu'il comblera dans une meilleure vie. La morale stoïcienne est meilleure, mais elle est incapable de justifier ses préceptes, et sa grandeur est fausse. Dans le stoïcisme, en effet, Dieu est l'âme universelle du inonde et la cause fatale de tout ce qui existe ; la liberté est donc supprimée. Ensuite le saf.re stoïcien fait de sa vertu, non le moyen de s'attacher au bien, mais plutôt le bien lui-même et la fin dernière. Ajoutons qu'en s'attachant à détruire toute passion, le stoïcisme tentait l'impossible. En fait, la casuistique stoïcienne s'est montrée indulgente pour les dérèglements les plus honteux.

Scepticisme, dogmatisme. — A le considérer superficiellement, le scepticisme est une erreur puérile qui tombe d'elle-même : en réalité,

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