‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 249 sur 686 · LIVRE vfl : DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE vfl : DE LA SOCIÉTÉ

mi'me dès la vie présente et en attendant le dénouement.

Vitalisme, animisme. — Barthez et l'école de Montpellier enseignèrent le vitalisme, doctrine philosophico-médicale, qui fut acceptée par Maine de Biran, Jouffroy. D'après les vitalistes, il y a deux principes premiers dans l'homme, l'un de la vie organique et l'autre de l'intelligence et de la pensée. Le premier échappe par lui-même à l'empire de la volonté. Ce qui a induit en erreur les vitalistes, c'est précisément cette distinction profonde entre les actes volontaires de l'homme, ceux dont il garde l'empire, et les actes vitaux plus ou moins nécessaires et inconscients.

Au vitalisme ou double dynamisme est opposé assez directement Y animisme ou monodyna— misme, soutenu par Stahl. Si ce n'était que Stahl a mal connu la distinction et le rôle des facultés, sa doctrine serait la vraie : c'est celle d'Aristote et des scolastiques, à laquelle tous les travaux de la physiologie moderne forcent les philosophes de revenir. Il n'y a en définitive dans l'homme qu'un premier principe de la pensée et de la vie, des actes volontaires et des actes simplement vitaux et organiques. L'homme n'est pas une collection d'êtres ni de forces associées accidentellement : il est un seul et même être, doué de diverses facultés, c'est-à-dire de divers principes secondaires d'opérations.

Homéopathie. — Doctrine médicale inaugurée par Ilahnemann, qui en conçut l'idée en 1791. Fondée surl'axiome: Similia similibus cùrantur opposé à celui d'Hippocraté et des allopathes : Contraria eontrariis cùrantur, elle consiste à traiter les maladies par des spécifiques qui produisent dans l'homme, à l'état de santé, des symptômes semblables à ceux que l'on veut combattre clans le malade. Les homéopathes prétendent avoir des spécifiques pour toutes les maladies. Ils les emploient à des doses infinitésimales. Les substances principales qui entrent dans leurs dilutions, globules, sont l'aconit, l'arnica, l'arsenic, la belladone, le mercure, le soufre. Les théories homéopathiques paraissent fort arbitraires ; mais la guérison de maladies contagieuses (rage, diphtérie, etc.) par des virus atténués, paraît plaider en leur faveur.

Romantisme. — On peut le définir comme la doctrine littéraire des écrivains qui s'affranchirent des règles de composition et de style établies d'après les classiques anciens et ceux du XVIIe siècle, et qui cherchèrent des modèles dans les romans du moyen âge. Chateaubriand fut l'un des premiers promoteurs de la réaction romantique. Mais le chef le plus brillant de l'école a été Victor Hugo ; il porta le romantisme à son apogée, mais tomba dans de grands excès. La lutte des classiques et des romantiques et le mouvement littéraire qui en résulta, s'étendent surtout de 1810 à 1850. Avec Chateaubriand et Victor Hugo, citons encore Lamartine, Théophile Gautier, Sainte-Beuve, Alexandre Dumas.

Réalisme, idéalisme. — Ces deux noms désignent deux tendances et deux doctrines contraires sur l'art et la littérature en général. Elles correspondent au matérialisme et au spiritualisme que nous avons rencontrés d'abord en philosophie et dont elles sont les effets naturels. Puisque les beauxarts et la littérature doivent élever l'esprit vers les beautés supérieures, ils ne sauraient se complaire dans le réalisme, le naturalisme. Ce n'est pas encore faire œuvre d'art que de copier simplement la nature, surtout s'il s'agit de la nature dégradée. On raconte qu'Aristote « approuvait les artistes qui représentaient les hommes meilleurs et plus beaux qu'ils ne sont ». C'est que, à l'exemple de Platon, il assignait aux arts l'idéal pour but. Toutefois les beaux-arts ne sauraient non plus se réfugier dans

Y idéalisme, c'est-à-dire chercher un idéal de pure fantaisie, sans rapport avec la réalité. Mais l'artiste doit dégager de la nature ce qu'elle a de mieux, saisir cet idéal qu'elle semble poursuivre toujours sans l'atteindre jamais ; il doit, en un mot, ajouter du sien à l'œuvre de la nature, et lui communique;quelque chose de sa propre pensée. Alors même qu'il s'applique à dessiner des portraits, à reproduire des batailles, des scènes historiques et autres faits, il sera vrai sans être réaliste ; il saura toujours saisir la nature au moment et sous le point de vue le plus favorable et lui faire rendre tout ce qu'elle peut exprimer.

Gouvernement (Formes de) . — Entre toutes les doctrines politiques, il faut signaler celles qui ont pour objet les formes de gouvernement (monarchie, aristocratie, démocratie) et leurs avantages respectifs. Sans chercher ici à déterminer quel est le meilleur gouvernement, nous nous bornerons à insister sur les vérités les plus générales et les plus importantes. La première est que toutes les formes de gouvernement peuvent être justes, pourvu qu'elles respectent les droits naturels de l'individu et de la famille, comme aussi les droits supérieurs de la conscience et de l'Eglise. Le droit naturel, en effet, est susceptible des déterminations les plus diverses, qui peuvent toutes devenir opportunes, ou même nécessaires, suivant les peuples, les temps et les circonstances. On ne peut donc condamner en principe ni la royauté, ni le régime aristocratique, ni le régime démocratique, mais seulement leurs abus. Tout homme qui n'est pas aveuglé par des préjugés politiques, mais accorde quelque crédit aux enseignements de l'histoire, conviendra que nulle forme de gouvernement n'est imposée par le droit naturel. C'est pourquoi l'Eglise a pu s'accommoder de toutes. C'est pourquoi aussi elle s'est vue en butte à la persécution sous tous les régimes, lorsque les rois ou les seigneurs ou les peuples égarés voulaient secouer le joug de la justice. Une seconde vérité, c'est que le régime le plus désirable pour un peuple est celui qui répond le mieux à ses mœurs, à son passé et à ses aspirations, à ses traditions et à ses besoins actuels, à son état de civilisation et de culture. Puisque nulle forme de gouvernement ne s'impose absolument par elle-même, puisqu'on peut se servir et abuser de toutes, il reste que la forme la meilleure soit la mieux adaptée.

Toutefois, on conviendra que, abstraction faite de l'état particulier de tel ou tel peuple, ou plutôt en supposant une société idéale, le gouvernement qui lui conviendrait serait celui qui réunirait le plus heureusement ce que les trois régimes principaux paraissent offrir de meilleur, c'est-à-dire : 1" un seul chef suprême; 2° une aristocratie toujours ouverte au mérite et par conséquent incessamment renouvelée ; 3° un peuple vraiment protégé et libre, qui, par ses votes, exercerait une légitime influence sur les affaires publiques. Cette forme de gouvernement serait encore, si on le veut, une monarchie ; mais elle serait tempérée d'aristocratie et de démocratie. Telle paraît être, en somme, l'opinion de saint Thomas et des meilleurs scolastiques (cf. la 2œ, q. 105, a. 1). En tout cas, ce régime serait plus populaire et plus libéral que plusieurs de ceux qui ont essayé de s'implanter sous le nom de république. On a pu le voir de nos jours, mieux que jamais peut-être, par les abus du gouvernement parlementaire et la corruption du suffrage universel. Les lois sont devenues un instrument de règne et d'oppression au profit du parti au pouvoir : de là leur injustice et leur instabilité. Le travail national, l'industrie et le commerce n'ont pas été défendus contre une haute banque qui paraît s'être inféodé plus d'une lois les dépositaires du pouvoir public ; les libertés les plus sacrées ont été violées alors que les licences les plus odieuses étaient érigées en

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