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PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

l'acte subsistant et celui qui ne subsiste pas. Le premier est une forme substantielle qui existe indépendamment de la matière comme l'ange, ou même l'âme de l'homme. L'acte non subsistant ne peut exister indépendamment : ainsi l'âme de l'animal.

Parmi les axiomes métaphysiques qui se rapportent à l'acte, nous signalerons les suivants : L'acte primo la puissance (Actus est prior potentia). L'acte, en effet, est de toutes manières avant la puissance ; car la puissance ne peut être connue que par l'acte qui lui correspond, et do plus elle suppose un acte qui la fasse passer de la possibilité à l'existence ou de l'existence à l'action. — C'est l'acte qui sépare et distingue (Actus est qui séparât et distinguit). C'est l'acte, en effet, comme forme, comme différence, ou comme opération, qui détermine les êtres et sert à les reconnaître. Les vérités suivantes ne sont pas moins évidentes : Une chose n'est parfaite qu'autant qu'elle est en acte. Par exemple, l'homme n'est parfaitement homme qu'autant qu'il pense et agit en homme, c'est-à-dire raisonnablement. — L'être agit en tant qu'il est en acte ; il souffre et reçoit l'action il autrui entant qu'il est en puissance. — Tout être mv.able est compose de puissance et d'acte : d'acte, puisqu'il a présentement un état, une forme, une perfection ; de puissance, car il est susceptible de recevoir une autre forme ou perfection. — La puissance en tant que telle ne peut par elle-même et elle seule se déterminer à l'action; mais elle a besoin d'y être déterminée par un acte. Car le moins ne donne pas le plus, tout effet à sa cause proportionnée. Ainsi notre faculté de connaître, par cela seul qu'elle est une puissance de connaître, ne connaîtra pas actuellement, si elle n'est déterminée par un objet qui agisse de quelque manière sur elle. On pourrait ainsi remonter de puissance en acte jusqu'au premier principe de tout acte, de tout mouvement, c'est-à-dire à Dieu. — L'acte absolument pur est infini ; car l'acte est être et perfection. — Mais l'acte qui ?i'est pur que dans un ordre, c'est-à-dire relativement, n'est pas la perfection absolue. Par exemple, la pensée de l'homme peut être pure comme pensée humaine, mais non pas absolument comme connaissance et subsistante (v. F<jrges, Théorie fondamentale de l'acte et de lapuissance, du moteur et du mobile).

Puissance — On peut dire que la puissance est l'aptitude à faire ou à recevoir, à souffrir quelque chose. En considérant les choses de plus haut, on peut dire aussi que la puissance c'est l'être qui n'a pas l'existence, ou du moins qui n'a pas l'opération ou quelque autre détermination. Ainsi entendue la puissance comprend le possible. On la distingue en puissance objective et en puissance subjective. La puissance qui n'a pas l'existence est dite puissance objective, elle n'est qu'une possibil ité ; la puissance qui existe, mais qui n'a pas l'opération ou manque de quelque autre détermination, est dite puissance subjective, faculté, etc. C'est ainsi que nous entendons par les puissances de l'homme la mémoire, l'intelligence, la sensibilité, etc. — On distingue aussi la puissance active et la puissance passive . la première est susceptible d'exercer une action ; la seconde, de la recevoir. D'autres fois la puissance ou faculté est dite active ou passive suivant qu'elle détermine son objet ou qu'elle est déterminée par lui (ainsi l'intellect est dit agent ou patient) — Remarquons aussi lapuissance obêdientielle, puissance nouvelle qu'on trouve dans la créature, si on la considère par rapport à Dieu à qui elle obéit et qui peut s'en servir pour des effets nouveaux et supérieurs. — C'est un axiome scolastique que la puissance est connue par l'acte et spécifiée par lui. Par exemple la pensée fait connaître l'intelli-

gence ; la volition fait connaître la volonté ; ces mêmes actes spécifient les deux facultés.

Possible. Impossible — Le possible est ce qui peut être. On distingue le possible absolu ou intrinsèque et le possible relatif. Le premier n'implique pas contradiction ; le second peut être produit par telle cause indiquée. — Au possible est opposé l'impossible, qui est métaphysique, physique ou moral. Le premier implique contradiction : par exemple un cercle carré ; le second n'a pas de causes physiques données ou naturelles : ainsi la résurrection des corps ; le troisième est contraire aux inclinations les plus naturelles : par exemple il est impossible qu'un fils tue son père.

Des philosophes ont confondu le possible avec le nécessaire. 11 n'y aurait point de contingence en ce monde ni par conséquent de liberté, car l'acte libre est contingent. D'autres ont pensé que l'impossible était possible : ainsi Hegel, Heraclite et autres sceptiques, qui essaient de concilier les contradictoires. Pour faire la lumière en ces matières, nous déterminerons dans les affirmations suivantes l'origine ou le dernier pourquoi de la possibilité : Les essences sont intrinsèquement possibles non point parce que nous les concevons, ni parce qu'elles existent, mais leur possibilité intrinsèque dépend de Dieu seul, considéré non pas dans sa puissance infinie, ni dans sa volonté libre, mais dans son intelligence et finalement dans son essence : bref, les choses sont possibles, d'abord et formellement parce que Dieu les conçoit, et finalement parce qu'il existe.

D'abord les essences sont possibles non point parce que nous les concevons. Sans doute, un signe très sûr qu'une chose est possible, c'est que nous {missions vraiment la concevoir ; mais c'est là un effet de la possibilité intrinsèque de la chose et non pas une cause : en réalité la possibilité intrinsèque ne dépend nullement de notre esprit. La preuve en est que l'esprit humain ne mesure pas les choses, leurs essences, mais il est mesuré par elles ; il doit se conformer à elles pour trouver la vérité. Il est vrai que la possibilité des choses dépend de leur vérité absolue, mais celle-ci ne dépend pas de la nôtre. Il en est de la possibilité absolue des choses comme de leur essence : elle est éternelle, immuable ; or notre pensée n'est rien de tel. Comment donc la possibilité des choses pourraitelle dépendre de notre pensée ? Comment donc les choses seraient-elles possibles parce que nous les concevons ?

Les essences ne sont pas possibles non plus parce qu'elles existent. On peut conclure de l'existence d'une chose à la possibilité de cette chose ; mais ce n'est point de l'existence même que la possibilité tire sa raison. En effet, l'existence des choses est contingente, temporelle, variable, tandis que leur essence ou leur possibilité est éternelle, immuable, nécessaire. Celle-ci ne peut donc dépendre de celle-là, bien que nous la connaissions par celle-là. Le possible nous est révélé par le réel, mais il ne dépend pas du réel.

Toute possibilité vient donc de Dieu. Plusieurs ont pensé que les choses ne dépendaient de Dieu que quant à l'existence : d'après eux, la possibilité et l'impossibilité absolues ne relèveraient que d'ellesmêmes et s'imposeraient à Dieu comme une fatalité étrangère. On est même allé jusqu'à dire que si, par impossible, Dieu n'existait pas, ce qui est possible intrinsèquement n'en resterait pas moins tel. C'est là une erreur. Car la possibilité intrinsèque des choses ou leur essence logique n'est pas un néant absolu, c'est quelque chose d'intelligible, de concevable positivement ; c'est quelque chose d'idéal, sans doute, mais enfin c'est quelque chose. Or, il est absurde qu'il y ait quelque chose qui ne

dépende pas de Dieu ; car il est à la fois la première vérité et la première réalité.

Enfin, lu possibilité intrinsèque des choses ne dépend pus tant de la puissance infinie de Dieu ou de sa volonté libre que de son intelligence d'abord et finalement de son existence. Ici nous combattons plusieurs erreurs. Occam prétend que les choses sont possibles précisément parce que Dieu peut les faire. Il confond la possibilité intrinsèque des choses avec la possibilité extrinsèque. Descartes cherche le dernier pourquoi de la possibilité dans la liberté divine. Son erreur est bien plus grave. 11 est absurde que Dieu puisse faire ce qui répugne ou que la contradiction absolue que nous trouvons entre ceitaincs choses vienne de la volonté libre de Dieu. Ce qui est contradictoire n'a pas de vérité, c'est néant attsolu ; comment Dieu, qui est vérité première et être pur, pourrait-il prendre pour objet l'absurde et le néant ? Ajoutons que si l'opinion de Descartes était vraie, la science humaine n'aurait plus pour objet que le contingent, l'absolu lui échapperait, toutes nos certitudes seraient hypothétiques ; car les essences des choses, qui sont l'objet de la science, seraient muables aussi bien que leur existence. Enfin le bon sens dépose ici contre l'opinion cartésienne. Pour savoir si une chose est possible absolument, on ne recourt pas à la volonté libre de Dieu, on considère cette chose en elle-même, dans ses éléments et, s'ils sont conciliâmes, on ne doute plus de la possibilité ou de l'impossibilité de la- chose.

Par là même, il est démontré que c'est à la vér té pure et première, à l'intelligence divine qu'il faut recourir pour expliquer la possibilité intrinsèque des choses. Cette possibilité n'est autre chose que leur intelligibilité ; or, leur intelligibilité première et absolue est en Dieu, considéré comme souveraine intelligence. D'autre part l'intelligence de Dieu ne fait qu'un avec l'essence divine. Si Dieu connaît, comprend, conçoit les possibles, c'est qu'il existe. Les choses sont donc possibles d'abord et formellement parce que Dieu les connaît, et finalement parce qu'il existe.

Nécessaire. Contingent. — Le nécessaire étant ce qui ne peut pas ne pas être, il s'ensuit que la nécessité est une perfection de l'être en tant qu'être. Elle est opposée à la contingence et finalement à la liberté, puisque toute réalité contingente est due, en définitive, à un acte libre. En tant qu'opposée à la liberté, la nécessité prend le nom de déterminisme. On distingue la nécessité métaphysique, physique et morale. C'est un axiome que le contingent suppose le nécessaire. En effet, le contingent n'a pas l'existence par lui-même, il doit donc îa recevoir d'un autre. Celui-ci, à son tour, est nécessaire ou contingent. Nous remonterons ainsi d'une cause à l'autre jusqu'à une. cause première, qui soit un être nécessaire. Et qu'on ne suppose pas ici une infinité de causes contingentes et enchaînées : alors même que le nombre de causes intermédiaires serait infini, ce que nous n'admettons pas, elles seraient toutes ensemble contingentes et aussi incapables de se donner l'existence que chacune d'elles en particulier. Le contingent suppose donc le nécessaire. On voit par là même que l'existence de Dieu, seul être absolument nécessaire, existant par lui-même, est démontrée.

Un, unité. — h'un c'est l'être en tant que non divisé d'avec lui-même (unum) et distinct de tout autre (aliquid). On distingue l'unité transcendante et l'unité numérique. La première est un mode de l'être ; la seconde est un mode de quantité (v. unité mathématique, unités de mesure, de grandeur, etc.). Remarquons aussi que l'unité peut être générique ou spécifique ou individuelle. La première est celle des individus dans un même genre ; la seconde, celle des individus dans la même espèce ;

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