LIVRE VIII : DU SIGNE
tois, jargon, baragouin, argot. — La
langue est un système de sons articulés à l'usage d'une nation. Le langage se dit, plus généralement, d'un système de signes ou même d'un ensemble de signes : ainsi le langage des gestes ; le langage des bêtes. On dit, par extension encore : le langage des fleurs. Le langage se dit aussi de la manière particulière dont on se sert d'une langue : le langage des passions ; le langage des marins. L'idiome est la langue propre à un peuple ou à une province; d'ordinaire il n'a pas l'extension ni la littérature des langues parfaites. Le dialecte n'est qu'une variété d'une langue, qui peut être parfaite : ainsi le dialecte attique. Les dialectes, s'ils divergent de plus en plus, deviennent insensiblement des idiomes particuliers. Le patois est un dialecte dégénéré, ou qui ne s'est pas développé ; il est dépourvu de littérature, mais peut intéresser beaucoup par sa grammaire. Le jargon se dit d'un patois ou d'une langue inintelligible ou fort mal parlée. Le baragouin est pire que le jargon ; il provient surtout d'un vice de prononciation. L'argot est un langage de convention, greffé sur la langue commune, et parlé par certaines classes de personnes : l'argot des coulissiers, celui des collégiens.
Signe, signal. — Signe est le terme le plus général : il se rapporte au présent, au passé, ou à l'avenir ; il est naturel ou artificiel. Le signal, au contraire, ne se rapporte pas au passé et il est déterminé par quelque convention. On donne le signal du combat; la fièvre est un signe de la maladie.
Symbole, emblème. — L'un et l'autre expriment des choses abstraites par des signes ou images sensibles. Mais le symbole est naturel ou du moins indiqué par la nature des choses ; il est donc facilement compris et accepté de tous, comme reposant sur l'observation des faits et l'expérience commune ou l'histoire générale. Ainsi le lion est le symbole du courage ; le serpent, de la ruse. L'em-
blème, au contraire, est plutôt artificiel : il tient à une vue particulière des choses ou même au choix d'une personne : ainsi, d'une manière générale, les signes du blason. Aussi le P. Ménestrier a-t-il pu écrire un livre sur Y Art des emblèmes ; et il arrive souvent que ceux-ci soient accompagnés d'une légende explicative.
Vestige, trace. — Le vestige est proprement l'empreinte laissée par le pied de l'homme ou de l'animal. La trace est une série de vestiges plus ou moins apparents, formant ensemble une ligne qui mène à un but. Il faut reconnaître et interpréter les vestiges ; il faut, en outre, suivre les traces
Vestiges, image. — Les vestiges décèlent le passage de l'être vivant qui les a laissés ; mais Y image seule le représente. La nature entière poi le les vestiges du Créateur ; il a visité le ciel et la terre, et la science peut à peine suivre ses premiers pas ; mais l'àmede l'homme est seule à son image et à sa ressemblance. Les vestiges sont nombreux ; mais Y image est une. Les vestiges attestent l'existence ; mais Yimage découvre la nature et la personne. Les vestiges sont évidents, et Yimage doit être fidèle.
Ineffaçable, indélébile. — Ineffaçable se dit de l'écriture, des traits, des caractères, en un mot d'un signe formé ; indélébile se dit plutôt de la matière du signe, de l'encre par exemple qui a servi à tracer les caractères. Au figuré, on dira d'un souvenir qu'il est ineffaçable, et d'une tache qu'elle est indélébile.
Triomphant, triomphal. — Triompha m se dit de ce qui a rapport directement au triomphateur ; triomphal se dit de ce qui a rapport plutôt au triomphe même et à son éclat. On dira donc : une armée triomphante, des armes triomphantes, un parti triomphant ; mais on dira : le char triomphal, la pompe triomphale, la couronne triomphale.
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