‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 262 sur 686 · Chapitre Premier · texte numérisé non relu

Chapitre Premier

De la parole.

Parole. Son origine. — La parole est le plus parfait des signes, malgré certains avantages relatifs que les autres (écriture, geste, action, etc.) peuvent avoir sur elle. La parole, en effet, est générale, abstraite : elle exprime directement l'idée, à ce point qu'elle ne comprend essentiellement que des noms communs, c'est-à-dire généraux. Les noms propres font partie du dictionnaire historique et géographique, mais non pas du dictionnaire de la langue. La parole touche donc immédiatement à l'intelligence, qui est la faculté de percevoir l'universel. Une autre marque de cette vérité, c'est que Y entendement (entendre, ouïr) se dit, à proprement parler, de l'intelligence ; la vue, au contraire, ne se dit de l'esprit que par métaphore. L'important pour l'esprit n'est pas de voir, mais d'entendre, ou plutôt il voit par Yentendement : c'est pourquoi il s'instruit mieux en entendant la parole qu'en voyant le geste ou en lisant la lettre. Si la lettre a tant d'efficacité, c'est qu'elle supplée la parole, lui permet d'atteindre à toutes les distances, et la fixe pour toujours. D'ailleurs on s'aperçoit facilement que tous les autres signes sont comme des dépendances de la parole : l'écriture la conserve ; le geste et l'action l'achèvent ; les chants la développent ; les emblèmes, les démonstrations, les cérémonies pompeuses la commentent de mille manières. Mais tous ces signes, malgré leur éclat et leur éloquence, ne forment que son vêtement : elle l'emporte sur tous. Il y a dans la parole des inflexions, des vibrations, des nuances

que l'écriture ne peut rendre, et que le geste le plus heureux et le plus expressif ne traduit qu'imparfaitement. De plus, la parole seule accompagne toujours la pensée et peut se modeler exactement sur elle. Il n'y a pas d'idée si abstraite, il n'y a pas de sentiment si délicat qui ne puisse s'exprimer par la parole, au moins de quelque manière, et l'indicible marque toujours le plus haut point de l'inexprimable. La parole est donc, selon la pensée de saint Augustin, le premier et comme le roi des signes : Verba obtinuerunt principatum signifîcandi.

Cela nous explique que la parole soit la forme dans les sacrements de l'Eglise, qui sont essentiellement des signes. C'est elle que J.-C. a apportée au monde et qui l'a délivré. Les Ecritures ellesmêmes ne sont que le souvenir et le vestige de la parole révélatrice ; et elles ne suffisent pas sans l'interprétation orale de l'Eglise. Le Verbe incarné a parlé et il a laissé le soin d'écrire aux prophètes qui l'ont précédé et aux apôtres qui l'ont suivi. La parole seule est pleinement vivante ; l'écriture est morte, et ne revit que par l'interprétation, ainsi que Platon l'avait déjà fort bien remarqué.

On peut définir la parole : une voix articulée qui exprime quelque idée proprement dite, c'est-à-dire universelle. La voix est un son ou une suite de sons que fait entendre l'animal sous le coup de certaines émotions. La voix articulée est celle qui résulte de l'émission non seulement de voyelles, mais encore de consonnes, et par conséquent de syllabes. Quelques animaux parviennent à articuler plus ou moins bien certains mots ; mais ce langage n'est point encore la parole. Le corps

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