‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 263 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

de celle-ci est sans doute la voix articulée ; mais lame est l'idée générale. L'animal peut exprimer ses impressions, ses appétits, voire môme ses désirs et ses craintes, mais non des idées générales et des désirs raisonnes. On conçoit que, dans l'homme, où l'animal et l'être raisonnable ne font qu'un, le passage du langage purement émotionnel à la parole soit insensible ; mais entre les deux il y a en réalité une différence essentielle. L'enfant exprime ses premières émotions par des cris : en cela il ne diffère pas de l'animal, qui, instinctivement ou par expérience, lie certaines émotions à certains cris. Mais plus tard, lorsqu'il a des idées et que sa langue s'est déliée, l'enfant parle, c'est-à-dire qu'il exprime non seulement des sensations, mais encore des idées. L'homme raisonnable lui-même emprunte tantôt le langage de la raison et tantôt celui de la pure sensibilité : il gémit, il pousse des cris, quelquefois inarticulés et sans réflexion ; plus souvent il exprime sa pensée en même temps que ses émotions.

L'origine de la parole. — Ces remarques sont indispensables si l'on veut discuter la question de l'origine du langage ou de la parole. Puisqu'il a 'y a pas de langage proprement dit sans l'idée, et que c'est elle qui transforme le langage animal en parole humaine, il s'agit de savoir d'où elle vient. Si elle ne nous vient que du dehors et par l'enseignement, il est clair que la parole ne peut être donnée que par la tradition, comme le voulait de Bonald. Mais, s'il en est autrement, on conçoit que l'homme puisse à la rigueur inventer une parole. Toutefois, il est évident qu'une langue compliquée, savante même dès l'origine, ne peut être le fruit d'une pure invention humaine. La parole est naturelle, en ce sens qu'il est naturel à l'homme de penser et de s'exprimer ; mais il est impossible qu'elle soit tout entière, avec ses lois profondes et ses merveilleuses complications, le fruit de la raison et de la nature. Ou bien il faudrait dire que l'homme primitif a été admirablement servi par son instinct, sa spontanéité, son génie. Mais ce génie qui agissait en s'ignorant, n'était-ce pas plutôt un instinct divin ? Si le premier homme a parlé naturellement et très bien, c'est qu'il a été l'instrument d'une pensée plus haute. Donc aux yeux du philosophe, comme aux yeux du chrétien, la parole, avec la culture morale essentielle qu'elle suppose, est d'institution divine, médiate ou immédiate. L'homme ensuite a travaillé sur ce fonds et il en a fait sortir, par voie de dérivation, les dialectes et les langues.

On oppose à cette conclusion la diversité extrême des langues et l'irréductibilité des plus anciennes à un type commun. Ainsi, dit-on, les langues sémitiques, représentées par l'hébreu et l'arabe, ne peuvent être ramenées aux langues européennes, représentées par le sanscrit; les langues touraniennes forment un troisième ensemble, absolument indépendant. — Mais il est facile de répondre que ces langues nous paraissent irréductibles entre elles parce que nous ne les connaissons qu'à partir d'une certaine époque et d'une manière imparfaite. Ce que l'on a regardé comme des racines primitives dans ces langues, ce sont des germes laissés par des langues antérieures, qui elles-mêmes dérivaient peut-être d'une langue unique et révélée de Dieu, ou du moins inspirée par lui à nos premiers parents, en même temps qu'il leur donnait la perfection et les connaissances nécessaires aux auteurs de notre race.

Il est vrai que les partisans d'une origine purement humaine du langage, tirent parti de cette évolution merveilleuse et indéfinie pour soutenir qu'il est un fruit naturel et lentement mûri. L'homme aurait d'abord communiqué sa pensée au moyen de quelques cris, de quelques mots peu nombreux et très simples, tels que des onomatopées. Puis ces

mots se seraient multipliés, agglutinés, combinés de mille manières, suivant le génie de chaque peuple : de là les langues monosyllabiques, agglutinatives, flexionnelles. Bref, les langues se seraient développées comme toutes choses, comme les arts, comme les sciences; parties de rien, elles seraient devenues ce que nous les connaissons. — Mais nous pouvons répondre à ces prétentions qu'il n'en est pas du langage comme des arts mécaniques, des sciences expérimentales et des œuvres matérielles de la civilisation. Le langage tient de très près à la pensée même, à l'éducation essentielle et à la moralité. Or il a fallu que le premier homme fût digne de ce nom et de son rôle. Aucun philosophe spiritualiste ne refusera aux hommes primitifs des connaissances religieuses et morales qui les plaçaient déjà bien au-dessus de la brute, de laquelle des races dégradées semblent se rapprocher. Les premiers hommes ne furent donc pas dépourvus d'un langage déjà remarquable et digne de leurs sentiments et de leurs pensées. S'il est absurde de faire partir l'humanité de l'animalité pure, et la civilisation, de la sauvagerie, il est également absurde de tirer le langage des sons grossiers arrachés aux hommes primitifs par les émotions et les besoins de l'animalité.

C'est pourquoi, et en faisant abstraction de toute révélation, nous pensons que l'Auteur de la nature devait au premier homme un langage déjà suffisant, de même qu'il lui devait les connaissances indispensables, qui nous arrivent aujourd'hui par la tradition. En fait, l'origine du langage ne peut être douteuse pour le chrétien. Puisque le premier homme fut créé avec une nature parfaite, et même dans l'état de justice originelle, il fut créé parlant, ou du moins avec la parole intérieure, la pensée, leverbe mental qui allait bientôt trouver et animer la parole extérieure. Car l'àme de la parole c'est la pensée ; et tout philosophe qui admettra avec nous que la pensée humaine, la pensée abstraite, la connaissance de Dieu, du juste et du bien, ne s'est pas dégagée lentement de la sensibilité, affinée par mille générations, mais a éclairé le berceau de l'humanité, admettra aussi que la parole n'est pas le fruit d'une évolution, bien que, une fois née, elle ait été soumise aux lois d'une évolution. Celle-ci modifie la parole de mille manières, mais elle ne la crée pas; car, au fond, l'évolution ne crée jamais rien (V., avec les philosophes, les philologues qui se sont occupés d« l'origine du langage : Max Muller, Renan, abbé Rousselot, etc.).

Interpellation. — Au parlement, c'est une demande d'explications adressée par un membre à l'un des représentants du pouvoir exécutif et portant sur des faits dont l'accomplissement regarde ce pouvoir. Supprimé le 2 déc. 1851, le droit d'interpellation fut rétabli en 1867 et remplaça le droit d'adresse. Avant l'interpellation, le texte doit en être soumis au ministre qui doit répondre, et la date du jour où elle sera présentée devant la Chambre est. fixée par un vote de celle-ci. L'interpellation diffère de la simple question adressée au pouvoir exécutif sur tel ou tel point de son administration : la question ne se termine pas par le vote d'un ordre du jour (de confiance ou de blâme). Les questions ne peuvent être transformées en interpellations sans avertissement préalable.

Remontrances. — Sous la royauté, les cours souveraines (Chambre des comptes, Cour des aides) et en particulier les parlements avaient le droit de remontrance*, c'est-à-dire le droit de représenter au roi les motifs qui les obligeaient à s'opposer à l'exécution de ses volontés, à l'enregistrement de ses édits.

Adresse. — On a d'abord désigné ainsi tout discours adressé au roi ou à un chef d'Etat par un corps politique ou un groupe de citoyens. Ce fut

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