‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 264 sur 686 · LIVRE VIII : DU SIGNE · texte numérisé non relu

LIVRE VIII : DU SIGNE

ensuite le nom donné à la réponse que faisait le Parlement au discours de la couronne (1815-48). La plus célèbre adresse fut celle des 221, votée le 18 mars 1830, que suivit bientôt la révolution de juillet.

Prière. — Elle n'est pas seulement l'acte religieux le plus essentiel et le plus facile (v. religion, livre IV) ; elle est aussi l'un des liens excellents de la société. Sans compter qu'on obtient beaucoup plus des hommes par la prière que par la menace ou la violence, rien ne rapproche mieux les cœurs que les bons offices qu'elle provoque. C'est elle aussi qui répare les injustices envers les hommes, comme les injustices envers Dieu. Dans la mythologie d'Homère, les prières {Litai) sont filles de Jupiter : il les représente timides, consternées, boiteuses, marchant toujours après l'Injure (Atc) pour guérir le mal qu'elle a fait.

Invocation. — Dans les discours religieux solennels, se place après l'exorde une invocation particulière à la Vierge (Are Maria). On retrouve un usage analogue chez les anciens Leurs poèmes épiques débutent toujours par une invocation à la Muse ou à quelque autre divinité inspiratrice : ainsi Y Iliade, YÛdyssèe et l'Enéide. L'invocation vient après l'exposition du sujet, quand elle n'y est pas mêlée, comme il arrive pour les poèmes d'Homère. Menace. — Il y a des menaces miséricordieuses : telles sont celles que Dieu adresse aux hommes pour les détourner du mal qui risque de les séduire et de les accabler : de même encore les menaces de toute autorité légitime et paternelle. Mais il est des menaces injustes et malignes, qui consistent, pour ainsi dire, à infliger d'avance, au moins par la crainte, tout le mal qu'on souhaite à quelqu'un. Le Code pénal les frappe sévèrement dans certains cas (art. 3U5-8). Les menaces d'assassinat, etc. accompagnées de chantage, sont punies des travaux forcés.

Conversation. — Le genre de conversation que peut soutenir une personne, montre bien la tournure de son esprit et le degré où il est parvenu. Le même thermomètre permet déjuger d'une civilisation et de la culture générale des mœurs. Il n'est donc pas étonnant que l'on ne trouve, chez les païens, rien de se semblable à la conversation telle qu'elle a été pratiquée dans nos sociétés chrétiennes, où tant de sentiments élevés et délicats sont devenus vulgaires, pour ainsi dire, et rencontrent naturellement ces nuances d'expressions qui résument tout le secret de la politesse. Dans le christianisme seul, l'âme humaine donne sa fleur et tout son parfum. Ce n'est pas ailleurs non plus que la femme joue pleinement son rôle, qui peut être si bienfaisant. Elle a contribué beaucoup à l'art de la conversation. Celle-ci n'est bien possible qu'entre gens d'esprit et d'une certaine culture. D'ailleurs elle varie comme l'esprit et l'humeur de ceux qui la soutiennent : elle est tour à tour futile, sérieuse, enjouée, ennuyeuse, intéressante, instructive, inutile, sotte, spirituelle. La Bruyère a tracé une règle de cet art agréable, qui peut être compté aussi parmi les petites vertus sociales : <* L'esprit de la conversation, dit-il, consiste bien moins à en montrer beaucoup, qu'à en faire trouver aux autres ». (V. Dictionnaire de la conversation ; Roger Alexandre, le Musée de lu conversation).

Narration. — En rhétorique, c'est la partie du discours qui comprend le récit des faits : Y exposition la précède et la confirmation la suit. On distingue la narration oratoire de la narration historique et de la narration 'poétique. Celle-ci est laissée à l'imagination du poète ; la narration historique, au contraire, doit exprimer l'exacte vérité ; (piant à la narration oratoire elle s'accommode au discours et expose les faits sous le jour le plus favorable à la cause. On cite Démosthène, Cicéron,

Bossuet comme ayant excellé dans ce genre. On étend aussi le nom de narration à toutes sortes 'le récits et d'exercices littéraires par lesquels les humanistes se préparent à suivre les cours de rhétorique.

Conte. — On comprend, sous ce nom, tout un genre de littérature, en prose ou en vers, qui a été cultivé très anciennement et chez divers peuples. L'Asie nous adonné : les Conte* indiens de Bidpay, qui vivait, dit-on, deux mille ans avant J.-C. ; les Fable* Milèsiennes d'Aristide de Milet, regardées comme la source du roman grec ; les Mille et une Nuits de Saadi, poète persan. L'Occident a eu : les contes chevaleresques e1 les romans de nos trouvères ; les contes de fées (Chaperon rouge, Petit. Poucet. Peau d'âne, Barbe bleue); les contes nouvelles (Dècamèron et Heptamèron) ; bref, les contes de toutes sortes: fantastiques, philosophiques, moraux.

Apologue . Fable . — L'antiquité la plus reculée nous a laissé des exemples admirables d'apologues et de fables, tant cette forme de littérature est naturelle à l'esprit humain, qui s'instruit toujours par des comparaisons et des analogies. L'Indien Bidpay, le Phrygien Esope surtout, le Grec Babrius, le Romain Phèdre sont les princes des fabulistes anciens. L'apologue de Ménénius (les Membres et V Estomac) est resté célèbre dans l'histoire romaine. La France a eu l'incomparable La Fontaine, Lamotte, Florian, etc. L'apologue doit être familier, naturel, parfois même naïf ; mais cette simplicité n'exclut point, à l'occasion, la sublimité de la pensée ni l'intensité du sentiment.

Mythe. — Il diffère de l'allégorie et de la fable en ce qu'il est moins une création des poètes qu'un produit spontané de l'imagination populaire. Le mythe joue un grand rôle à l'origine des religions qui tombèrent dans le polythéisme et l'anthropomorphisme, comme celles de l'Inde et de la Grèce (v. mythologie). Souvent il traduit des faits historiques, embellis par la reconnaissance ou l'admiration populaire : ainsi les mythes de Jupiter, de Janus, etc., qui paraissent avoir été d'anciens rois ; d'autres fois il exprime de grands phénomènes naturels, comme la lutte du jour et de la nuit, le désordre des éléments pendant la tempête, la foudre, les tremblements de terre ; d'autres fois enfin il porte avec lui un sens moral : ainsi le mythe de Prométhée, celui de Pandore.

Exposition. — D'une manière générale, l'exposition est cette partie d'un discours, d'une dissertation, d'un traité, etc. où l'on fait connaître une série de faits ou d'idées et de raisons de façon à renseigner exactement l'auditeur ou le lecteur. Elle diffère de la discussion, de la critique, bien qu'elle les prépare naturellement. Elle doit être claire, exacte, détaillée ou abrégée, selon que les circonstances le comportent. Au théâtre, l'exposition se dit spécialement des préliminaires d'une pièce, où l'on fait connaître le sujet et toutes les circonstances qui précèdent l'action prête à se dérouler. Elle est d'une grande importance : il faut que les auditeurs soient vite et bien renseignés par les personnages de la scène, sans que ceux-ci paraissent y songer. Dissertation. — C'est un discours philosophique, qui diffère des compositions oratoires proprement dites en ce qu'il se borne à établir un point de doctrine par la voie du raisonnement, sans s'attacher à le persuader en faisant appel à l'imagination et à la sensibilité'. Analyser, exposer, déduire toutes les raisons qui vont à la même conclusion, réfuter les adversaires, être soi-même invincible ou irréfutable : c'est là toute la dissertation. Elle est l'exercice littéraire qui convient le mieux aux étudiants en philosophie ou en théologie. Discours. Son excellence. — En rhétorique, le discours est toute parole d'une certaine longueur,

Page 1