PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPÉDIQUE
prononcée en public et avec une certaine méthode. L'orateur doit plaire, instruire n\ persuader . Les discours offrent la même variété que les genres d'éloquence ; on distingue donc ; les discours religieux (sermons, homélies) ; les discours parlementaires, académiques ; les plaidoyers, les harangues, etc. On distingue aussi, selon les circonstances, les discours d'ouverture, de distribution de prix, etc. Les rhéteurs divisent le discours en sept parties : exorde, proposition, division, narration, confirmation, réfutation, péroraison.
Si l'on compare le discours aux autres formes de la parole, à la narration par exemple, on remarquera facilement son excellence : il est seul la parole complète. Le narrateur expose, raconte, ramène devant les yeux des tableaux et des faits qui sont dignes d'intérêt et même attachants. Mais l'orateur fait mieux encore : il s'élève au-dessus des faits, alors même qu'il s'en occupe ; il atteint facilement les plus hautes vérités et excite les plus fortes émotions. On écoute le narrateur pour s'informer de ce qu'il a vu ou du moins de ce qu'il sait; mais on écoute l'orateur pour savoir ce qu'il pense et sentir ce qu'il éprouve. Le premier est un guide aimable et complaisant autant qu'expérimenté ; on le suit librement et par plaisir dans les sentiers agréables et mystérieux de la fiction et de l'histoire : le second, au contraire, ne tarde pas à devenir impérieux; c'est un compagnon de route qui presse et qui entraîne plutôt qu'il ne conduit. Tour à tour il s'insinue avec adresse, raisonne avec force, conclut avec rigueur, émeut jusqu'aux larmes et passionne jusqu'au délire. S'il se sépare en apparence de ses auditeurs, c'est pour les mieux ressaisir et les mieux gagner. Entre eux et lui il s'établit une sorte de dialogue, imposant comme celui de la multitude avec la vérité. Si on ne lui répond pas ouvertement, c'est que les âmes ne cessent de lui répondre : il porte seul la parole, pour ne pas la diminuer en la divisant. Le discours étant une parole essentiellement vivante, ne veut pas être lu mais parlé. Il n'en est pas de même de la narration ; et si le narrateu r lui aussi fait désirer vivement sa voix et sa présence, c'est qu'il mêle adroitement à sa narration les qualités du discours. Une autre preuve de l'excellence du discours, c'est qu'on l'invite le premier à toutes les solennités civiles et religieuses, pour en être la plus haute expression. A lui la tribune politique comme la chaire sacrée. Il règne dans les sanctuaires, dans les tribunaux et jusque sur la place publique, au milieu des assemblées orageuses.
Exorde. — Dans l'exorde, l'orateur doit gagner la bienveillance de son auditoire et captiver son attention (v. mœurs oratoires). On distingue l'exorde pompeux, simple, insinuant, ex abrujAo : toujours l'exorde doit être approprié au sujet et aux circonstances. Dans certains cas, l'orateur doit user des plus grandes précautions oratoires, lorsque l'auditoire est hostile ou mal préparé à l'entendre. Un modèle d'exorde à ce point de vue est donné par La Fontaine dans le discours qu'il prête au Paysan du Danube.
Apologie. — Chez les Grecs, c'était un mémoire justificatif, une sorte de plaidoyer et de défense : ainsi Platon et Xénophon ont écrit l'Apologie de Socrate, dont ils avaient été les disciples et que les Athéniens avaient condamné injustement à boire la ciguë. Les chrétiens donnèrent ensuite très justement le nom d'apologie aux écrits qui avaient pour objet la défense du christianisme et la réfutation des calomnies dont il était l'objet. De là une branche importante de la théologie et de la philosophie chrétienne (v. apologétique).
Eloge. — Ce nom sert à désigner tout un genre de littérature, qui comprend : les panégyriques profanes (éloges historiques, politiques : Panè-
gyrique de Trajan par Pline le Jeune, etc.) ; les panégyriques sacrés (oraisons funèbres, etc.); les éloges académiques, tels que les Discours de réception à l'Académie française ; enfin les éloges satiriques et même burlesques : ainsi YEloge de la folie par Erasme.
Sermon. — On distingue aujourd'hui le sermon proprement dit, qui a toujours quelque solennité, de l'homélie et du prône, qui sont plus familiers et moins méthodiques. Toutes les formes de la prédication chrétienne ont leur première source dans les Evangiles et en particulier dans le Sermon sur la montagne (Math. v-vm). La parole apostolique accomplit des merveilles et renouvela le monde, comme on peut le voir par le discours que saint Pierre prononça le jour même de la Pentecôte. La plupart des Pères de l'Eglise excellèrent dans ce nouveau genre d'éloquence, que les rhéteurs n'avaient pas analysé: les Augustin, les Ambroise, lesHilaire en Occident ; les Chrysostome, les Grégoire, les Basile en Orient. Au moyen âge, des orateurs religieux comme Pierre l'Ermite et saint Bernard soulevèrent les peuples et poussèrent des armées vers la Palestine. S. Dominique et ses Frères Prêcheurs, S. François d'Assise, S. Antoine de Padoue, etc., furent leurs dignes successeurs. Mais il faut reconnaître que les licences et les bouffonneries du théâtre se glissèrent ensuite jusque dans la chaire sacrée. Elle eut à souffrir aussi de l'invasion des passions politiques. A l'approche du grand siècle, le P. Lejeune, S. François de Sales, relevèrent bien haut l'éloquence religieuse, qui fut portée à sa perfection, pour ainsi dire, par Bossuet, Bourdaloue, Massillon... Au XIXe siècle, les Lacordaire, les Ravignan, les Félix, les Monsabré se sont distingués parmi les orateurs chrétiens et les apologistes (V. les études de Lecoy de la Marche et de l'abbé Bourgain sur la prédication au moyen âge ; abbé Samouillan, Etude sur la chaire et la société française au XVe siècle. Olivier Maillard, sa prédication et son temps ; le P. Longhaye, la Prédication. Grands maîtres et grandes lois). Catéchèse. — Dans les premiers temps de l'Eglise, on donnait le nom de catéchèses aux instructions que recevaient les catéchumènes ; à cet effet, on les groupait le plus souvent dans les baptistères. Des évêques et des hommes de génie, comme Origène, furent les catéchistes de ces temps héroïques. C'est le même devoir que remplissent aujourd'hui les curés en faisant le catéchisme aux enfants et à toutes personnes qui ne sont pas assez instruites de leur religion. Le catéchisme (v. ce mot) romain ou du Concile de Trente résume la doctrine qui doit faire la base de ces instructions. Plaidoyer. — Bien que les intérêts débattus devant les tribunaux humains soient d'ordre moins élevé que les intérêts religieux, ils sont si graves encore dans bien des cas, et surtout ils sont si vivement sentis qu'ils donnent lieu à un genre d'éloquence également noble et utile. L'éloquence du barreau peut se glorifier, dans l'antiquité, de noms tels que ceux de Démosthène et de Cicéron. Plus tard elle se développe de nouveau à la suite de la science du droit. D'abord verbeuse, déclamatoire, surchargée de citations et de digressions inutiles ou déplacées, elle entre au XVIe siècle dans une belle période, qui paraît durer encore. Citons les Pithou, les Pasquier, lés Arnauld, lesPatru, puis les Tronchet, les Chauveau-Lagarde, les Bcrryer.
Poésie, prose. — De l'inspiration naquit la poésie, ce langage des dieux. Il serait injuste de ne voir dans la poésie et dans la prose qu'une distinction fondée sur la mesure, la cadence et l'observation des autres règles poétiques. Ces deux formes de la parole répondent surtout à deux manières bien différentes de sentir et d'exprimer le vrai et le beau. Combien de versificateurs laborieux,