‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 270 sur 686 · LIVRE VIII : DU SIGNE · texte numérisé non relu

LIVRE VIII : DU SIGNE

Doublet. — Une foule de mots, dont le sens est bien souvent très différent, dérivent pourtant d'une même origine, mais par des voies différentes : ainsi les mots créance et croyance, balance et bilan, nègre et noir. L'histoire des doublets est un des chapitres les plus intéressants de l'histoire des mots. Brachet a publié un Dictionnaire des doublets, un Dictionnaire étymologique, etc.

Terminaison. — La terminaison ou désinence des mots est leur partie variable ; elle s'ajoute au radical pour marquer le nombre (singulier ou pluriel), le genre (masculin ou féminin), le cas (en latin, en grec), le temps (présent, passé, etc.), le mode (indicatif, subjonctif, etc.), la personne ; elle marque donc certains rapports au moyen desquels les mots sont associés pour former une même phrase. L'importance des terminaisons est extrême dans les langues synthétiques ; elle diminue dans les langues analytiques, où leur rôle est rempli de plus en plus par des particules ou mots détachés.

Particule. — On donne quelquefois le nom de particules à tous les mots invariables : adverbe, préposition, etc. Mais les particules sont plutôt de petits mots qui servent à modifier le sens des mots principaux, dont elles sont sèparables ou inséparables. Dé, dis, nié, re, etc., sont des particules inséparables (défaire, discontinuer, mévente, refaire) ; au contraire, ci, là, da sont sèparables (celui-ci, celui-là, oui-da). On distingue aussi les particules préfixes et suffixes.

Nom. — On comprend quelquefois parmi les noms X adjectif et le pronom. Mais, au sens strict, le nom ou substantif est un mtot qui signifie quelque chose à la manière d'un sujet et abstraction faite du temps. Il est bien évident que le substantif n'exprime pas toujours une substance (comme Pierre, homme, plante) ; il exprime souvent une qualité (vertu, science), ou une action (marche, passage), ou une relation (excellence, grandeur), mais c'est toujours à la manière d'un sujet. D'où l'on voit facilement que la grammaire, tout en étant dominée par la logique, est avant tout une expression et un instrument de la pensée. Les noms sont susceptibles de genres, de nombres, de cas (en latin, en grec), etc. On les distingue surtout en noms communs et en noms propres. Ceux-ci font partie du Dictionnaire historique et géographique; les noms communs font seuls partie du Dictionnaire de la langue ; ce qui montre bien le caractère universel de la parole humaine et de la pensée. Les noms propres qui entrent dans le Dictionnaire de la langue sont ceux dont le sens a été généralisé : par ex. : Caton, Tartufe, Stentor. Si les noms propres importent peu à la grammaire, ils importent beaucoup à l'histoire et à la société. Primitivement les noms exprimaient quelque qualité appartenant ou attribuée à celui qui le portait. Cet usage persiste encore chez certaines tribus. On ajoutait quelquefois le nom du père à celui de la personne qu'on voulait désigner : Jean, fils de Zébédée ; Ulysse, fils da Laërte ; Achille, fils de Pelée. Les noms des patriarches offrent tous quelque signification plus ou moins instructive ; il en est de même de beaucoup de noms de lieux : Abraham signifie père d'une multitude; Joseph, accroissement ; Moïse, sauvé des eaux ; Jérusalem, vision de la paix.

Prénom, surnom. — A Rome, comme aujourd'hui en France, on distinguait le prénom et le nom de famille, auquel on ajoutait d'ordinaire un surnom : ainsi Marcus Tut/ius Cicero. Au moyen âge, on distingua d'abord les individus par leurs noms de baptême, auxquels s'ajoutaient souvent, en guise de surnoms, des noms significatifs, d'origine gallo-romaine ou barbare ; par ex. : Le Noir, Le Roux, Adolphe (noble loup), Fulbert (plein de gloire). Il arrivait encore de joindir

le nom du père à celui du fils. Les noms de famille ou héréditaires s'introduisirent du Xe au XIIe siècle. On les tira soit des professions (Mercier, Lefèvre, Tisseur, Boulanger), soit du lieu de naissance, soit du nom d'une terre, d'un fief, soit d'un sobriquet. Aujourd'hui encore les noms de famille manquent aux musulmans, qui n'emploient que des noms personnels, souvent très compliqués. Les noms sont très importants au point de vue de l'état civil. Dès 1555, il était défendu de changer de nom sans une ordonnance royale ; aujourd'hui il faut un décret du gouvernement. Un arrêt de l'autorité judiciaire est nécessaire pour rectifier un nom inexact. L'article 259 du Code pénal frappe d'une amende de 500 fr. à 10,000 fr. celui qui usurpe un titre ou qui change le nom que porte son état civil.

Synonyme. — Il n'est pas. pour ainsi dire, de mots rigoureusement synonymes, ou si deux mots le sont quelque temps, par exemple quand ils sont empruntés à deux langues différentes, pour exprimer la même idée, l'usage ne tarde pas à les différencier, au moins par des nuances délicates. Il faut bien connaître celles-ci, avec le sens propre de chaque mot, pour écrire et parler la langue avec justesse. Parmi les traités sur les synonymes que nous ont laissés les anciens, le plus célèbre est celui du Grec Ammonius. En français, on peut citer : les Synonymes français de l'abbé Girard (1736) ; le Nouveau Dictionnaire universel des synonymes de Guizot, celui de Lafaye (1858).

Cas. — Les cas n'existent que dans les langues à déclinaisons : le latin, le grec, le sanscrit, l'ancien arabe, etc., et, parmi les langues modernes, l'allemand, le hongrois, le lithuanien. Dans les langues qui en sont privées, le rôle des cas est rempli par les prépositions. Le français du XIe au XIIIe siècle avait encore deux cas : le nominatif ou sujet et le régime ou accusatif. La langue latine, d'où provient le français, compte six cas bien connus : nominatif, etc. Le grec a les mêmes cas, moins l'ablatif, qu'il remplace par le génitif ou le datif. Le sanscrit a huit cas, ceux du latin, avec Y instrumental et le locatif. L'arménien a dix cas, les huit du sanscrit, avec le narrât if et le circonfèrenciel. L'arabe ancien a trois cas seulement.

Article. — L'article est une sorte d'adjectif déterminatif, qui contribue à la précision, à la clarté de la parole. On peut dire que le latin classique en est dépourvu, bien qu'il le contienne en germe. On distingue l'article défini (le, la, les) et l'article indéfini (un, une, des). Le premier désigne un être, un sujet, comme déjà connu, il le détermine ; le second a un autre caractère. On remarquera qu'il emporte l'idée de distinction, qui est l'une des idées supérieures et primitives de l'esprit (par ex. un homme, un animal, une étoile).

Adjectif. — De même que le nom, l'adjectif exprime lui aussi quelque chose, mais avec une qualité (par ex. heureux, prudent, fort), ou comme une qualité (par ex. divin, substantiel, vivant). Souvent l'adjectif est pris substantivement. Réciproquement le substantif peut être employé adjectivement. En grec, en latin et dans les langues qui en dérivent, l'adjectif s'accorde avec le substantif auquel il se rapporte : ils ont même genre, même nombre et, s'il y a lieu, même cas. En anglais, l'adjectif est toujours invariable; souvent aussi en allemand. On distingue les adjectifs qualificatifs (beau, grand, etc.), et les adjectifs détenu) natif* (ce, ces, mon, ton, son), qui comprennent les adjectifs numéraux, démonstratifs, possessifs, etc. Les degrés de comparaison dans les adjectifs s'appellent : lepositif, le comparatif et le superlatif.

Pronom. -■- L'emploi judicieux et exact du pronom, qui tient la place du nom et souvent d'un

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