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LIVRE VIII : DU SIGNE

les autres langues analytiques, elle y remplace les cas et rentre ainsi dans les parties formelles du langage. Son rôle est donc de marquer les rapports des mots et par conséquent des idées. On distingue les prépositions de lieu (à, chez, vers, etc.), de temps [pendant), de lieu et de temps (dans, en, depuis), d'ordre (avant, après, entre), d'union (avec), de séparation (hors, sans), etc. Outre les prépositions simples, comme à, de, par, pour, il y a les locutions prépositives, comme loin de, au travers de. Certains participes ou autres mots peuvent être employés comme prépositions ; par ex. : durant, suivant, attendu. On appelle particules prépositives des prépositions empruntées du latin, du grec, et ajoutées à certains mots comme préfixes : ainsi à, é, in, dans abattre, élargir, infortune.

Conjonction. — Les conjonctions ont cela de propre qu'elles servent à lier ou mettre en rapport deux propositions. On distingue les conjonctions coputatives (et, ni ), alternatives (ou, soit), aaversatives , mais, cependant], restrictives (sinon, à moins que), conditionnelles (si, pourvu que), etc. Plusieurs adverbes peuvent jouer le rôle de conjonction (par ex. aussi, cependant, néanmoins). Comme les adverbes et les prépositions, les conjonctions sont simples et, ou) ou composées : elles forment, dans ce cas, des locutions conjonctives (malgré que, attendu que).

Interjection. — Ce qui précède montre bien que les mots ne se classent pas toujours rigoureusement parmi telles ou telles parties du discours, ou du moins que le même mot peut jouer tour à tour le rôle d'adverbe ou de préposition ou de conjonction, celui de substantif ou d'adjectif, de substantif ou de verbe, d'adjectif ou d'adverbe. C'est ainsi encore que les Grecs classaient l'interjection parmi les adverbes. Elle est d'ordinaire un cri, une exclamation qui, sans entrer dans une proposition, équivaut elle-même à une proposition entière. Elle est simple (ah! bas!) ou composée (qui-vive? et autres locutions interjectives).

Mont-joie et Saint-Denis. — C'était le cri d'armes des anciens rois de France. Le cri d'armes, qui se distingue du cri de guerre, employé de tout temps et par tous les peuples, était une devise que les seigneurs féodaux portaient sur leurs armes et qui servait de ralliement sur le champ de bataille. Le cri d'armes était un privilège des chevaliers bannerets. Les anciens ducs de Bourgogne avaient pour cii d'armes : Chastillon au ■noble duc ; les rois de Navarre : Bigorre, Bigorre; les ducs de Bretagne : Saint-Malo au riche duc; la maison de Savoie : Savoie, Saint-Maurice et Bonnes-Nouvelles, etc.

Locution. — D'une manière générale les locutions comprennent toutes les façons spéciales de parler. Avec le langage tout entier, dont elles sont l'une des parties les plus intéressantes et les plus significatives, elles renferment toute une philosophie : c'est la philosophie même du sens commun. Mais nous ne signalons ici que quelques-unes des locutions adverbiales, prépositives, conjonctives et interjectives. Elles sont expliquées en détail dans le Dictionnaire, de même que les locutions proverbiales, à la suite des mots principaux qui entrent dans leur composition. Avec les locutions françaises, il faut signaler aussi les locutions latines ou étrangères qui ont envahi la langue sans se mêler avec elle et font disparate. Elles sont quelquefois un indice, notamment en ce qui concerne l'anglais, de l'influence des autres langues sur la nôtre et surtout de la pénétration chez nous des mœurs étrangères.

Proposition. — C'est renonciation du jugement (v. ce mot). Quelle que soit son importance, il serait injuste de ne voir dans le discours (en latin oratio) ou la parole qu'un ensemble de

propositions. La parole sert non seulement à énoncer un jugement, mais encore à nous mettre en rapport avec nos semblables, supérieurs, égaux ou inférieurs, et dans toutes les circonstances possibles : elle sert à prier, à menacer, à commander, à défendre, à interroger, à appeler, etc. Il est donc impossible de retrouver toute la perfection de la parole dans les énonciations qu'elle contient. Comment ramènera une pure énonciation cette simple parole : Allez ? Nous trouvons bien par l'analyse cette énonciation : Vous, soyez allant. Mais comment traduire soyez ? Toutefois, et on le voit par cet exemple même, renonciation est le squelette de la parole, elle supporte le reste ; elle en est la partie vraie ou la partie fausse. C'est pourquoi on ne trouve en définitive que des énonciations dans les ouvrages de pure science, comme aussi dans les documents, les traités, les actes judiciaires. Le langage scientifique et en particulier celui des mathématiques ne comporte pas autre chose. Le mathématicien ne prie pas, n'exhorte pas, ne menace pas : il énonce. Et parce que les mathématiques ne s'occupent en définitive que de la quantité, le verbe des mathématiques est peu étendu malgré ses ressources et ses formes : égaler, multiplier, diviser, etc . Or le logicien s'occupe de l'être et de l'idée à la manière dont le mathématicien s'occupe de la quantité : la logique est la mathématique de l'être. Le verbe du logicien, à la différence du celui du mathématicien, est donc sans limite ; mais, de même que le mathématicien, le logicien ne parle que pour énoncer des jugements, c'est-à-dire formuler des propositions.

La proposition se compose essentiellement du sujet, de l'attribut et du verbe. Le sujet et l'attribut, c'est-à-dire les deux termes qui expriment les deux idées dont se compose le jugement, sont la matière de la proposition ; le verbe qui réunit ces deux idées en une seule en est la forme, le lien (en latin copula). Le sujet est ce dont on affirme ou nie une chose ; l'attribut est ce qui est affirmé ou nié du sujet.

En raison de leur qualité ou du verbe, les propositions sont affirmatives ou négatives ; en raison de leur quantité, ou de l'extension du sujet, elles sont tmiverselles ou particulières. De là les quatre sortes do propositions qui ont le plus d'importance au point de vue du raisonnement et des lois du syllogisme : universelle affirmative (A), universelle négative ,(E), particulière affirmative (I), particulière 'négative (0). On distingue encore en logique les propositions contradictoires, subalternes, contraires, subcontraires; en grammaire, les propositions principales, incidentes, etc. Avant tout, il faut considérer dans les propositions si elles sont vraies ou fausses.

Paradoxe. — Le paradoxe proprement dit est une proposition qui choque le sens commun. Ainsi cette affirmation stoïcienne : Toutes les fautes sont, égales; et celle-ci de Rousseau : L'homme nuit bon et c'est la société qui le déprave. Mais il y a nombre de vérités profondes qui ne sont paradoxales que dans la forme; par ex. celles-ci : Celui qui sacrifiera son âme la sauvera (évangile) — // vaut mieux souffrir le mal que de le faire (Platon).

Syllogisme. — D'une manière générale, le syllogisme est l'expression verbale du raisonnement : c'est donc tout discours où une proposition suit des précédentes, par là même qu'elles sont posées. On l'appelle encore argument, argumentation. Mais le mot d'argument signifie aussi lui sommaire, un résumé; et Y argumentation est plutôt une série de raisonnements qu'un raisonnement particulier et détaché. 1° Au point de vue do sa valeur ou de sa conclusion, le syllogisme est démonstratif ou seulement probable, ou même

sophistique. Le premier conclut 'certainement ; le second, probablement; le troisième, faussement. 2° Au point de vue du procédé, de la méthode, le syllogisme est dèductif ou inductif. Le premier, qui est le syllogisme proprement dit, conclut du général au particulier, des lois aux faits; le second, qui est l'induction, s'élève du particulier au général, des faits aux lois. 3° Au point de vue de l'unité, le syllogisme est simple ou composé. Celui-ci se résout en plusieurs autres, ou du moins — c'est la définition que des auteurs en donnent — l'une de ses prémisses est composée. Si l'on accepte cette seconde définition, le syllogisme hypothétique est composé. 4" Au point de vue de l'expression, le syllogisme est explicite, c'est-à-dire en forme, ou implicite. Le premier est employé dans les argumentations en règle ; le second est employé par l'orateur, par l'écrivain, par tous ceux qui veulent convaincre ou persuader.

Le syllogisme simple et explicite ou syllogisme proprement dit, se compose de trois propositions, dont la troisième, dite conclusion, est tirée des deux premières, dites prémisses. De celles-ci, l'une est dite majeure ; l'autre, mineure. Le lien des deux prémisses avec la conclusion est dit conséquence. Chacune des propositions est composée de deux termes, comme il a été dit ailleurs. Il y a donc matériellement six termes dans la proposition ; mais comme chacun d'eux est répété deux deux fois, ils ne sont que trois en réalité : le grand, le petit et le moyen. Le grand et le petit terme prennent le nom d'extrêmes. Dans la majeure, le grand terme est comparé avec le moyen ; dans la mineure, le moyen est comparé avec le petit. La conclusion réunit les deux extrêmes : de là son nom. Le grand terme contient le moyen, et le moyen le petit. Ils se comportent entre eux, suivant une comparaison d'Euler, comme trois cercles concentriques. En voyant que le terme moyen est contenu dans le grand et contient le petit, on conclut que le grand terme contient le petit.

Un voit facilement que le syllogisme, avec tout raisonnement, est fondé en définitive sur le principe d'identité : Deux choses qui sont identiques à une troisième sont identiques entre elles, ou plus complètement et sans équivoque : Deux choses qui conviennent à une troisième se conviennent entre elles dans la mesure et sous le rapport où elles conviennent à cette chose. De là aussi les règles du syllogisme. Les quatre premières concernent les termes; les quatre autres, les propositions du syllogisme. La lre, c'est qu'il y ait trois termes et non davantage. 2e La conclusion ne doit pas s'étendre plus que les prémisses. 3e La conclusion ne doit pas contenir le moyen terme. 4e Le moyen terme doit être pris une fois au moins dans un sens général; car il doit contenir l'un des extrêmes. 5e Pas de conclusion avec deux prémisses négatives. 6e Pas de conclusion négative avec deux prémisses affirmatives. 7° Pas de conclusion avec deux prémisses particulières. 8e La conclusion suit toujours la plus faible partie : c'est-àdire qu'elle est négative, s'il y a une prémisse négative, et particulière, s'il y a une prémisse particulière.

Les logiciens distinguent ensuite les figures et les modes du syllogisme, qui en sont comme les genres et les espèces. En effet, le syllogisme est composé, d'abord, de propositions, et, en dernier lieu, de termes ; or, les figures proviennent de la disposition des termes, et les modes proviennent de la disposition des propositions et de leur valeur quant à la quantité et à la forme. Aristote a distintingué 3 figures, ayant chacune 16 modes. Plusieurs ajoutent une 41' figure. Sur les 48 ou 04 modes ainsi déterminés, il y en a seulement 14 ou 19 de valables, c'est-à-dire conformes aux règles du syl-

logisme. On les résume dans quelques mots et quelques vers mnémotechniques, où les voyelles (a, e, i, o) indiquent la nature des propositions, etc. Ces vers barbares, si souvent tournés en ridicule, mais à tort, commencent par ces mots : Barbara, Celarent, Darii, Ferio.

La valeur et la théorie du syllogisme ont été attaquées souvent depuis la Renaissance. Bacon prétend que le syllogisme n'est d'aucun usage pour inventer ou vérifier les principes des sciences ; il oppose l'induction à la déduction sans voir que ces deux formes du raisonnement sont inséparables. Stuart Mi 11 prétend que tout syllogisme est une tautologie ou une pétition de principe. En général tous les philosophes qui ont dénaturé l'idée générale ont dénaturé de môme ou rejeté le syllogisme. D'autres logiciens ont tenté une nouvelle théorie du syllogisme en quantifiant le prédicat et en ramenant toute proposition à une équation. Mais cette tentative est condamnée par la nature même du raisonnement et la marche naturelle de l'esprit humain.

Enthymème. — C'est un syllogisme abrégé dont une prémisse est sous-entendue. Ex. : La vertu rend heureux; donc il faut la pratiquer. — Dieu est bon ; donc il faut l'aimer. Les orateurs, les écrivains l'emploient souvent : il rend la parole plus rapide, plus incisive ; il fait que le raisonnement est mieux saisi de l'auditeur, à qui on laisse le soin facile et attachant de le compléter. L'enthymôme peut être abrégé encore et il l'est souvent; on supprime par exemple la conjonction donc et l'on dit : La vertu est aimable, il faut la pratiquer. On supprime même l'antécédent et on se borne à l'indiquer par une simple épithète; par exemple : Un Dieu si bon mérite d'être aimé. On voit par là qu'on peut dans une seule sentence accumuler de longs raisonnements. Aristote appelle ces sentences enthymématiques et il en donne cet exemple : Mortel, ne garde pas une haine immortelle.

Epichérème. — Ce syllogisme, souvent employé dans les discussions, a pour prémisse quelque proposition causale. Ex. ; La religion chrétienne est bonne parce qu'elle rend les hommes meilleurs ; or, il faut protéger une religion bonne ; donc. 11 est évident que, dans ce syllogisme, la majeure est la conclusion d'un autre syllogisme qui est simplement indiqué par son moyen terme, en sorte que nous avons ici deux syllogismes dans un. Chaque prémisse pourrait ainsi être fortifiée d'une raison, indiquée par les mots car, puisque, parer que, etc. Cette raison à son tour peut être appuyée par une ou plusieurs autres. Tout l'argument d'un ouvrage peut se ramener ainsi à quelques raisonnements principaux. Toutefois, il est évident que nous n'aurions là que le squelette de l'œuvre : restent ensuite les procédés oratoires, les descriptions et les ressources de style dont l'argument ne peut donner aucune idée.

Sorite (en grec, m oncea u). — Ce mot a d'abord désigné un sophisme dont se servait Eubulide de Milet pour prouver que le peu et le beaucoup se confondent. Il raisonnait à peu près de cette manière : Deux ou trois grains de blé sont peu de chose; de même trois ou quatre; de même quatre ou cinq;... de même un million; ou bien il faut dire que peu devient beaucoup et se confond avec lui. — Mais, par la suite, on a désigné sous le nom de sorite une série de syllogismes ou propositions disposées de façon que l'attribut de la précédente fût toujours le sujet de la suivante, jusqu'à ce que le sujet de la première fût joint avec l'attribut de la dernière dans la conclusion. Ex. : Dieu est lu première cause de l'univers; la première cause existe par elle-même; ce qui existe par soimême a toutes les perfections; celui qui a

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