‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 273 sur 686 · LIVRE VIII : DU SIGNE · texte numérisé non relu

LIVRE VIII : DU SIGNE

toute* le? perfection? est ht fini, éternel, etc.; donc Dieu est infini, éternel, etc. Il est évident que dans le sorite il y a autant de syllogismes que de moyens termes. Or, chacun de ceux-ci doit être examiné avec soin, si l'on veut se garder de toute erreur. Le sorite atteint plus vite sa conclusion, mais en courant plus de dangers.

Dilemme (en grec, double proposition). — C'est une sorte de double syllogisme, où l'on tire la même conclusion de deux propositions contradictoires prises comme mineures. C'est ce qui l'a fait appeler argument à deux tranchants (utrinque feriens). Ex. : Tertullien écrivait à Trajan : Ou les chrétiens sont innocents ou ils sont coupables; s'ils sont coupables, pourquoi défendez-vous de les rechercher ? et s'ils sont innocents, pourquoi punissez-vous ceux qu'on dénonce ? La conclusion sous-entendue était celle-ci : Donc, vous agisses injustement. Comme on le voit, il l'aut que les membres du dilemme soient opposés et n'admettent pas de milieu.

Thèse. — On donne, en particulier, le nom de thèse à une proposition, à une doctrine que l'on soutient devant une faculté de théologie, de philosophie, de droit, de lettres, etc. pour l'obtention d'un grade. On soutenait des thèses de théologie, dans l'ancienne Sorbonne, avec une grande solennité. Aujourd'hui on ne soutient guère de thèses (|ue pour le doctorat. On a publié un Catalogue des thèses pour le doctorat es lettres ou es sciences admises en France depuis 1810.

Terme. — Les termes sont les éléments dans lesquels se résout la proposition; ils expriment les idées dont se compose lejugement. D'une manière générale les termes se divisent comme les idées dont ils sont l'expression. Les uns sont positifs (ex. : vie, grandeur), et les autres négatifs (infinité, immortalité'); les uns sont concrets (grand, fort), et les autres sont abstraits (grandeur, force); les uns sont singuliers ou propres (Pierre, Paul), et les autres universels ou communs (homme, arbre), ou collectifs (famille, armée), ou plus ou moins particuliers (certain, quelques), etc. En réalité tous les mots du dictionnaire d'une langue, les noms historiques et géographiques mis à part, sont communs ou universels. Sous ce rapport, on peut dire que tous sont abstraits ; mais plusieurs sont dits concrets, comme homme, grand, fort, parce qu'ils expriment une substance ou une qualité unie à son sujet. Cette substance est dite substance seconde par les scolastiques, pour la distinguer de la substance première, c'est-à-dire individuelle, qui seule est vraiment concrète. Ainsi Pierre est une substance première ; homme est une substance seconde.

Comme les idées encore, les termes sont identiques, ou distincts, ou opposés. Les termes plus ou moins identiques sont dits synonymes (v. ce mot). Il n'y a pas de termes absolument synonymes, mais tous ont en propre quelque nuance de signification. D'autre part, nombre de mots se rencontrent par un ou plusieurs points, et peuvent ainsi, dans maintes circonstances, se substituer les uns aux autres. — Des synonymes se rapprochent les paronymes, qui sont des mots de sens différents, mais de son à peu près identique, comme anoblir et ennoblir. Signalons aussi les homonymes, qui ont même son, mais un sens et une orthographe différents, comme chaîne et chêne. Ces sortes de mots sont l'occasion de jeux d'esprit, dits jeux de mots, véritables sophismes, qui consistent uniquemont dans l'expression.

Toujours à la manière des idées qu'ils expriment, les termes sont vnivoques ou analogues, suivant qu'ils sont appliques avec le même sens aux objets qu'ils expriment ou avec un sens analogue. I. humanité est attribuée d'une manière univoque

à Pierre et à Paul ; mais l'être, la vérité, la science sont attribués d'une manière analogue à l'homme et à Dieu. — Aux termes univoques sont opposés encore les termes équivoques. Il n'y a pas d'idée équivoque : l'équivoque ne peut provenir que de l'expression. En effet, l'idée exprime son objet parfaitement ou imparfaitement, formellement ou par analogie, mais elle l'exprime toujours. Il n'en est pas de même des termes. Voilà pourquoi il y a tant de disputes qui naissent des mots et qui tomberaient immédiatement si les idées étaient fidèlement traduites. De Maistre a donc pu dire que « les mots engendrent presque toutes les erreurs ».

Phrase, période — Comme la proposition, la phrase est un assemblage de mots formant un sens complet. Elle est simple ou composée, selon qu'elle a un ou plusieurs sujets, un ou plusieurs attributs. Elle est complexe, si des incidentes modifient le sujet ou l'attribut de la proposition principale. Si la phrase a plusieurs membres reliés entre eux d'une manière à la fois logique et harmonieuse, elle prend le nom de période. Celle-ci caractérise le style périodique, qui convient surtout à certains genres d'éloquence. Bossuet, Cicéron ont laissé des modèles de style périodique.

Sentence. — C'est une proposition, une courte phrase qui renferme un grand sens, une belle moralité. Les Proverbes de Salomon sont autant de sentences. Les sages de la Grèce aimaient aussi à s'exprimer par sentences, qui passèrent dans les écrits de leurs successeurs (v. gnomiques). Mais il n'est que trop facile d'abuser du ton et du langage sentencieux. Au sens ordinaire, qui est ironique, celui qui parle par sentences est celui qui affecte de parler gravement et d'énoncer à tout propos des proverbes ou des moralités générales. Au moyen âge, on a donné le nom de Maître des Sentences à Pierre Lombard, auteur des IV Livres des Sentences, où les maximes des Pères sur tous les points de la théologie sont formées en corps de doctrine. L'œuvre de Pierre Lombard fut commentée longtemps dans les Universités.

Devise. — La devise tient d'ordinaire une place importante dans le blason et sert, avec lui, à éclairer bien des points particuliers de l'histoire. Considérée en elle-même, elle participe de la sentence et du proverbe : elle suffit souvent à définir un parti et à caractériser l'esprit d'un homme ou même de toute une famille. (V. Dictionnaire des devises ; Tausin, Supplément au Dict. des devises historiques et héraldiques, 1895).

Proverbe. — On a dit, avec raison, que les proverbes sont lasagesse des nations. Ils forment, à eux seuls, une branche fort curieuse de la littérature en général et de la littérature française en particulier. Chaque peuple a ses proverbes, et la langue française est peut-être la mieux pourvue, sans compter qu'elle s'est enrichie souvent des meilleurs proverbes anciens ou étrangers. Quoiqu'on puisse abuser des proverbes comme des sentences, en les citant mal à propos, ils n'en sont pas moins remplis de sens. Rien n'est plus facile que de les retenir, car ils entrent comme un clou dans l'esprit. Ils sont utiles surtout aux jeunes intelligences qui se cramponnent mieux par là aux vérités morales et pratiques. On peut exercer leur sagacité en l'appliquant à tels et tels proverbes, pour en développer le sens et les concilier, lorsqu'ils paraissent en contradiction entre eux ou avec les préceptes si parfaits de la morale chrétienne, qu'il ne faut jamais perdre de vue en ces matières. Il existe divers recueils de proverbes : espagnols, italiens, allemands, etc. En français, le recueil de Leroux de Lincy (1842) est des plus complots. (V. encore : Dictionnaire de la sagesse populaire dans la collection Migne ; Morale et sagesse pratique en proverbes).

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