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Chapitre III

De l'écriture.

Ecriture. — Bien qu'elle soit absolument inférieure à la parole, l'écriture a sur elle un avantage immense : c'est que, une fois formée, elle peut durer, pour ainsi dire, éternellement : Verba volant, scripta manent. La tradition n'est vivante et n'existe que par la parole; mais que serait devenue l'histoire sans l'écriture ? On distingue l'écriture en idéographique et en phonétique. La première, qui paraît avoir été la plus ancienne, peint les idées ou plutôt les choses ; c'est comme une peinture abrégée et plus ou moins conventionnelle, car elle tend à se simplifier avec l'usage : ainsi l'écriture des Chinois, nos rébus ; certains caractères cunéiformes et hiéroglyphiques. La seconde exprime la parole par les syllabes (écriture japonaise), ou bien par les articulations et autres sons élémentaires qui la composent (écriture alphabétique). Il est évident que l'écriture le plus parfaite est cette dernière, qui, par, l'analyse des sous, arrive à les exprimer tous et avec un petit nombre de lettres (v. parole).

Inscription. — Les anciens ont prodigué les inscriptions non seulement sur les temples, les tombeaux, mais encore sur les armes, les meubles, les ustensiles. Très précieuses au point de vue des sciences historiques et philologiques : chronologie, biographie, linguistique, etc., les inscriptions sont l'objet particulier de l'épigraphie. Des recueils étendus et très érudits des Inscriptions grecques, lutines, etc. ont été publiés en France et ailleurs. h' Académie des Inscriptions publie depuis 1867, entre autres monuments, un Corpus Inscriptionum Semiticarum.

Manuscrit. — Les manuscrits les plus anciens et par conséquent les plus précieux, sont écrits sur parchemin ou sur papyrus. A part quelques papyrus égyptiens, aucun manuscrit ne remonte au delà du IIe siècle de notre ère. Les manuscrits sur papier de chiffe ne sont pas antérieurs au XIIIe siècle. Tantôt les manuscrits sont disposés en rouleaux : d'où le nom de volume ; tantôt ils forment des feuillets distincts et reliés (codices). Pendant le moyen âge, les moines montrèrent beaucoup de zèle pour multiplier les livres par de bonnes copies et les conserver à la postérité ; leurs manuscrits, et en particulier les missels, offient des enlumi-

nures très riches et des lettres ornées avec beaucoup d'art. La connaissance des manuscrits, de leur authenticité, de leur date, etc. rentre dans la palèngraphie et la diplomatique (v. ces mots). Parmi les bibliothèques les plus riches en manuscrits, citons : la Bibliothèque du Vatican, la Bibliothèque nationale à Paris, celle du British Muséum à Londres.

Palimpseste. — Au moyen âge, étant données la pénurie du papier et parfois aussi l'ignorance de la valeur des ouvrages, on écrivait souvent sur des parchemins dont on avait gratté la première écriture. Celle-ci, dans bien des cas, a pu être rétablie, et on a retrouvé par là des monuments importants de la littérature ancienne. C'est ainsi que le cardinal Mai, bibliothécaire du Vatican, découvrit, en 1822, la plus grande partie de la République de Cicéron ; il trouva de même des morceaux des premiers Pères de l'Eglise, des fragments d'Homère, des lettres d'Antonin, de Marc-Aurèle, etc. Les I n st ii a tes de Gaïus ont été tirées également d'un palimpseste de Vérone (1816) par Niebuhr.

Runes. — Les runes sont les caractères dont se servaient les Scandinaves et les anciens Germains. L'alphabet runique compte 10 lettres et, chose à remarquer, chacune est l'initiale du nom qu'elle porte et reproduit ordinairement la forme de l'objet désigné par ce nom ; ce qui rapproche les runes de l'écriture idéographique. En complétant l'alphabet runique par quelques lettres, Ulphilas (IVe siècle) a composé l'alphabet gothique, dont il s'est servi pour traduire la Bible.

Hiéroglyphe. — Les caractères hiéroglyphiques sont les uns alphabétiques, d'autres syllabiques, d'autres enfin idéographiques : c'est-à-dire que les premiers expriment des articulations ; les seconds, des syllabes ; les troisièmes, les idées dont ils offrent quelque image. L'écriture hiératique est une écriture cursive, dérivée de la précédente : elle servait pour écrire sur les parchemins. Il ne paraît pas que les prêtres égyptiens s'en soient réservé le secret. L'écriture démotique ou populaire était une écriture plus simplifiée encore. Il y avait, en outre, des signes symboliques, correspondant aux idées religieuses de l'ancienne Egypte. C'est la gloire de Champollion le Jeune d'avoir le premier déchiffré les hiéroglyphes.

Cunéiforme. — Dans l'écriture cunéiforme, tous les caractères ressemblent à des clous, à des pointes de lance ou des coins (cuneus), que l'écrivain dispose de diverses façons. On les imprimait avec un style triangulaire sur des tablettes d'argile, qu'on faisait cuire ensuite et qui les conservaient indéfiniment. On a retrouvé ainsi, après des milliers d'années, enfouies dans les ruines, de véritables bibliothèques. Parmi les signes cunéiformes, la plupart sont syllabiques et appartiennent ainsi à l'écriture phonétique ; d'autres sont représentatifs, et d'autres symboliques. Ils se rapportent à deux systèmes d'écriture bien différents : l'alphabet assyrien et médo-scythique ou touranien ; l'alphabet persèpolitain on iranien.

Gothique. — On distingue la gothique ancienne et la moderne. La première a été créée par Ulphilas, évèijue goth du IVe siècle (v. plus haut, runes). L'écriture gothique moderne date du XIIIe siècle : c'est l'ancienne gothique assujettie à des règles fixes et composée de traits réguliers. Les Allemands l'emploient encore aujourd'hui et paraissent s'y attacher par une sorte d'amour-propre national ; mais elle se lit peu commodément et tend justement à disparaître.

Autographe. — Sans parler des collections des particuliers, la Bibliothèque nationale et les Archives possèdent de riches collections d'autographes. Ils peuvent servir à résoudre d'intéressants problèmes d'histoire, de critique littéraire, etc. Les

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