LIVRE VIII : DU SIGNE
tères de la fin. Ce livre, dont la première page raconte la création, et la dernière la fin du monde, c'est la Bible, livre inimitable et divin, qui arrachait cette confession à J.-J. Rousseau : « Je vous l'avoue, la majesté des Ecritures m'étonne, la sainteté de l'Evangile parle à mon cœur. Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe : qu'ils sont petits près de celui-là ! Se peut-il qu'un livre à la fois si sublime et si simple, soit l'ouvrage des hommes? » (Emile, i. iv). Les auteurs de la Bible sont des écrivains inspirés : Moïse, les prophètes, les apôtres, les personnages les plus véridiques et les plus saints. Les langues dans lesquelles ils ont écrit sont les langues les plus anciennes, les plus célèbres, les mieux comprises : l'hébreu, le chaldéen, le grec, le latin. Moïse est regardé comme l'auteur de tout le Pantateuque, c'est-à-dire des cinq premiers livres : la Genèse ou la création du monde, le déluge universel, la formation des peuples, la vocation d'Abraham et du peuple juif, l'histoire de Joseph ; V Exode ou la sortie miraculeuse de l'Egypte; puis le Lcvitiquc, les Nombres et le Deutèronome, avec les pérégrinations et les épreuves du peuple hébreu dans le désert, son organisation politique et l'institution d'un culte national. Après le Pentateuque, nous lisons les livres de Josué, des Juges, de Ruth, des Rois, d'Esdras, de Tobie, de Judith, d'Esther, de Job. Que de souvenirs ces noms réveillent ! Que d'ardentes prières et de profondes maximes dans les Psaumes, les Proverbes, VEcclêsiaste, la Sagesse ! Tsaïe, Jêrèmie, Daniel et les autres prophètes ont prévu l'avenir et l'ont raconté par avance en style sublime. Que d'exemples de religion, de patriotisme et de bravoure dans les livres des Machabêés .' Les quatre Evangèlistes ouvrent le Nouveau Testament : ils parlent du Christ, de sa doctrine, de ses miracles, de sa vie humble et dévouée, de sa mort sur la croix. Dans les Actes sont racontés les premiers travaux des apôtres et la fondation des premières églises. Les quatorze Epitres de S. Paul sont remplies d'une doctrine profonde ; elles respirent une foi indomptable et un amour plus fort que la mort. Enfin V Apocalypse, cette prophétie suprême et trois fois mystérieuse de Y Aigle de Pathmos, ferme irrévocablement le cycle des Ecritures : on ne peut, sans anathème, rien y ajouter ni rien en retrancher. « La Bible, dit Lacordaire (10e confér.), depuis son premier verset jusqu'au dernier, depuis le Fiat lux jusqu'à l'Apocalypse, est un enchaînement magnifique, un progrès lent et continu, où chaque flot pousse celui qui le précède et porte celui qui le suit. Les siècles, les événements, les doctrines s'y entrelacent du centre à la circonférence, et, dans leur réseau sans couture, ne laissent ni vide, ni confusion. L'antiquité et la réalité y répandent un égal parfum ; c'est un livre qui se fait chaque jour, qui croît naturellement comme un cèdre, qui a été témoin de tout ce qu'il dit, et qui ne dit jamais rien qu'avec la vue de tout et le langage de l'éternité » (Vigoureux, Manuel biblique ; la Bible et les découvertes modernes, etc.; Dictionnaire de la Bible, en cours de publication ; le card. Meignan, l'Ancien Testa ment daaS Ses rapports arc- le
Nouveau et In critique moderne... ; les Derniers "prophètes d'Israël, etc. ; P. Brucker, Qur.<tioas d'Ecrit are suint'' ; P. Bainvel, les Contresens des prédicateurs ; Fillion, Biblia sacra, etc. Le P. Lagrange publie une Revue biblique).
Talmud. — Déjà du temps de N.-S., les pharisiens et autres sectaires juifs avaient substitué peu à peu, sous le couvert de l'autorité religieuse, leurs propres sentiments et leurs propres exigences à la doctrine des Ecritures et à la volonté du législateur. Or c'est dans le fonds de ces interprétations jt de ces croyances pharisaïques que les rédacteurs de la
Mischna et des autres parties du Talmud puisèrent pour composer ce fameux livre, véritable contrefaçon de la Bible. La Cabale (hébreu kabala, réception, tradition) n'a pas d'autre origine. On désigne, par ce mot, la tradition juive touchant l'interprétation de 1 Ancien Testament. Ce fut d'abord une doctrine orale et tout à fait secrète. La Mischna (en hébreu remaniement) ne fut rédigée que vers le commencement du IIP siècle. Le Talmud de Babylone (qu'on distingue quelquefois du Talmud de Jérusalem) ou absolument le Talmud ne fut terminé, paraît-il, que vers l'an 500, l'année de la mort de Rabina, chef de l'école de Sora. Un de ses collaborateurs, Achaï, mourut vers 506. Le Talmud est un recueil indigeste de lois, de coutumes, de sentences, de fables et de dangereuses superstitions. Il resta secret ou à peu près fermé aux profanes jusqu'à la fin du XVe siècle. Les Juifs eux-mêmes s'abstenaient généralement d'aborder la partie la plus profonde de ce mystérieux enseignement (la merkabah), qui opérait des merveilles, mais en exposant aux plus grands dangers, comme le prouve l'aventure de quatre célèbres docteurs, que raconte le Talmud. Un seul sortit sain et sauf de l'abîme mystérieux ; les autres y perdirent la vie ou la raison ou la foi. (V. judaïsme ; Rohling, le Juif ta/mudiste, etc.).
Védas. — Les livres sacrés des Hindous sont les Védas : d'abord, le Rig- Véda, ou livre des hymnes, le plus ancien, le Véda par excellence ; puis, le Yadjour- Véda et le Sâma- Véda, recueils liturgiques, tirés en grande partie du Rig-Véda : et VAtha rca-Ycda, le plus récent. A ces quatre Védas, il faut en ajouter un cinquième, attribué à Vyasa et qui comprend 18 Pourânas ou poèmes. Viennent ensuite le Mahabharata et le Ramayana, deux grands poèmes épiques, dont le second est attribué à Valmiki ; enfin, la collection des Lois de Manou. Il serait difficile de préciser le temps où furent rédigés les Védas, car l'Inde, malgré ses prétentions à la plus haute antiquité, n'a pas de chronologie ; mais on peut supposer raisonnablement que Vyasa, leur auteur, vivait au temps d'Homère : les hymnes du Rig-Véda ont même plus d'un trait de famille avec la poésie homérique. Le nom même de Vyasa (le compilateur), désigne plutôt une école qu'un individu en particulier. De ces livres sacrés se dégage une sorte de panthéisme (v. brahmanisme).