Chapitre V
Du Signe.
Signe. — Son universalité, sa nature, ses espèces. — Les signes sont naturels ou artificiels, sacrés ou profanes, vus ou entendus, parlés ou écrits. On ne peut les compter, car ils sont partout : dans les effets et dans les causes, dans les occasions et les circonstances, dans tous les phénomènes qui provoquent l'attention, excitent l'esprit à quelque recherche et le poussent vers quelque conclusion. Les signes et, avec eux, la symbolique s'étendent à toutes les œuvres de l'art et à toutes les productions de la nature. Car il n'est pas de peinture sans objet, de statue qui ne rappelle quelque personnage, de monument bâti de main d'homme qui ne parle d'une société vivante ou éteinte. Toutes les œuvres humaines ont un sens et une voix : à plus forte raison les œuvres de Dieu. Quels tableaux dans l'univers ! Quelles sculptures et surtout quels monuments !
Tout parle dans l'univers.
Il n'est rien qui n'ait son langage.
(La Font.).
Le moindre cours d'eau qui va, en murmurant, se jeter dans le fleuve, et, avec lui, dans l'Océan, redit à l'homme que tout s'écoule et mène à l'éternité. Les arbres, en se chargeant de fruits, lui rappellent que sa vie doit être utile et fructueuse. Toute créature l'instruit de quelque vérité, l'exhorte à quelque vertu et lui parle de l'Auteur des choses. L'oiseau dans le feuillage chante les bienfaits du Créateur ; l'aigle, dans la nue, célèbre sa grandeur ; l'éléphant est l'image de sa force ; le pélican symbolise sa tendresse ; la colombe invite à l'innocence et la fourmi encourage au labeur. La forêt et la prairie, la vallée et la montagne, l'océan et ses rivages rendent le même témoignage au Dieu qui les a visités, car ils portent manifestement les vestiges de l'infini. Les œuvres de la nature, dit Gœthe, sont toujours comme une parlole de Dieu fraîchement exprimée... La nature est un livre qui contient des révélations prodigieuses, immenses ; toute chose est écrite quelque part, il s'agit seulement de la trouver.
Pour venir maintenant à des considérations précises, nous remarquerons la double définition du signe et assignerons ses principales espèces. On peut définir très généralement le signe : Toute chose qui en fait connaître une autre. Alors l'idée elle-même est un signe, car elle manifeste son