‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 283 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

objet ; elle est même le signe le plus efficace, car elle manifeste son objet avant de se manifester elle-même. Mais le signe proprement dit est une chose qui en fait connaître une autre, *près s'être manifestée elle-même. Telles sont la parole, récriture et, en général tous les signes sensibles, dont il nous reste à parler : ils expriment les idées, et par les idées les choses ; ils sont les liens essentiels de la société. Car la première condition à remplir pour un être sociable, c'est de communiquer avec ses semblables, c'est d'échanger avec eux ses pensées. Au point de vue de la manière dont il exprime son objet, le signe est dit formel ou instrumental. Le premier exprime son objet par sa forme et sa nature même : ainsi l'idée, le tableau, la statue. Le signe instrumental ou matériel, au contraire, manifeste la chose signifiée en vertu de quelque autre rapport. Ce rapport peut être purement naturel ou arbitraire et conventionnel. De là deux sortes de signes. Il y a toujours entre le signe naturel et la chose signifiée quelque rapport de causalité ou de dépendance : tantôt ils sont réunis comme la cause et 1 effet, et tantôt comme deux effets d'une même cause. Or, comme toutes les choses créées sont unies entre elles par mille actions et réactions, et que toutes ensemble dépendent essentiellement de leur Créateur, il s'ensuit que chaque chose dans la nature a son langage : le monde sensible nous parle constamment des réalités supérieures et surtout de Dieu. Au signe naturel est opposé le signe arbitraire, qui n'a qu'un lien de convention avec la chose signifiée : ainsi l'arc— en -ciel, après le déluge, est devenu le signe de la réconciliation de Dieu avec les hommes. Nombre de mots ont aujourd'hui une signification tout arbitraire, bien que le langage soit naturel en lui-même. Ainsi en est-il de certaines cérémonies. Le blanc est une couleur de deuil en Chine ; en France, c'est plutôt une couleur de fête. Chez nous, on se découvre par respect : le Chinois se couvre plutôt pour exprimer le même sentiment. Mais beaucoup de signes ne sont ni purement naturels ni purement arbitraires, c'est-à-dire qu'ils tiennent à la fois de la nature et de la convention : c'est le choix de l'homme qui en a déterminé la signification, mais en tenant compte de la nature même des choses. Ainsi le sceptre signifie le commandement ; le trône et la couronne signifient la royauté ; les clefs de saint Pierre, le pouvoir de délier et de relier ; l'épée signifie la guerre, et l'olivier la paix ; les sciences et les arts sont désignés par les instruments qu'ils emploient : pinceau, ciseau, compas, etc. On peut qualifier ces signes d'artificiels ou mixtes.

On distingue encore, au point de vue de l'expression, le signe certain et le signe incertain. Le premier est celui qui non seulement est certain en lui-même, mais qui de plus a une connexion nécessaire avec la chose signifiée. Par exemple : un miracle avéré est un signe infaillible de révélation ; la parole, la respiration sont des signes certains de vie ; la corruption est un signe certain de mort. Le signe incertain, au contraire, est un signe ambigu, douteux, équivoque : c'est, par exemple, un effet qui peut provenir de diverses causes, et qui, dès lors, ne démontre l'existence d'aucune, ou bien encore c'est une cause qui peut ne pas produire l'effet qu'on en attend. C'est ainsi que l'immobilité ' absolue du corps, sa rigidité, la suspension du pouls et de la respiration ne sont pas des signes certains de mort : ils n'en sont ni la cause infaillible, ni l'effet nécessaire. Tous les signes équivoques rentrent dans cette catégorie : la flamme, par exemple, peut annoncer un feu de joie ou un sinistre ; la rougeur du visage peut marquer la colère ou la la crainte, la culpabilité ou la timidité. Tout signe est une preuve ; mais cette preuve n'est donc bien souvent que probable.

Une division très importante est celle dos signes en sacrés et en profanes. Les premiers ont rapport à la religion : tels sont les paroles liturgiques, les croix et autres objets dédiés au culte, les cérémonies, le sacrifice, les sacrements, les fêtes, etc. Les signes profanes, au contraire, n'ont aucune relation directe avec la religion : ainsi les cérémonies civiles, les emblèmes militaires, le blason, etc. Si nous considérons maintenant les signes, non plus dans leur expression ou leur forme, mais dans leur matière, pour ainsi dire, les uns sont intellectuels et les autres sensible*. L'idée est un signe purement spirituel de sa nature, et il y a certainement une foule ie signes de ce genre entre les esprits. Mais entre les hommes, tout signe, pour être efficace, doit passer par l'ordre sensible. Il faut que l'idée s'incarne pour ainsi dire et entre par les sens. Il y a donc les signes entendus, les signes vus, etc. Les sens inférieurs, savoir : le toucher, l'odorat et le goût, perçoivent peu de signes conventionnels. Cependant le toucher est susceptible de recevoir des informations précieuses et d'un ordre supérieur, comme on le sait par l'expérience des aveugles. Les signes parlés et entendus et les signes vus restent néanmoins les principaux. Ils répondent aux deux sens les plus nobles, la vue et l'ouïe, sens esthétiques, c'est-à-dire capables de percevoirlebeau (sculpture, peinture, musique, etc.). Aux signes parlés et entendus se rapportent tous les sons, tous les bruits plus ou moins expressifs, mais surtout la voix et la parole ; aux seconds, le geste, l'action, le maintien, l'image, le dessin, mais surtout l'écriture.

Signal. — Avec le développement des moyens de communication et les dangers toujours croissants que font courir leurs perfectionnements mêmes, l'importance des signaux s'est accrue sans mesure. Sur mer et sur terre, au loin et de près, partout le signal exige l'attention sans défaillance et le discernement. Sur mer, les signaux dits de jour se donnent soit à l'aide du canon, soit à l'aide de pavillons hissés ou diversement disposés ; pour les signaux de nuit on emploie, outre le canon, des fusées, des feux de couleur, des fanaux diversements disposés ; dans la brume, on se sert du sifflet ou de la sirène, de la cloche, etc. Quand un navire est en détresse, il le signale par le pavillon mis en berne à la poupe et appuyé de coups de canon. Sur les chemins de fer, on se sert de sémaphores, de feux de couleur, de sonneries électriques, etc. Dans l'armée, on emploie surtout le clairon et le tambour : de là les diverses batteries et sonneries (la charge, la générale, le rappel, le réveil, le boute-selle, etc.). Au signal il faut rapporter encore le tocsin, les glas.

Sens. — Le sens est l'âme du signe : c'est l'idée qui se cache sous le mot, dans la phrase ou derrière le symbole. Si le sens est double ou douteux, le mot et le symbole sont dits équivoques. Mais il arrive souvent que les deux ou plusieurs sens cachés sous le signe sont subordonnés entre eux, c'est-à-dire que le premier en réveille un second, qui peut même en réveiller un troisième. De là cette distinction si fréquente du sens littéral et du sens figuré, allégorique, spirituel, anagogique, mystique. Le sens figuré est souvent le sens principal de l'auteur. C'est ainsi que J.-C, dans la parabole de l'Enfant prodigue, avait en vue la miséricorde infinie de Dieu et l'efficacité du repentir. En philosophie on distingue le sens univoque, analogue (v. analogie) ; le sens composé et le sens divisé. Une proposition peut être vraie ou fausse selon que le sujet est pris au sens composé, c'està-dire avec tout ce qu'il signifie, ou au sens divisé, c'est-à-dire avec une partie seulement de ce qu'il signifie. Ainsi cette proposition : « Ce paralytique peut marcher », est fausse au sens composé, mais

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