LIVRE VIII : DU SIGNE
elle est vraie au sens divisé, car cet homme qui est paralytique aujourd'hui peut être guéri et marcher demain.
Symbole. — Toute chose sensible qui devient la représentation d'une chose morale, d'un être abstrait, est un symbole. Ainsi le chien est le symbole de la fidélité ; le renard, de la ruse ; le coq, de la vigilance ; le laurier symbolise la victoire ; le lys, la pureté et aussi la majesté ; la girouette, l'inconstance. En iconologie et en numismatique, les symboles sont certains emblèmes ou attributs propres à quelque divinité ou à quelque personnage : ainsi le trident de Neptune, le caducée de Mercure, la massue d'Hercule, l'aigle et les foudres de Jupiter, le paon de Junon. Les symboles tiennent une grande place dans l'histoire des religions. De là une branche de l'archéologie et de l'histoire, que l'on a cultivée d'une manière distincte, au XIXe siècle.
Marque. — C'est le nom particulier que prend le signe, dans une foule de cas où il sert à faire reconnaître un objet, à prouver qu'il a déjà été soumis à la taxe ou qu'il provient dételle fabrique, de tel magasin, etc. La marque de fabrique était généralement déclarée obligatoire par les statuts des corporations avant 1789, et la probité commerciale se trouvait par là mieux garantie. Elle devint facultative en 1791, sauf les matières d'or et d'argent, les savons, la coutellerie, etc. La marque est nominale ou emblématique : celle-ci prête moins à la fraude. L'industriel ou le commerçant peut s'en assurer la propriété exclusive, en en déposant le modèle au greffe du tribunal de commerce ou du tribunal civil de première instance de son domicile. Le dépôt doit être renouvelé tous les 15 ans.
Borne. — Les bornes des héritages étaient respectées par les anciens, et avec raison, comme quelque chose de sacré. « Maudit soit celui qui change les bornes de l'héritage de son prochain, » dit l'ancienne loi (Dénier., xxvn, 17). Les Romains les consacraient au dieu Terme, et les Grecs à Hermès. La loi française punit de la réclusion ou de l'emprisonnement avec amende le déplacement ou la suppression des bornes (Code pénal, art. 389, 45G) ; elle reconnaît aux propriétaires le droit d'obliger leurs voisins au bornage de leurs propriétés contiguës. L'origine des bornes est très ancienne, aussi ancienne sans doute que la vie sédentaire et agricole, qui fut pratiquée dès le début par quelques-unes des premières familles. En Egypte, où les terres étaient fort divisées et recouvertes chaque année uniformément par le limon du Nil, le bornage devint bien vite un art véritable (v. géométrie, arpentage).
Sémaphore. — C'est une sorte de télégraphe aérien, qu'on établit sur les côtes et dans les ports, et qui sert à communiquer avec les navires venant du large ou naviguant en vue des côtes. Le jour, on effectue les signaux avec des pavillons ou des ailes mobiles autour d'un mât : la nuit, avec des lanternes. Les sémaphores sont reliés ordinairement aux stations télégraphiques les plus voisines. Le service des sémaphores est fait par des guetteurs.
Télégraphe. — Tous les télégraphes ont cela de commun qu'ils servent à transmettre rapidement des nouvelles à des distances plus ou moins grandes. On distingue les télégraphes aérien, optique, pneumatique, électrique (v. ce dernier parmi les instruments scientifiques). Depuis longtemps, le télégraphe aérien était connu des Chinois, mais ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle que l'on combina l'usage des lunettes d'approche avec celui des signaux aériens. La télégraphie aérienne fonctionna en France jusqu'à l'établissement des télégraphes électriques (1846). Il existait alors 5 grandes lignes partant de Paris et aboutissant à Lille, Strasbourg, Toulon, Bayonne et Brest. La distance moyenne
entre les stations était de 12 kilomètres. La télégraphie optique repose sur l'emploi de rayons lumineux rendus sensiblement parallèles, qu'on interrompt à intervalles déterminés. Les premiers essais datent du siège de Paris en 1870. On peut utiliser le jour la lumière du soleil et, la nuit, une lumière artificielle quelconque. Enfin la télégraphie pneumatique n'est qu'un système de transport rapide de dépêches, dans des tubes où l'on fait circuler l'air au moyen de pompes. Les dépêches déposées dans de petits cylindres sont chassées rapidement jusqu'au point d'arrivée. Ce système est employé à Paris, à Londres.
Sceau. — L'usage des sceaux et des cachets remonte à une haute antiquité. Ils étaient gravés souvent sur le chaton des bagues, sur des émeraudes, etc. Il y a cette différence entre les sceaux et les cachets, que ceux-ci sont employés par les particuliers, et ceux-là par les souverains ou d'autres autorités publiques. Les empereurs romains se servaient d'un sceau d'or, pour authentiquer les actes importants. Le pape se sert de deux sceaux : l'un pour les brefs (anneau du pêcheur sur cire rouge); l'autre pour les bulles (sceau de plomb). On les brise solennellement à sa mort. Chaque évêque a son sceau, dont il se sert pour authentiquer certains actes, reconnaître des reliques, sceller des pierres sacrées, etc. Quand le sceau d'une pierre sacrée est rompu, il faut la faire consacrer de nouveau. Chaque curé ou chaque paroisse doit avoir son sceau particulier. Sous l'ancienne monarchie française, on distinguait le grand sceau, le petit sceau, le sceau secret. Sous l'Empire, le sceau représentait l'aigle impériale, etc. On donne aujourd'hui le titre de Garde des sceaux ou Chancelier au ministre de la justice. La connaissance des sceaux est l'une des branches de la diplomatique, de l'archéologie et de l'histoire (v. sigillographie, sphragistique).
Scellé. — La loi a prévu et réglé l'apposition des scellés en cas d'absence, de décès, de faillite. Tantôt ils sont apposés d'office, tantôt à la requête des parties et par le ministère du juge de paix, (v. < t>d<> civil art. 819 et suiv. ; Code de proc. 907 et suiv.) Le bris de scellés est frappé de peines plus ou moins graves selon les cas (Code 'pénal, art. 249 et suiv.)
Croix. Crucifix. — Parmi tous les signes religieux, le plus expressif et le plus auguste est la croix, symbole de l'amour d'un Dieu pour sa créature déchue, affirmation de notre foi et de nos espérances surnaturelles. Aussi les catholiques l'arborent-ils partout comme leur étendard, sur les autels et sur les temples : ils la portent sur leur cœur et ils veulent qu'elle soit placée un jour sur leur tombe en gage de pardon et de résurrection. Comme ceux d'aujourd'hui, les premiers chrétiens lui rendirent un culte : ils traçaient fréquemment le signe de la croix sur leur personne, leur front, leurs yeux, leur bouche, au témoignage de Tertullien. Signe d'infamie devant les païens, la croix finit par devenir glorieuse dans le monde, lorsque Constantin eut triomphé par elle et que sainte Hélène, sa mère, ayant découvert le bois de la vraie croix, cette relique insigne fut l'objet d'un culte solennel dans toute l'Eglise. Mais pendant le temps que la croix et le dernier supplice subi par le Sauveur étaient un objet de mépris et d'horreur dans le monde, les premiers chrétiens s'appliquèrent à représenter le règne et la gloire de J.-C. plutôt que les tourments de son dernier supplice. Ce fut plus tard que l'image du divin crucifié se fixa avec les traits que nous lui donnons aujourd'hui. — L'Eglise célèbre le 3 mai la fête de l'Invention de la sainte Croix, et le 14 septembre celle de l'Exaltation de In sainte Croix, celle-ci en mémoire de ce que l'empereur Héraclius rapporta