‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 286 sur 686 · LIVRE VIII : DU SIGNE · texte numérisé non relu

LIVRE VIII : DU SIGNE

la mitre est très élevée. Le cérémonial des évoques distingue les mitres précieuse, or frayée etsimple. Il y a trois espèces de mitres simples : papale, cardinalice ou épiscopale, prèlatice canoniale. Le droit de porter l'une ou l'autre de ces mitres, selon les circonstances, est relatif au rang occupé par les prélats dans la ■ hiérarchie, que la mitre symbolise spécialement.

Crosse. — Selon Innocent III, l'origine du bâton pastoral remonte jusqu'à S. Pierre. Le pape cependant n'en use pas. Ce n'était d'abord qu'un bâton surmonté d'une petite traverse, qui lui donnait l'apparence d'un T ou d'une croix. De là le nom de croise, en italien croce. Très simple à l'origine, la crosse est devenue l'un des insignes les plus brillants de l'épiscopat. Elle a un sens mystique : elle est pointue en bas, droite au milieu et recourbée en haut, pour avertir l'évêque d'aiguillonner les paresseux, de soutenir les faibles et de ramener les brebis errantes. La mitre et la croix sont deux insignes ordinairement corrélatifs. Cependant, l'évêque garde la mitre hors de son diocèse, sans garder la crosse, parce que celle-ci signifie la juridiction, et celle là l'ordre ; quand l'évêque bénit, il quitte la mitre par respect pour sa croix, qu'on tient devant lui, mais il garde sa crosse en main; les protonotaires et certains chanoines ont droit à la mitre, mais non à la crosse.

Anneau pastoral. — En témoignage du mariage mystique contracté avec leur église et du dévouement qu'ils lui doivent, les évoques reçoivent l'anneau à leur consécration. Cet usage paraît très ancien, bien qu'il n'ait pas été d'abord universel. Il s'est établi dans l'Eglise latine, où l'anneau est devenu une marque de dignité réservée aux prélats. Autrefois les évêques ne pouvaient porter l'anneau au doigt de la main droite que quand ils célébraient la messe L'investiture spirituelle se faisait par la crosse et par l'anneau ; l'investiture temporelle, par le sceptre, etc.

Reliques. — Tout ce qui reste d'un saint après sa mort et qu'on garde avec respect pour honorer sa mémoire, prend le nomdereliques.il est défendu d'en faire l'objet d'un trafic et de les vendre ou de les acheter, sous aucun prétexte. On ne doit les exposer à la vénération des fidèles que lorsqu'elles sont reconnues et approuvées de l'ordinaire. Le culte des reliques a toujours été pratiqué unanimement dans l'Eglise. Il n'est pas permis toutefois de les mettre sur l'autel dans le lieu où l'on expose le Saint-Sacrement ou sur le tabernacle. Pour les porter dans les processions ou les prières publiques, il faut avoir la permission de l'évêque. On distingue les reliques insignes (p. e. le corps entier d'un martyr), notables et minimes (p. e. de petits fragments dans des médaillons). L'église de Saint- Pierre de Rome, celle de Saint-Scrnin à Toulouse, sont très riches en reliques.

Bénitier. — L'eau bénite est de tradition apostolique. Delà l'usage des bénitiers placés à la porte des églises et des bénitiers portatifs employés dans les cérémonies. Les premiers chrétiens conservaient chez eux de l'eau bénite, et l'usage actuel des petits bénitiers placés au chevet des lits est une suite de cette pieuse coutume. L'usage de Rome est de se signer en entrant dans l'église et non en sortant. Mais l'usage français de se signer avec de l'eau bénite en entrant et en sortant a aussi sa raison d'être; car cet acte religieux a un double effet, celui de purifier l'âme et de la préserver.

Chapelet. — Dès les premiers siècles, on remarque des pratiques pieuses qui ont préparé le chapelet et le rosaire. Les anachorètes de l'Orient se servaient de globules de pierre ou de bois [jour compter leurs prières. Saint Grégoire de Nazianze, au lieu d'offrir seulement à la Vierge une couronne de roses ,'voir l'étymologie de chapelet), comme le

faisaient les Orientaux pour honorer un personnage, lui tressait une couronne de prières choisies. Au siècle suivant (Ve s.), sainte Brigide, patronne de l'Irlande, introduisit dans sa communauté l'usage d'un chapelet composé de prières plus communes. On retrouve le chapelet entre les mains de sainte Gertrude (VIIe s.), entre celles de Pierre l'Ermite et des croisés ; plus tard encore dans les mains de l'autre sainte Brigide ou Brigitte (XIVe s.), célèbre par ses révélations, fondatrice de l'ordre du Sauveur ou des Brigittains, religieux qui portaient toujours le chapelet de la première sainte Brigide. Mais, dans l'intervalle, saint Dominique avait institué le Rosaire et le chapelet particulier qui en fait partie. Il y a, en effet, plusieurs sortes de chapelets. Celui de sainte Brigitte se compose de 63 avés, en l'honneur des (53 années de la vie de la sainte Vierge; ils sont divisés en G dizaines, séparées par le credo. Le chapelet de saint Dominique se compose de cinq dizaines à'avês, précédées chacune d'un pater et suivies d'un gloria patri. Le tout est précédé d'un credo, de trois avés et d'un gloria patri.

Rosaire. — On remarquera que l'étymologie de rosaire est la même que celle de chapelet (chapel de roses). Il fut institué par saint Dominique, qui plaça ainsi toute sa mission, si providentielle dans l'Eglise, sous la protection de la Mère de Dieu. Le Rosaire se compose de 150 avés divisés en 15 dizaines, qui commencent chacune par un pater et finissent par un gloria patri. On ajoute, en commençant, un credo, 3 avés et un glana patri. En récitant le Rosaire, il faut, en outre, s'appliquer autant que possible à méditer les 15 principaux mystères de la vie de Jésus et de la vie de la sainte Vierge (v. mystères). Considérée ainsi dans son esprit, le Rosaire est une dévotion éminemment chrétienne, qui a été enrichie de beaucoup d'indulgences. Léon XIII en a fait l'objet de plusieurs de ses encycliques.

Scapulaire. — Le scapulaire de dévotion que portent beaucoup de fidèles est l'image de l'habit religieux ; il signifie que l'on est affilié à quelque ordre ou congrégation et rangé parmi les serviteurs de la Mère de Dieu. L'étoffe du scapulaire doit être de laine tissée et non feutrée ; les cordons peuvent être de fil, de soie, etc. Il y a plusieurs espèces de scapulaires. Le plus ancien et le plus important est celui de Notre-Dame du Carmel, couleur tannée, café ou noire, carmélite ou brun. Il fut institué vers le milieu du XIIIe siècle, époque à laquelle les Carmes vinrent s'établir en Europe et eurent pour prieur général l'Anglais saint Simon Stock. Des indulgences et autres faveurs spirituelles précieuses sont attachées à ce scapulaire.

Idole. — A part les Juifs et les Perses, tous les peuples anciens ont rendu aux images de faux dieux un culte d'adoration. Le triomphe du christianisme fut la ruine de ces idoles et des temples qui leur étaient consacrés. Bien d'autres objets, avec elles, appartiennent aux superstitions anciennes ou modernes : fétiches, amulettes, talismans, philtres, etc. Les bétyles ou pierres coniques qui étaient vénérées des anciens rappellent les menhirs ou peulvens celtiques. L'usage des amulettes existait chez les Chaldéens, les Egyptiens, les Grecs et les Romains, comme aujourd'hui encore chez les sauvages ; il reparut au moyen âge, et les conciles durent souvent l'interdire. Les talismans, aux vertus merveilleuses, en usage surtout chez les Arabes, étaient aussi connus des anciens, témoin par exemple la légende de l'anneau de Gygès, qui rendait invisible. La baguette divinatoire, qu'on met entre les mains des magiciens et magiciennes de tous les temps, appartient au même ordre d'objets superstitieux. Enfin il n'estjpas jusqu'aux idoles les plus abominables qui n'aient reparu de quelque manière, par exemple dans le Baphomet, auquel des Templiers

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