‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 29 sur 686 · LIVRE II : DE L ETRE · texte numérisé non relu

LIVRE II : DE L ETRE

les choses et qui les rend vraies est l'intelligence créatrice ou une intelligence créée. Les choses se rapportent essentiellement à la première, dont elles dépendent quant à leur être même ; elles ne se rapportent à la seconde que d'une manière accidentelle. Mais il est évident que c'est dans le rapport essentiel des choses avec l'intelligence créatrice et non pas dans leur rapport accidentel avec l'intelligence créée qu'il faut chercher leur vérité absolue.

Il suit de ce qui précède que tout être est vrai absolument : il n'y a pas de fausseté absolue. L'être et le vrai peuvent se prendre l'un pour l'autre, ils peuvent s'affirmer l'un de l'autre. Qu'est-ce, en effet, que le vrai ? — C'est l'être connaissable, c'est l'être connu, c'est l'être compris. Mais il est évident que l'être est connaissable dans toute la mesure où il est; il est connu et compris, du moins de son premier Auteur, dans toute la mesure où il est. Qu'est-ce ensuite que la vérité ? — La conformité de la chose avec l'intelligence. Or toute chose est telle que Dieu la connaît, telle qu'il la conçoit : toute chose est donc vraie de cette vérité absolue. Les mêmes considérations nous permettent de conclure que la vérité est unique, incréée, éternelle, absolument immuable en Dieu, tandis qu'elle esf multiple, créée, temporelle, changeante de quelque manière dans l'intelligence humaine.

Beauté. — Le beau est ce qu'il fait bon connaître, c'est ce dont la connaissance plaît. Il est l'objet des beaux-arts, de la poésie, de l'éloquence ; le goût s'exerce à le discerner et on en jouit par les sentiments les plus délicats. Le beau n'en est pas moins un concept des plus philosophiques : ses racines sont entre le vrai et le bien. Il tient du vrai, car le vrai seul est beau, le vrai seul est aimable. Il tient du bien, parce qu'il plaît, il éveille un plaisir d'un genre tout nouveau, un plaisir désintéressé. Qu'est-ce à dire? C'est-à-dire que le beau pla/t par la connaissance même que nous en avons et non pas précisément par sa possession. Le beau n'est pas ce qui étant connu plaît : autrement il se confondrait avec le bien ; mais il est ce qui plaît par la connaissance. La connaissance n'est pas la condition seulement de la jouissance du beau, mais sa cause, tandis qu'elle n'est que la condition de l'amour. Le beau plaît parce qu'il est connu, tandis que le bien plaît parce qu'il est possédé. Le beau n'est point tel parce qu'il plaît, mais il plaît parce qu'il est beau, suivant une remarque de saint Augustin. Le beau plaît toujours, mais ce qui plaît n'est pas toujours beau. Le beau est donc distinct du bien, et en particulier de l'agréable, qui n'est qu'une espèce de bien.

11 est également distinct du vrai, car la vérité n'atteint pas toujours à la beauté. Lorsque les vérités que nous considérons sont trop limitées ou d'un genre trop abstrait, nous ne les qualifions pas de belles : ainsi les vérités mathématiques, la vérité des faits historiques d'un caractère commun. Et cependant, dans toute vérité, pour qui sait comprendre, il y a comme les premières lignes d'un tableau qu'il serait facile d'embellir. Le vrai prépare le beau, alors même qu'il ne l'atteint pas ; il le prépare si bien qu'on a pu définir le beau, la splendeur du vrai, l'éclat du vrai.

Mais pourquoi le vrai devient-il éclatant, splendide, séduisant, pourquoi plaît-il? Il plaît par d'autres caractères encore que ceux de la vérité, mais qui tous cependant, de même que la vérité, qui leur sert de fondement, s'adressent à la faculté de connaître (Pulchrum respicit vim cognoscitivam) : nous voulons parler de Yumté et de ce qui s'y rapporte : Vordre, qui est l'unité dans la multitude ; la variété, l'harmonie, les proportions, la symétrie, etc. En sorte qu'on a pu définir la beauté : l'unité dans la variété, ou encore : la splendeur de l'ordre. Cette définition est juste ;

elle atteint même l'essence du beau plus directement que celle par laquelle nous avons débuté, qui n'atteint le beau que par ses effets. Cependant nous préférons celle-ci ; car en disant que le beau est ce qui plaît par la connaissance, nous indiquons mieux les qualités essentielles qui le distinguent du bien et nous montrons en même temps ses relations avec l'intelligence et la volonté. Quoi qu'il en soit, le beau se reconnaîtra aux caractères suivants : 1° il causera un amour désintéressé, c'est-à-dire venant tout de la connaissance de l'objet et ne cherchant que cette connaissance ; 2° il sera entier, il sera un par l'ensemble, l'idée, le but, etc. ; 3° il sera par conséquent proportionné, harmonieux dans toutes ses parties , 4° enfin il aura un certain éclat sensible aux yeux ou à l'imagination.

Est-il nécessaire maintenant d'ajouter que le beau, de même que le vrai et le bien, entre lequels il se place, est objectif et absolu? Notre esprit ne le crée pas, non plus que la vérité, mais il le découvre. Sans doute, il y a des beautés de pure imagination et d'invention humaine; mais elles se rapportent toujours de quelque manière au beau absolu, car jamais l'homme n'est le maître d'en poser arbitrairement toutes les lois. Il n'y a pas de beauté véritable qui soit de pure convention. Il est vrai que telle chose peut être réputée belle en un pays et dans un temps, qui ne l'est point ailleurs ou dans d'autres circonstances. Mais, d'abord, il n'est point sûr que tout ce que les hommes ont regardé comme beau à une époque le fût réellement; et ensuite le beau, bien qu'il soit absolu dans sa racine et ses principes, est susceptible de revêtir diverses formes, d'accepter diverses déterminations. On comprend qu'il soit soumis dans une large mesure à l'empire des usages, des coutumes, des circonstances, disons même de la mode. De là l'histoire de l'architecture, des arts, du mobilier et des costumes.

On distingue le beau idéal et le beau réel , le beau naturelle beau artificiel et le beau moral. Celui-ci, qui est le plus parfait se confond avec le bien moral ou l'honnête, qui lui aussi est le plus parfait, entre les biens; en sorte que le beau et le bien se confondent par leurs sommets. Admirable coïncidence ! On distingue aussi le beau sensible etlebeau spirituel . Si le beau est sensible, ce n'est pas que les sens puissent, à proprement parler, le percevoir (l'animal est incapable de percevoir le beau), mais c'est que l'esprit le discerne et le goûte dans les choses sensibles, qui lui sont offertes surtout par la vue et l'ouïe, sens esthétiques. Et ceci montre bien que les choses sensibles sont belles non pas tant par elles-mêmes que par leur rapport avec le monde spirituel, qu'elles sont destinées à manifester.

Sublime. Elégant. Joli — Le sublime, qu'il ne faut pas confondre avec le grandiose, ni surtout avec le colossal, c'est le beau à sa plus haute expression ; c'est le beau qui excède notre connaissance, notre pensée, notre imagination : il provoque notre admiration, souvent même nos craintes et une véritable terreur. La mer est belle sous les rayons ardents du soleil et l'haleine caressante des zéphyrs ; mais elle est sublime dans ses fureurs, quand sévit la tempête sous un ciel noir et sillonné d'éclairs. Et cependant elle est si belle, dans sa colère, que plusieurs s'y sont exposés pour l'admirer de plus près. Le sublime est essentiellement simple et grand. Il est grand par l'étendue, les proportions (sublime mathématique de Kant) ou par la puissance (sublime dynamique). Le fracas du tonnerre, aussi bien que la cime vertigineuse qui domine d'affreux précipices, donne le sentiment et comme l'impression du sublime. Il apparaît dans la nature et mieux encore dans l'esprit et le coeur de l'homme ; on le rencontre d'autant mieux qu'on

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