‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 30 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

oublie davantage de le chercher pour ne s'inspirer que de la vérité et du bien.

A l'autre extrémité du beau, nous distinguons Yêlégance, qui est toute dans la forme et les mouvements, et le joli, qui est comme une diminution du beau, mais une diminution qui plaît par ses proportions mêmes et les menus détails qui amusent l'attention. (V. les traités d'esthétique : Kant, la Critique du jugement ; Lévêque, la Science du. beau, etc. Taine a écrit : la Philosophie de l'art. M. Vallet : l'Idée du Beau dans la phil. de S. Th.)

Bonté. Bien — Le bien est ce qui est recherché ou ce qui est désirable, comme le vrai est ce qui est compris ou ce qui est connaissable. Le bien est aussi le bon, si ce n'est que le bon désigne plutôt le bien utile et le bien délectable. On définit aussi le bien en disant qu'il est ce qui convient à la nature, ce qui comble ses désirs ou ses tendances. Dans le bien, comme dans le vrai, il iaut distinguer le fond et la forme. Le fond c'est l'être même, qui est désirable, de même que le fond du vrai c'est l'être même, qui est connaissable ; la forme du bien c'est l'être en tant qu'il est désiré, de même que la forme du vrai c'est, l'être en tant qu'il est connu. Donc, si nous définissons la vérité : l'égalité do l'intelligence et de son objet, nous définirons encore le bien : l'union de la volonté et de son objet, c'est-à-dire l'obtention de la fin.

Le bien est de plusieurs sortes : il est vrai ou apparent, corporel ou spirituel, physique ou moral. Mais la division principale est celle du bien considéré en lui-même, c'est-à-dire comme fin. La voici. Le bien est honnête, ou utile, ou délectable. L'honnête est désiré comme une fin et pour lui-même ; l'utile est désiré comme moyen ; le délectable est désiré comme une fin et non pas précisément pour lui-même, mais pour ce qui le procure. Voici l'explication de cette division. Le bien est essentiellement l'objet d'une volonté ou d'une tendance, le terme d'un mouvement. Mais l'utile n'est qu'un terme moyen, une fin intermédiaire ; l'honnête et le délectable, au contraire, sont des fins proprement dites. Seulement l'honnête est la fin en elle-même, tandis que le délectable est le repos dans cette fin, la jouissance de cette fin.

On sent déjà l'importance de cette division en morale. L'honnête est l'objet de l'amour pur, désintéressé, il donne leur forme aux actes de vertu les plus élevés et en particulier à la charité, à la contrition parfaite. De là la morale du devoir. Le délectable, au contarire, donne leur forme à l'espérance, aux actes plus ou moins intéressés. Ces actes peuvent être bons, vertueux, si l'amour du bien délectable n'est pas opposé à l'amour du bien honnête ; mais ils sont égoïstes et facilement coupables dans le cas contraire. De là la morale du bonheur, entendue sagement, ou bien, au contraire, la morale du plaisir ou de l'intérêt. Le motif suprême de la volonté et de la conduite doit être l'honnête, bien qu'un motif secondaire et subordonné puisse être le bien délectable, et que la délectation ou le plaisir soit la conséquence nécessaire de l'obtention de la fin dernière ou de l'honnête.

C'est un axiome que tout être est bon, de même que tout être est un et vrai. L'être, en effet, par cela même qu'il est, est une perfection, un acte, au sens transcendant de ce mot : il est donc désirable à quelques égards, comme fin dernière ou comme moyen, comme principal ou comme accessoire, comme tout ou comme partie. Mais il est clair que cette bonté radicale ou métaphysique n'est qu'une perfection initiale et qu'elle est compatible avec le mal physique et le mal moral. D'ordinaire on entend par le bien ce qui exclut tout mal, et alors il est vrai de dire que le bien est dans l'intégrité, le mal dans un défaut quel-

conque (Bonuid ex intégra causa, malum ex quocumque defectu). C'est-à-dire que rien ne manque à ce qui est bien, mais qu'il suffit q'une chose manque à ce qui est mal. Cet axiome s'applique au physique et au moral, aux œuvres de l'artiste et à celles de l'homme de bien. Enfin, c'est un axiome, en morale, qu'il ne faut pas faire le mal pour qu'il arrive du bien. C'est-à-dire que la fin ne justifie pas les moyens.

Progrès. — C'est une marche vers le mieux, vers un plus grand bien. On entend absolument par le progrès le perfectionnement de la société ; et c'est une question de savoir si l'humanité a toujours été en progrès, si ce progrès est fatal ou libre, etc. Les anciens paraissent avoir été frappés surtout de l'idée de décadence (l'âge d'or, puis de fer; la mythologie qui fait naître les hommes mortels des dieux immmortels). Cependant il n'est pas rare qu'ils aient des idées moins hautes des origines de l'humanité. Peut-être s'inspiraient-ils d'un double souvenir : celui de la justice originelle et celui de la chute. Quoi qu'il en soit, l'idée de progrès s'est développée en Occident et plus tard chez les peuples chrétiens. Nous la trouvons chez Sénèque, Pline l'Ancien, Florus, puis chez S. Augustin, Vincent de Lérins, Hugues de Saint- Victor, les deux Bacon, etc., enfin chez Descartes, Pascal. La philosophie moderne s'en est emparée, et l'a fait entrer notamment dans la théorie générale de l'évolution (v. évolutionnisme). L'idée de progrès social ne doit pas être séparée, en effet, de l'idée de progrès en général, ni surtout de l'idée de progrès individuel à espérer après cette vie. Or la philosophie peut faire les réponses suivantes à la question du progrès ainsi posée avec toute son ampleur :

Le progrès est la loi de tous les êtres et de la nature entière; car tout ce qui existe est appelé à se développer, c'est-à-dire à obtenir sa fin. Aristote avait compris déjà que tout est suspendu au Bien, ou plutôt gravite vers lui. Mais, par là même qu'il y a une fin dernière et un Bien suprême, leprogrès n'est pas indéfini à proprement parler. Il est vrai seulement que les êtres peuvent obtenir leur fin et exercer leur perfection par des moyens indéfiniment variés, toujours nouveaux, et même, si l'on veut, toujours meilleurs. Mais ce progrès est accidentel et les êtres ne peuvent changer de fin essentielle sans changer de nature. Ainsi on conçoit que la société humaine obtienne sa fin essentielle, qui est une fin morale, l'ordre, la paix, etc., par des moyens nécessairement variables selon les temps et les circonstances.

Il faut reconnaître ensuite que le progrès du genre humain n'est point fatal. Distinguons d'abord, pour le mieux démontrer, entre le fait du progrès plus ou moins constant de l'humanité et la nécessité de ce progrès. Car le fait peut résulter d'un autre principe que la nature même des choses. On n'en doutera plus, si l'on étudie l'histoire avec impartialité. Jamais la civilisation chrétienne n'aurait succédé au paganisme de la Grèce et de Rome sans le grand fait de la Rédemption. L'Evangile n'est point la résultante de philosophies anciennes inconciliables entre elles et sans action sur le peuple. Jésus-Christ n'est pas un sage ordinaire, et l'ère qu'il a marquée de son nom tranche tout à fait sur les précédentes ; ses miracles, sa doctrine, l'institution de l'Eglise, le renouvellement des croyances religieuses ont été le principe d'un relèvement et d'un progrès moral dont l'humanité eût été incapable par elle-même.

D'ailleurs, même sous l'action bienfaisante et constante de la religion révélée, le progrès du genre humain nous apparaît comme contingent en luimême et exposé à mille dangers. Aucune nation en particulier ne se développe fatalement : son progrès peut être compromis, suspendu, se terminer à une

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