‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 290 sur 686 · LIVRE VIII : DU SIGNE · texte numérisé non relu

LIVRE VIII : DU SIGNE

rire s'applique donc aux pleurs. Elles naissent aussi d'un contraste, non point de celui qui pique la cuiiosité et réjouit l'esprit, mais d'un contraste émouvant entre les biens perdus et les maux présents. Mais les pleurs n'expriment pas seulement la tristesse ; car le mal qui les fait couler peut être mêlé à des biens, qui sont même d'autant plus aimés qu'ils ont coûté plus de larmes. Si donc l'on passe quelquefois si facilement du rire aux pleurs, cela s'explique non seulement par la mobilité des sentiments, mais encore par la nature complexe de nos bonheurs et de nos infortunes. On pleure de joie ; rien n'est plus doux et plus consolant que certaines larmes. Et puis, les larmes et les rires sont bien souvent des expressions fugitives comme le temps et mobiles comme l'humeur. 11 n'y a d'importants que les sentiments réfléchis, nobles ou avouables, avec l'expression sincère qui leur convient.

Salut. — Ce sont les moeurs et les coutumes qui décident la manière dont il faut saluer, s'aborder, faire et recevoir des visites, etc. Les Européens saluent en se découvrant et en faisant une inclination plus ou moins marquée. Les Yankees se contentent de se presser la main. Les Ottomans saluent en s'inclinant, en portant la main droite sur le cœur ou en élevant les mains au-dessus de la tète. Dans l'armée, le salut est dû par les subordonnés aux supérieurs et par les officiers de même grade aux plus anciens. Il consiste à porter la main droite à hauteur de la visière, la paume tournée en dehors. Le salut de l'épée, dû en certaines circonstances, consiste à porter l'arme verticale devant la. face et à l'abaisser ensuite en tendant le bras. Sur mer, les saluts s'échangent au rnoyen des pavillons et des voiles et de décharges (salves) d'artillerie (v. signaux).

Cérémonies. — Elles comprennent, en général, toutes les formes extérieures observées soit dans le culte religieux, soit dans les solennités civiles. De là deux sortes de cérémonies. Les cérémonies religieuses règlent ce qui a rapport aux sacrifices, aux offices ou prières publiques, à la liturgie, à l'administration des sacrements : baptême, mariage, aux funérailles, etc. Elles rehaussent le culte divin, élèvent l'esprit de l'homme et l'instruisent en honorant la divinité. On distingue les rites essentiels aux sacrements, que J.-C. lui-même a institués, et les rites qui ont été établis par les apôtres ou leurs successeurs. S. Denys, l'auteur de la Divine hiérarchie, dit que les cérémonies furent instituées parles apôtres et par leurs successeurs « afin que, selon la portée de notre entendement, ces figures visibles fussent comme un secours par lequel il nous fût possible de nous élever à l'intelligence des augustes mystères ». Le concile de Trente défend d'omettre ou de changer les cérémonies employées pour l'administration des sacrements, alors même qu'elles ne sont point essentielles. Cette défense regarde en particulier les évêques, qui ne peuvent dès lors composer des rites particuliers. — Quant aux cérémonies civiles, elles ne sont pas non plus de médiocre importance. Elles comprennent le cérémonial d'Etat et de cour, le cérémonial diplomatique ou d'Etat à Ktat, et le cérémonial officiel, qui règle les rapports entre fonctionnaires, les préséances, etc. Toutes ces questions d'étiquette et d'observances civiles dont l'ancien régime a exagéré sans doute l'importance, ne laissent pas de mériter une grande attention. Les cours et même les maisons des présidents de république ont leurs maîtres de cérémonies ou des dignitaires qui en exercent les fonctions : introducteurs des ambassadeurs, etc. L'histoire a conservé le souvenir de \I. de Ségur, grand-maître des cérémonies sous Napoléon Ier, comme un Dreux-Rrézé l'avait été sous Louis XVI. Il existe aujourd'hui, au ministère

des affaires étrangères, un bureau du protocole, qui remplit le même rôle. On entend, en effet, par protocole diplomatique ou protocole le cérémonial à suivre dans les rapports politiques. Il embrasse les qualifications et titres attribués aux Etats, aux souverains, aux ministres, etc., les formes courtoises à observer dans les documents politiques. Il n'est pas nécessaire d'insister sur l'importance de l'application de ce cérémonial pour le maintien des bonnes relations et de la paix publique.

Formalités. — En droit, ce sont les conditions prescrites, les formes imposées pour que les actes aient toute leur valeur. Les formalités sont dites habilitantes, lorsqu'elles rendent une personne capable de certains actes : ainsi l'âge de la majorité, le sexe, etc. ; Intrinsèques, si elles constituent l'acte, comme le consentement des contractants ; extrinsèques, si elles sont établies pour constater le caractère de l'acte, son authenticité : ainsi la signature des contractants ; enfin elles sont dites d'exécution, si la loi les impose pour l'exécution des actes : ainsi la légalisation, l'enregistrement. L'abus des formalités, si fréquent de nos jours, de même que le fonctionnarisme qui en vit, s'appelle le formalisme. Il tend à substituer la lettre à l'esprit de la loi, la légalité au droit, la loi positive à la loi naturelle.

Etiquette. — Elle se dit spécialement du cérémonial de cour, qui règle les rapports du souverain ou des princes et des hauts dignitaires avec ceux qui les approchent. Juste et même indispensable en elle-même, l'étiquette devient, par l'abus qu'on en fait, ridicule, tyrannique et intolérable. Elle était très sévère chez les monarques d'Orient, où certaines infractions pouvaient être punies de mort (v. l'histoire d'Esther). Les Byzantins la cultivèrent aussi avec exagération. Elle parut en Europe, avec son formalisme, à la cour de Bourgogne, au temps de Philippe le Bon. De là elle passa en Autriche, puis en Espagne, où elle régna avec rigueur. Introduite en France par Anne d'Autriche, elle contribua pour sa part à la splendeur, tantôt vraie et tantôt factice, du règne de Louis XIV. Le Dictionnaire des étiquettes de M"'e de Genlis est la somme de toutes les règles suivies alors à la cour de France. Elle disparut avec l'ancien régime, et l'Empire ne réussit pas à la rétablir.

Liturgie. — Les cérémonies sacrées et, en particulier, celles du saint sacrifice de la messe, ont pris le nom de liturgie. Toutes les religions ont leur liturgie. Celle de l'Eglise remonte au premier siècle, mais ne fut pas écrite avant le cinquième. Les principales liturgies sont : celle de Rome ou grégorienne ; celle de Milan ou ambrosienne, ainsi nommée parce que saint Ambroise la modifia; la liturgie gallicane, qui dérivait de l'Orient, mais qui fut remplacée par le rit romain vers l'époque de Pépin et de Charlemagne ; la liturgie cTÊspagneou mozarabe, dérivée aussi de l'Orient par les Goths et à laquelle le nom de saint Isidore de Séville s'est trouvé attaché : elle s'éclipsa vers le XL siècle. L'église grecque a deux liturgies principales : celle de saint Jean Chrysostome et celle de saint Basile. Les diverses liturgies peuvent être employées dans les controverses avec les hérétiques : elles prouvent très bien que la foi de l'Eglise est invariable. La liturgie, en effet, dans ses actes essentiels et dans les prières qui les accompagnent, est l'expression incorruptible des mêmes croyances et de la même piété. Nous ne parlons pas ici des liturgies luthérienne, calviniste, anglicane, qui ont rompu avec les anciennes liturgies, les seules qui témoignent de la foi ancienne. Les livres liturgiques de l'Eglise romaine sont au nombre de six •. le missel, le bréviaire, le rituel , le pontifical, le cérémonial et le martyrologe.

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