FARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPÉDIQUE
(V. Dom Guéranger, V Année liturgique, 14 vol. ; Bernard, Cours de liturgie romaine, 6 vol. ; Falise, Cérémonial romain : Ohipier, la Vie liturgique).
Culte. — Nous parlons ici du culte proprement dit, c'est-à dire des formes que prend la religion, des actes qu'elle inspire à l'iiomme dans ses rapports avec Dieu, et non de la religion elle-même (v. religion, Eglise, rapports de l'Eglise et de l'Etat, liberté des cultes). Le culte est la conséquence de la religion, qui s'adresse d'abord à l'esprit, par des vérités et des dogmes. Les premiers de ceux-ci sont : l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un créateur et juge suprême ; l'attente d'une autre vie, où le vice sera puni et la vertu récompensée, et s'il s'agit de la religion révélée : les mystères de la sainte Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption ; la présence de Jésus-Christ parmi les hommes, sous les espèces eucharistiques, etc. De ces vérités, qui constituent, si l'on veut, la religion théorique, découlent des devoirs, qui consistent dans l'accomplissement de certains actes : la prière, l'adoration, la reconnaissance. C'est là le culte, que toutes les religions ont connu, et dont elles sont inséparables. On distingue le culte intérieur et le culte extérieur : le premier consiste dans les actes de l'esprit ; le second, dans l'expression des sentiments religieux. Le culte extérieur est particulier ou public et social. Celui-ci est rendu par la société; celui-là, par les personnes privées. Or il est clair que la religion, qui est un devoir naturel, implique tous ces cultes ; ils sont tous par conséquent obligatoires. C'est en vain que certains esprits, religieux à demi, ont voulu ne faire de la religion qu'un devoir individuel, et même un devoir de l'homme intérieur exclusivement : la religion est plus exigeante, elle se soumet tout l'homme et, avec lui, la société.
En elfet, la religion naît des rapports de la créature avec son Auteur et des bienfaits qu'elle en a reçus. Or ces bienfaits comprennent tout ce que l'homme est, tout ce qu'il possède, et ces rapports n'exceptent rien. Corps et àme, l'homme tient tout de Dieu, et la société n'est pas moins dépendante et obligée comme telle que chacun de ceux qui la composent. On comprend dès lors que l'homme doive imprimer le sentiment religieux à toute sa vie et à toutes ses oeuvres. Il n'y a pas manqué. Il a célébré Dieu dans ses chants les mieux inspirés; il l'a invoqué dans ses prières ; il lui a élevé des temples où tous les arts, sanctifiés et agrandis par la religion, se sont donné rendez-vous. Bref, il n'y a rien d'humain que la religion n'ait touché. C'est que rien ne limite les droits de Dieu. Né dans l'âme, le sentiment religieux doit donc animer toute la personne : ainsi l'exigent non seulement les droits de Dieu, mais encore la nature de l'homme. Fait d'un corps et d'un esprit unis dans une même nature, doué tout à la fois de sensibilité et de raison et ne pouvant exercer celle-ci sans emprunter le secours des sens et l'appui d'une expression extérieure, l'homme doit rendre à Dieu un culte à la fois mental et sensible, intérieur et extérieur. Celui-ei découle du premier, qui ne serait pas complet sans lui. Le culte mental dépend à son tour, en quelque manière, du culte extérieur; car les sens agissent sur l'esprit, tout en subissant sa loi et sa direction : le sentiment religieux se traduit donc dans le culte extérieur et, d'autre part, il nait ou du moins se réveille et s'accroît au moyen de ces cérémonies extérieures qui courbent l'homme tout entier devant la divinité.
Ces considérations démontrent l'obligation du culte extérieur et en particulier du culte public et social. Ce culte est juste et indispensable, nous venons de le dire, puisque la société est de Dieu et lui doit ses hommages comme à son Auteur et à
son bienfaiteur suprême. Mais ce culte est nécessaire à la société elle-même et à tous les membres qui la composent. Rien n'égale la force du sentiment religieux qui s'empare des foules aux jours des grandes solennités. C'est alors que la religion apparaît dans toute sa majesté et fait sentir sa puissance. Elle vit de ces manifestations ; elles n'ont manqué jusqu'ici à aucun peuple. Il est donc criminel de chercher à les supprimer (V. Dom Guéranger, Institutions liturgiques, 4 vol. ; Duchesne, les Origines du culte chrétien).
Mystères. — Chez les anciens, outre le culte extérieur et public, il y avait un culte secret auquel on n'admettait qu'un petit nombre d'initiés: c'étaient les mystères. L'enseignement qu'on y donnait paraît avoir été supérieur au polythéisme : on y expliquait les dogmes de l'immortalité de l'âme, de la vie future, etc. au moyen de symboles et de cérémonies : purifications, processions, chants, danses. Mais trop souvent ces mystères furent altérés par des superstitions et souillés par des immoralités. Bien des philosophes anciens ne dédaignèrent pas de se faire initier, et peut-être y ont-ils recueilli bien des vérités traditionnelles, qu'ils ont incorporées à leur doctrine. Les mystères les plus célèbres étaient ceux de Cérôs et Proserpine, à Eleusis; des dieux Cabires, dans l'île de Samothrace ; de la Bonne-Déesse, d'Isis, de Mithra. — Chez les premiers chrétiens, obligés de soustraire leur culte à la profanation des païens, on donna le nom de mystères au saint sacrifice de la messe ; et nous disons aujourd'hui encore : la célébration des saints mystères. D'ailleurs nos dogmes et notre culte méritent excellemment le nom de mystères, étant d'ordre surnaturel.
Inauguration. — A Rome, la cérémonie d'inauguration avait lieu quand un citoyen entrait dans le collège des augures ou quand il s'agissait de choisir l'emplacement d'un temple, d'un théâtre, d'une ville. On consultait les augures sur la bonté du choix. Aujourd'hui ce nom est synonyme de consécration, dédicace, ouverture, bénédiction.
Bénédiction. — C'est un acte religieux des plus remarquables. Les patriarches, qui étaient aussi les prêtres de leur famille et de leur tribu, bénissaient solennellement leurs enfants avant de mourir ; et la bénédiction paternelle est regardée aujourd'hui encore comme un acte religieux de sa nature. Mais la bénédiction est attribuée surtout aux ministres du culte. Dans l'Eglise on distingue : 1" les bénédictions attachées à l'ordre épiscopal ; 2" celles que l'évêquepeut commettre à des prêtres; 3° celles enfin qui sont commises à la seule discrétion du prêtre ou des ministres inférieurs. Aux premières se rapportent : la bénédiction des abbés et des abbesses, le sacre des rois et des reines, la dédicace des églises ; la consécration des autels et des pierres sacrées, des calices et des patènes; la bénédiction des saintes huiles. La bénédiction des églises et chapelles peut être commise à un prêtre. Aux secondes se rapportent la bénédiction des corporaux et des nappes d'autels, des ornements sacerdotaux, la bénédiction des croix, des images, des cloches, des cimetières, la réconciliation des églises profanées. Aux bénédictions sacerdotales se rapportent celles des fiançailles, des mariages, des fruits de la terre, de la table, du pain bénit, de l'eau bénite, de l'eau baptismale, etc. La bénédiction que le simple prêtre donne à la fin de la messe (il ne la donnait pas avant le Xe siècle) doit être donnée sans chant. La bénédiction qui se donne par ces mots : SU nomen Domini benedictum... est réservée aux évèques. C'est une règle qu'il ne convient pas à l'inférieur de bénir, en présence du supérieur. La bénédiction que les évêques donnent en chemin sur les personnes qu'ils rencontrent, emporte avec elle un caractère de juridiction et leur