‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 292 sur 686 · LIVRE V11I : OU SIGNE · texte numérisé non relu

LIVRE V11I : OU SIGNE

est réservée. Le pape termine ses bulles et brefs par la bénédiction apostolique : c'est aussi une formule de salut (Salut et bru ('diction) par laquelle s'ouvrent les lettres pontificales et épiscopales adressées aux fidèles. On nomme bénédiction papule, celle que le pape donne à certain jours, avec un cérémonial particulier et en l'accompagnai) d'une indulgence plénière. La plus remarquable es celle que le pape donne à Saint-Pierre, le jour de Pâques, urbi et orbi.L& bénédiction nuptialeest celle que le curé ou un autre prêtre autorisé donne aux personnes qui se marient devant l'Eglise. Elle n'est pas donnée pendant l'avent et le carême ni aux veuves qui l'ont déjà reçue. — La bénédiction du Saint-Sacrement est un acte liturgique, où l'on bénit les assistants avec le Saint-Sacrement.

Sacre. — Le premier sacre royal dont parle l'histoire, est celui de Saiil par Samuel. On pense que Clovis fut sacré, en même temps que baptisé, par saint Rémi. Pépin et ses deux fils furent sacrés par Etienne II en 754. Les rois français furent dès lors sacrés à Reims, où était conservée la sainte ampoule, qui, d'après la légende, avait été apportée du ciel à saint Rémi. Les czars de Russie se font sacrer avec beaucoup de pompe par les prélats de leur église. Depuis la Révolution, il n'y a eu que deux sacres en France : celui de Napoléon (1804) et celui de Charles X (1824). Des canonistes ont pensé que, d'après l'ancienne constitution française, les rois de France n'étaient investis effectivement du pouvoir royal qu'en vertu du sacre.

Sacrifice. — L'acte religieux et sacré par excellence est le sacrifice. C'est pour l'offrir que l'on élève des autels, que l'on bâtit des temples, que l'on consacre des prêtres et que les cérémonies du culte sont instituées. Le sacrifice exprime à lui seul toutes les vérités religieuses fondamentales : la sainteté de Dieu, la déchéance de l'homme et la possibilité d'une réparation par la réversibilité des peines. Chez les peuples anciens, le sacrifice a été pratiqué avec une telle constance et une telle universalité, que l'on est forcé de voir dans son institution la volonté même de Dieu. Mais les sacrifices anciens n'étaient que la préparation et l'image du sacrifice nouveau, destiné à les remplacer tous. Daniel avait dit : Le Christ sera mis à mort, et les sacrifices seront abolis. Or, dès l'origine du christianisme, Pline écrivait à Trajan que les victimes ne trouvaient plus d'acheteurs. Les Juifs eux-mêmes ne sacrifiaient plus par suite de la destruction du temple. Les sacrifices superstitieux des païens et les sacrifices imparfaits des Juifs ont donc fait place au sacrifice divin, dans lequel Jésus-Christ est à la fois le prêtre et la victime. Le Pontife par excellence a remplacé les sacrificateurs anciens; 1' 'Agneau de Dieu s'est substitué à l'agneau pascal, aux hosties et aux holocaustes. Mais à qui sera offerte cette victime d'un prix infini ? Les païens sacrifiaient aux faux dieux, au ciel, à la terre et aux esprits inférieurs : le sacrifice eucharistique ne sera offert qu'au Dieu véritable, à la Trinité auguste qui remplit l'univers : Suscipe, sancta Trinitas, dira le prêtre à l'autel. Si l'on demande maintenant le motif suprême de ce sacrifice, le voici : c'est le salut du monde entier, du plus humble des hommes comme du plus grand : Pro nostra et totius mundi salute. Et qu'on ne pense point que ce sacrifice n'a été offert qu'une lois, au Calvaire. Jésus-Christ est présent par l'eucharistie sur tous les autels, dans tous les tabernacles, entre les mains du simple prêtre, comme entre celles des princes de l'Eglise. Son corps divin, mystiquement immolé, est toujours vivant comme celui du Prométhée de la Fable, s'il est permis d'emprunter cette comparaison au paganisme. Seulement le Caucase a fait place au Calvaire, et le vautour ennemi au genre humain reconnaissant et saintement avide. Les vivants et

les morts ont soif, pour ainsi dire, du sang divin, qui expie les fautes et qui régénère : Pro vivis atque defunctis. La croix est un autel dressé par J.-C. entre la justice divine irritée et la terre coupable, et sur lequel il s'est laissé immoler par la haine des bourreaux. Ce n'est qu'autour de cet autel expiatoire que l'humanité en prière pourra mériter le pardon et reconquérir ses premiers droits. On comprend maintenant pourquoi l'Eglise adjure ses fidèles d'assister fréquemment, avec piété, au saint sacrifice de la messe.

Holocauste. — Les Hébreux avaient trois sortes de sacrifices : l'holocauste ; le sacrifice d'expiation pour le péché ; le sacrifice pacifique ou d'action de grâces. L'holocauste était offert et brûlé tout entier, excepté la peau, qui était pour le prêtre. Outre les sacrifices, il y avait diverses sortes d'offrandes : de grains, de farine, de gâteaux, de vin, de fruits. Remarquons encore deux sacrifices particuliers : celui où l'on mettait en liberté un des deux passereaux offerts pour la purification du lépreux, et le sacrifice du bouc dit émissaire. Ces animaux, laissés à eux-mêmes, étaient considérés comme des victimes d'expiation, et chargés des péchés de ceux qui les avaient offerts. Chez les païens, les sacrifices dégénérèrent en superstitions et aussi en actes de cruauté, comme on le voit par les sacrifices humains offerts à Baal, à Moloch, à Teutatès.

Lustration. — Chez les Romains, les lustrations consistaient en des aspersions, fumigations, etc., par lesquelles on purifiaient les choses ou les personnes souillées. Les unes se pratiquaient avec Veau lustrale, d'autres avec le feu et le soufre, d'autres avec l'air, que l'on agitait au moyen de cribles autour de l'objet à purifier. On purifiait les nouveaux-nés, huit ou neuf jours après leur naissance. La purification solennelle de tout le peuple avait lieu tous les cinq ans. Ces cérémonies qui, par certain côté, intéressaient l'hygiène, avaient leurs analogues dans les autres religions et, en particulier, dans la loi mosaïque (purifications légales).

Sacrement. — Du sacrifice de Jésus-Christ découlent les sept sacrements. Ils suffisent à tous les besoins de la vie de la grâce. Par le baptême, l'homme devient enfant de Dieu, il naît à la vie surnaturelle. Par la confirmation, il est appelé à combattre et à souffrir pour la foi. L'eucharistie est un pain mystique, qui nourrit l'âme chrétienne et la soutient dans le pèlerinage laborieux de cette vie. La pénitence est un remède qui ferme les blessures infligées par le péché. L'extrême-onction achève l'œuvre d'expiation commencée dès le berceau : elle introduit le fidèle, pur et sans remords, dans l'autre vie. Enfin l'ordre et le mariage propagent l'Eglise dans tous les temps et dans tous les lieux : le premier, en perpétuant l'apostolat ; le second, en créant la famille chrétienne, où la paternité et la maternité sont élevées à la dignité d'un sacerdoce. Tous les sacrements tirent leur vertu de l'Eucharistie, qui est à la fois l'unique sacrifice et le plus grand des sacrements. « L'Eucharistie, dit S. Thomas, a par elle-même la vertu de conférer la grâce, et personne ne peut recevoir celle-ci si ce n'est en désirant de quelque manière l'eucharistie ». Le prêtre baptise dans l'espoir d'amener un convive de plus au banquet eucharistique. Le pontife impose la main, afin que le confirmé confesse avec plus de force les mystères de la religion et, entre tous, le mystère eucharistique : mysterium fidei. La pénitence ramène au banquet sacré les pécheurs (pii s'en étaient éloignés. Enfin l'ordre institue les prêtres pour consacrer le pain eucharistique; et le mariage est subordonné au baptême, qui lui-même, comme nous l'avons vu, achemine l'homme vers l'eucharistie. Celle-ci, qui n'est autre que J.-C.

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