‹ Dictionnaire universel de la pensée (volume 2)Chapitre 307 sur 686 · PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE

même dogme qu'il faut voir dans ce principe : Hors de l'Eglise point de salut. J.-C. ne sauve que ceux qui font partie, sinon du corps, du moins de l'âme de l'Eglise, de laquelle ne sont pas exclus ceux qui sont animés d'une bonne volonté et n'obéissent qu'à des intentions droites.

Pauvreté. — Il y a une grande différence entre la pauvreté qui n'est qu'un manque d'aisance et celle qui va jusqu'à la détresse. La première n'est pas incompatible avec le bonheur, surtout si elle est transfigurée par l'esprit chrétien. Mais considérée au point de vue naturel et social, la pauvreté, surtout la pauvreté extrême, ne peut se généraliser ni surtout se perpétuer sans qu'il y ait malheur public. Elle s'appelle alors le paupérisme, auquel on ne peut remédier radicalement que par un ;age régime politique, à la fois moral et économique. Le droit des pauvres et la taxe des pauvres sont donc des remèdes insuffisants, quoique plus ou moins utiles et opportuns. Le premier est un droit prélevé en France, au profit des hôpitaux, sur les recettes des spectacles, concerts, bals et autres amusements publics. D'abord aumône volontaire, ce droit devint obligatoire sous Louis XIV. Abandonné pendant la Révolution, il fut rétabli bientôt, et de provisoire devint définitif. Quant à la taxe des pauvres, elle fut établie en Angleterre, à la suite de la Réforme, qui détourna de leur destination charitable les biens ecclésiastiques. Cette taxe, tout en soulageant les malheureux, a paru les multiplier et favoriser le paupérisme.

Paupérisme. — Celui-ci est, comme on l'a dit, « la misère héréditaire ». Au lieu que la pauvreté frappe les individus, le paupérisme frappe toute une classe et de génération en génération. Les uns prétendent que, de nos jours, le paupérisme tend à augmenter ; les autres pensent qu'il tend plutôt à diminuer. Ce qui est certain, c'est que le nombre des mendiants, des vagabonds et de ceux qui végètent dans une misérable situation, est énorme dans nos sociétés civilisées. Il est certain encore que le paupérisme ne diminuera qu'autant qu'on s'attaquera avec succès à ses diverses causes : l'immoralité et la paresse ; l'usure sous toutes ses formes ; la mauvaise organisation de l'industrie et du commerce, d'où résultent l'insuffisance des salaires, les chômages, l'absence d'institutions de prévoyance, etc.

Vagabondage. — D'après le Code pénal, « le vagabondage est un délit. Les vagabonds ou gens sans aveu sont ceux qui n'ont ni domicile certain, ni moyens de subsistance, et? qui n'exercent habituellement ni métier, ni profession » (art. 269 et suiv.). Le Code décide ensuite que les individus déclarés vagabonds par jugements sont punis de 3 à G mois d'emprisonnement, etc. Mais il est trop évident que la loi civile est insuffisant*', malgré ses rigueurs, à transformer le vagabond en travailleur honnête, capable de se suffire. Mal interprétée et mal appliquée, la loi induirait même à confondre la pauvreté et la mendicité avec le vice.

Pouvoir. Son origine. Sa fin. Ses fonctions. — Le pouvoir dont il s'agit ici est surtout l'autorité qui gouverne la société. On distingue le pouvoir religieux et le pouvoir civil, celui de l'Eglise et celui de l'Etat. Le premier se développe dans la hiérarchie ecclésiastique, et le second dans la hiérarchie civile. C'est le pouvoir qui donne en quelque sorte à la société sa forme, son existence et son activité. On voit dès lors son importance. Nous devons considérer en particulier le pouvoir civil, son origine, sa fin, ses éléments ou fonctions.

Origine du pouvoir ou de la souveraineté. — Ici nous rencontrons les partisans de Rousseau et de son utopie : le contrat social. Est-il vrai que le pouvoir s'explique suffisamment par la volonté nationale ? Non, dans aucun cas. Nul doute pour le

cas où la société ne repose d'aucune manière sur le contrat, et s'est trouvée formée naturellement ; mais, en supposant même qu'il se fondât une société par suite d'une véritable fédération de familles ou d'individus, le pouvoir social tirerait sa force, en définitive, d'une source plus haute que la volonté et la délégation des citoyens. Dans aucun cas, les chefs souverains d'un peuple ne sont de simples mandataires de leurs électeurs. Et nous nous plaçons maintenant en dehors des controverses qui divisent les philosophes chrétiens : le pouvoir social est-il de Dieu immédiatement ou médiatement? Quel est son sujet? Une chose est incontestable, c'est quu tout pouvoir vient de Dieu : Omnis potes tas a Deo. En effet, la société civile est naturelle dans son origine et en son essence. En supposant même que telle société particulière eût pour point de départ la libre association de ses premiers membres, comme l'état social est nécessaire à l'homme, la société ainsi formée n'en serait pas moins naturelle et partant voulue de Dieu et instituée par lui comme par son premier auteur. Donc l'autorité, sans laquelle il n'est pas de société, est toujours voulue de Dieu et remonte à lui comme à sa première source. Ce qui donne à la société son unité et comme sa forme, ce qui fait d'une multitude en désordre et désagrégée un corps compact et vivant, c'est l'autorité. Elle procède donc de Dieu comme tout ordre, toute vérité, toute justice, toute beauté; elle en procède d'autant plus sûrement qu'elle est plus nécessaire et plus excellente, et que son caractère est hautement moral. Comment d'ailleurs le pouvoir viendrait-il absolument du peuple, de la volonté nationale, si celle-ci est incapable de créer et d'expliquer certains droits de souveraineté, tel que celui de porter des lois pénales et d'infliger, en particulier, la peine de mort ? On conçoit bien que chaque citoyen ait le droit de légitime défense ; mais on ne conçoit pas que des volontés individuelles puissent ériger au-dessus d'elles un pouvoir qui administre la justice, oblige en conscience toute la communauté et les récalcitrants eux-mêmes, les avertisse, les corrige, les punisse gravement, les prive de la liberté et même de la vie. C'est vis-à-vis surtout des minorités et des oppositions que le pouvoir public est complètement désarmé, s'il ne vient pas de Dieu. Aucune volonté humaine n'a par elle-même le pouvoir de s'imposer à une autre, et toutes les volontés humaines ensemble, excepté une, n'ont le droit de supprimer celle-ci ou de n'en tenir nul compte, si elle n'est pas injuste en ellemême. Et cependant, dans toute société bien ordonnée, il faut que, malgré la diversité d'opinions, d'ailleurs honnêtes, il y en ait une qui prévale et devienne la volonté du pouvoir ; il faut qu'elle devienne loi et que tous la respectent. Evidemment il y a là autre chose qu'une nécessité : il y a une justice, un droit, qui viennent en définitive de Dieu. Nul catholique ne saurait le contester, surtout après les définitions formelles de l'Eglise.

Fin du pouvoir. — Quant à la fin du pouvoir, elle n'est pas autre que celle de la société ellemême. Or la fin de la société civile consiste dans le bien temporel de tous et de chacun, et par conséquent aussi dans leur bien moral et spirituel. Cette proposition résume assez bien tout ce que les philosophes ont dit de plus plausible sur ce point important. Les uns assignent comme fin principale et dernière à la société civile le progrès de l'humanité ou du moins le progrès national ; d'autres préfèrent penser que l'affranchissement graduel de l'homme, la conquête d'une parfaite liberté est le but suprême de l'ordre social ; d'autres encore substituent à cette liberté idéale la justice, dont la société recherche la parfaite application , d'autres enfin sont surtout frappés de certains avantages qu'on peut espérer de l'ordre social : une certaine

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