LIVRE IX : DE LA. HIERARCHIE
guère de noblesse proprement dite, ou du moins elle résulte principalement du droit d'aînesse. En Grèce, on voit la distinction des hommes libres et des esclaves, plutôt que celle des nobles et des roturiers. A Rome, la distinction des ordres comportait une véritable noblesse, mais qui s'ouvrit de plus en plus aux hommes nouveaux. A la suite de la conquête des Francs, on regarda comme nobles, en Gaule, ceux qui possédaient des charges ou fiefs héréditaires ou même certains offices. Ceux-ci furent même plus tard achetés à prix d'argent. A partir de Philippe le Hardi, les rois délivrèrent aussi des lettres d'anoblissement. De là diverses catégories : la noblesse couronnée (roi et princes du sang); la noblesse de race ou de parage ou d'épée, qui se transmettait héréditairement par la ligne paternelle; la noblesse par lettres; la noblesse d'office ou de robe, attachée à la possession de certains offices de judicature; la noblesse de cloche, qui provenait du titre de maire ou d'échevin dans les provinces; la noblesse de cou tinne ou par les mères, qui passait de la mère noble au fils, alors même que le père était roturier ; la noblesse bâtarde; enfin la noblesse de finance acquise à prix d'argent. On supputait les degrés de noblesse par le nombre de quartiers, c'est-àdire de degrés de descendance noble, soit dans la ligne paternelle, soit dans la ligne maternelle. Ce nom de quartier viendrait de ce qu'on gravait sur les quatre coins du tombeau les écus du père et de la mère du défunt et aussi de ses aïeuls. Tels tombeaux d'Allemagne portent jusqu'à 32 quartiers. Il en fallait un certain nombre pour être élevé à certaines dignités. Bossuet ne fut pas élevé sur le siège de Paris, parce qu'il ne comptait pas assez de quartiers de noblesse. La Révolution abolit la noblesse et se montra follement cruelle envers elle ; mais les titres nobiliaires reparurent ensuite et furent protégés. L' ancienne noblesse a figuré à côté delà nouvelle, créée par Napoléon. Les titres nobiliaires portés aujourd'hui en France sont ceux de duc, marquis, comte, vicomte, baron, chevalier. Le titre de prince, s'il ne désigne pas quelque prince du sang, est presque toujours d'origine étrangère. Aucun privilège n'est attaché par la loi aux titres de noblesse. Il existait autrefois un conseil du sceau des titres, appelé à statuer sur les demandes en collation ou reconnaissance de titres; il a été remplacé parle Conseil d'administration du ministère de la justice. Dans les autres pays, la noblesse a conservé plus d'un privilège, sinon toujours légal, du moins reconnu par la coutume. En Allemagne, les officiers, sans parler d'autres dignités ou charges, sortent de la noblesse. En Angleterre, on distingue la haute noblesse ou celle des lords (nobility), et la basse noblesse (ijentry), celle des esquires, des, baronnets. L'Espagne a des grandesses (haute noblesse) et des hidalgos (petite noblesse). En Russie, il y a une noblesse territoriale et héréditaire {boyards), et une noblesse de service, très nombreuse, celle des Tchinnovniks, divisée en plusieurs classes (v. les Nobiliaires et les Annuaires de la noblesse).
Gentilhomme. — Ce nom, qui signifie homme de race, était donné spécialement, sous l'ancien régime, à certains officiers de la cour. Les gentilshom mes ordinaires duroi servaient auprès de la personne du souverain, à la manière des aides de camp et des ordonnances d'aujourd'hui (v. maison). Créés par Henri III, ils furent d'abord au nombre de 45; Henri IV les réduisit à 24. Les gentilshommes de la chambre étaient préposés aux offices intérieurs, qui aujourd'hui sont confiés à de simples domestiques de confiance. Le gentilhomme serrant servait le roi et les princes, assis à la même table.
Notable. — H y a des distinctions naturelles
qui s'affirment toujours à côté et même au-dessus de celles qui sont fondées sur des conventions, la faveur ou l'hérédité. Telles sont celles qui naissent d'une situation conquise dans le commerce, l'industrie, la finance, etc. et constituent ce qu'on appelle des notabilités. Avant la Révolution, on donnait le nom d'Assemblée des notables aux principaux membres des trois ordres (clergé, noblesse, tiers état), convoqués à certaines occasions. On donnait aussi le nom de notables aux principaux habitants d'une commune ayant le droit d'élire et d'être élus aux fonctions municipales. On appelle aujourd'hui notables commerçants, les principaux commerçants et banquiers d'une place de commerce. Tous les ans la liste des notables doit être dressée par les préfets, pour l'élection des membres des tribunaux de commerce.
Grade. — C'est le degré auquel on peut parvenir dans certaines hiérarchies d'offices, de capacités et d'honneurs. On distingue surtout les grades universitaires et les grades militaires. Parmi les premiers, les principaux sont le baccalauréat, la licence et le doctorat (v. aussi agrégation). Ceux qui les ont obtenus sont dits gradués. On distinguait autrefois les gradués en forme, les gradués de grâce et les gradués de privilège. Les premiers étaient ceux qui avaient obtenu leurs degrés dans les formes prescrites par les statuts. Les seconds étaient ceux qui, ayant la capacité requise, avaient été dispensés du temps d'étude et des exercices ordinaires. Les troisièmes étaient ceux qui avaient reçu leur titre par des lettres du pape ou de ses légats, etc II était nécessaire autrefois d'être gradué pour être revêtu d'un office ou d'une dignité ecclésiastique. Quant aux grades militaires, ils sont donnés soit à l'ancienneté, soit au choix, d'après certaines règles. Il faut bien les distinguer de Y emploi. Le grade est la propriété de l'officier, qui ne le perd que parla dégradation. L'emploi cesse, au contraire, par la réforme ou la retraite, la mise en disponibilité, en non-activité. Dans l'armée de terre, on distingue surtout les grades suivants : officier général (général de division ou de brigade) ; officier supérieur (colonel, lieutenant-colonel, chef d'escadron ou de bataillon); officier subalterne (capitaine, lieutenant et sous-lieutenant) ; sous-officier (sergent ou maréchal des logis, fourrier, adjudant); caporal ou brigadier. Dans l'armée de mer, les principaux grades sont les suivants : amiral, vice-amiral, contre-amiral, capitaine de vaisseau, capitaine de frégate, lieutenant de vaisseau, enseigne de vaisseau, aspirant, premier et second maître, quartier-maître.
Chevalier, officier, etc. — Parmi les distinctions honorifiques, nous remarquerons celles que confèrent les ordres de chevalerie dont on a parlé ailleurs (v. livr. VII, Société). Dans la Légion d'honneur, les grades sont les suivants : grand-croix, grandofficier, commandeur, officier, chevalier. Les insignes et la manière de les porter varient selon le grade. Les chevaliers portent l'étoile en argent avec un ruban ; les officiers la portent en or avec une rosette ; les commandeurs la portent en sautoir ; les grands-officiers ont la croix d'officier avec une plaque en argent sur le côté droit de l'habit ; les grands-croix ont la plaque à gauche, avec un large ruban porté en écharpe, auquel la croix est suspendue.
Bachelier. — Le bachelier ou bas-chevalier fut d'abord un chevalier qui ne pouvait conduire assez de vassaux pour lever bannière. On appela ensuite bachelier des chanoines d'un rang inférieur, des étudiants en théologie, des jeunes gens ; ce nom s'étendit même aux jeunes personnes (bachelette). Le nom de bachelier a désigné ensuite ceux qui avaient obtenu le premier grade dans une