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Chapitre II

De la hiérarchie ecclésiastique et civile.

Hiérarchie : hiérarchie ecclésiastique. — La société résulte essentiellement d'éléments inégaux, qui se multiplient et se compliquent merveilleusement à mesure qu'on les observe de plus près. Le pouvoir, les fonctions, la naissance, la fortune, les honneurs, les professions, le talent, le savoir, les mérites, etc., sont distribués sur autant d'échelles ascendantes et descendantes. De là la hiérarchie et toutes les conditions sociales.

On distingue d'abord la hiérarchie ecclésiastique et la hiérarchie civile, chacune avec le caractère que comporte la société dont elle marque l'organisation et la vie. Or, pour parler d'abord de la hiérarchie ecclésiastique, il n'y a pas de société

dont la stabilité puisse être comparée à celle de l'Eglise. Les peuples passent, les nations se forment et se dissipent, leurs institutions changent plus encore : seule l'Eglise ne change pas essentiellement. Toujours fidèle à ses dogmes et zélée pour sa discipline, elle est gouvernée par le souverain pontife et les évêques, servie par ses prêtres et ses religieux, obéie par ses fidèles. Au sommet de la hiérarchie ecclésiastique apparaît le vicaire de Jésus-Christ, le successeur de Pierre. Après dixhuit siècles d'existence, la papauté, merveilleusement conservée parmi les plus grandes vicissitudes, et ayant toujours gardé le dépôt de la foi, vérifie cette parole de Jésus-Christ au prince des apôtres : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » La papauté, comme l'Eglise, est sortie victorieuse de toutes les épreuves. Epreuves du sang : pendant trois siècles, les papes s'assirent à peine sur la chaire apostolique avant d'aller confirmer leur foi par le martyre. Epreuves de l'invasion et de la barbarie : pendant que l'empire romain était démembré, la papauté ne cessait de croître ; elle parvint à conquérir à la vérité religieuse et à la civilisation plus de provinces que les Césars n'avaient su en défendre. Epreuves du succès : devenue la plus haute puissance de l'Europe, la papauté ne pactisa point avec les désordres des princes, elle ne consentit jamais au relâchement des mœurs et à la diminution de la vérité. Dépouillée aujourd'hui du prestige de la puissance temporelle, elle reste la plus grande force morale de ce monde. Centre de l'unité religieuse, c'est vers elle qu'on regarde de toutes les extrémités de la terre. Elle enseigne, elle bénit, elle administre toutes les contrées : tous les peuples, même les plus sauvages, lui donnent des enfants.

Au-dessous du pape, l'évêque, son égal par le sacrement de l'ordre, mais son auxiliaire par la juridiction et l'autorité. Avec l'évêque, le simple prêtre, son fils spirituel et son collaborateur. La plénitude du sacerdoce appartient à l'évêque ; et c'est en donnant de sa plénitude avec discernement, qu'il s'entoure d'ouvriers diligents, aux aptitudes variées, tous appelés à travailler à la culture des âmes. Il compose avec eux la tribu sacerdotale. « Dieu, dit Lacordaire, s'est choisi dans l'humanité une tribu particulière, image plus parfaite de son Fils, vouée à la douceur, à la pureté, au sacrifice, et dont tous les membres, quel que soit leur âge, revêtent le nom de prêtres, c'est-à-dire de vieillards, parce qu'ils ont reçu de la grâce divine une paix prématurée dans leur cœur et ce je ne sais quoi de pieux, d'aimable et de bon qui descend d'en haut sur la vieillesse et en fait une si belle couronne de la vie. Le prêtre a la force de l'homme, tempérée parla bonté de Dieu » (62e conf. )

A côté du prêtre, et lui servant bien souvent de modèle, le religieux, prêtre lui-même ou laïque, qui s'est voué à la pratique des conseils évangéliques. « Si vous voulez être parfait, disait Jésus au jeune homme qui pratiquait déjà les préceptes de la loi, allez, vendez tout ce que vous possédez, donnez-en le prix aux pauvres et sui\ez-moi. » L'état religieux consiste dans les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, émis devant l'Eglise et acceptés par elle. En renonçant solennellement à la vie séculière, le religieux n'a pas seulement à cœur son propre salut et sa propre perfection : il veut encore, il veut surtout peut-être, cet homme obscur et généreux, se consacrer au sci vice de ses frères, leur abandonner, en quelque sorte, sa part de jouissances légitimes, pour prendre une double part de sacrifices. L'antiquité n'a pas connu ces dévouements, et la raison ne saurait expliquer, sans la foi, ces holocaustes pacifiques et sans cesse renouvelés d'une religion qui est charité.

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