PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
vant la même définition à plusieurs sujets. Ils sont au nombre de cinq : le genre, Y espèce, la différence, lepropre et l'accident. Au-dessus des universaux proprement dits il y a les notions transcendantes (être, unité, vérité, bonté), qui ne s'appliquent à leurs objets que d'une manière analogue. — On distingue l'universel avant la chose, dans la chose, après la chose (ante rem, in re, post rem). Les universaux ante rem sont les idées types suivant lesquelles les choses ont été créées ; tel est encore l'idéal de l'artiste par rapport à l'œuvre dont il est l'auteur. Les universaux in rébus sont les universaux réalisés : par exemple l'humanité en Pierre. Les universaux p>ost res sont les universaux pris formellement, ce sont les idées que notre esprit se forme sous l'action des choses. — Axiomes : Les universaux sont partout et toujours (Universalia sunt ubique et semper), c'est-à-dire qu'ils ne sont limités ni par l'espace ni par le temps ; c'est-à-dire encore qu'ils sont comme les essences, éternels, etc. — Ce qui est plus universel se compare à ce qui l'est moins comme le tout à la partie et comme la partie au tout : c'est-àdire, par exemple, que le genre contient l'espèce sous le rapport de l'extension et que l'espèce contient le genre sous le rapport de la compréhension.
La question des universaux, si débattue au moyen âge et de nos jours sous d'autres noms, est celle-ci : nos idées, et par conséquent nos connaissances, sont-elles objectives et comment ? Les réalistes exagérés soutenaient que les universaux (genres, espèces) existent formellement dans les choses ; les conceptualistes et les nominalistes, au contraire, soutenaient que les universaux ne sont que des mots ou des concepts. La vérité est que les universaux ne sont point sans réalité, mais qu'ils n'existent formellement que dans l'esprit. L'idée d'homme, par exemple, ne se réalise pas formellement : il n'y a pas d'homme qui ne soit qu'homme ; mais elle se réalise cependant en chaque homme, en Pierre et en Paul, qui, outre leurs qualités d'homme, ont les qualités qui les caractérisent. Nier la réalité des universaux ainsi comprise, c'est tomber dans le subjectivisme ou le phénoménisme, c'est croire que toute connaissance est purement relative, c'est dénaturer le langage et détruire la science. Et tel est le caractère général de l'idéalisme et du scepticisme contemporains.
Topiques. Lieux communs. — Ce sont les sources, c'est-à-dire les idées les plus générales sous lesquelles viennent se ranger toutes les preuvres possibles, tous les chefs d'argument. Il y a, selon les rhéteurs, sept lieux intrinsèques : la définition, Yènumèration des parties, le genre et l'espèce, la comparaison, les contraires, les choses qui répugnent, les circonstances. Il y a cinq lieux extrinsèques : la loi, les titres, la renommée, le serment, les témoignages. Les théologiens, après Melchior Cano, ont déterminé dix lieux thèologiqucs ou autorités: Y Ecriture sainte, la tradition, l'Eglise, les conciles, les papes, les Pères, Y histoire, les théologiens et les docteurs, les philosophes et la raison naturelle. Pour ne parler que des lieux communs de la rhétorique, on voit aussitôt quel parti peuvent en tirer l'écrivain et l'orateur. Mais il est non moins évident qu'une détermination complète des lieux communs appartient au philosophe et au logicien beaucoup mieux qu'au rhéteur et au grammairien. Les lieux communs doivent embrasser, en effet, toutes les notions qui dominent ce livre II : De l'être (notions transcendantes : être et ses modes : unité, vérité, etc. ; universaux : genre, espèce, différence, propre, accident ; catégories : substance, qualité, etc. ; principes et causes : auteur, fin, moyen, etc.), sans négliger aucune de celles qui, dans les autres livres, peuvent être en rapport avec elles sur tel sujet
donné. La philosophie et, en particulier, la logique ainsi considérées, deviennent une étude raisonnée et approfondie des lieux communs; et cette étude n'a rien d'étroit et de superficiel ni de banal ; car, si l'on pèche si facilement par l'abus des idées générales, on ne peut, d'autre part, exceller que par leur emploi.
Catégories. — Dans la philosophie péripatéticienne, les catégories sont les modes spéciaux de l'être, chacun des genres suprêmes dans lesquels viennent se ranger toutes les réalités des choses, tous les attributs qu'on leur donne, tout ce qu'on peut en dire (prœdicare, pra?dicamentum). Les catégories sont donc à la fois logiques et métaphysiques. Aristote en compte dix : la substance, opposée à l'accident, et, parmi ceux-ci : la quantité, la qualité, la relation, l'action et la passion, le lieu, le temps, la situation, l'avoir à la manière d'un vêtement, etc. — Les catégories se distinguent des réalités et notions transcendantes qui sont des modes généraux de l'être, que nul genre ne peut circonscrire ; telles sont l'unité, la vérité, etc. Elles se distinguent aussi des catégorèmes. — Catégories de Kant. Kant a essayé lui aussi de déterminer des catégories, au nombre de douze. Elles forment quatre groupes : unité, pluralité, totalité (quantité) — réalité, négation, limitation (qualité) — substance et accident, causalité et dépendance, com m unauté ou réciprocité (relation) — possibilité et impossibilité, existence et non-existence, contingence (modalité). — Mais les catégories de Kant sont trop subjectives. Il les dérive des jugements, qui sont subjectifs dans leur forme, et qu'il divise d'une manière assez arbitraire. Il n'est pas étonnant ensuite que les concepts transcendants soient mêlés aux catégories et qu'elles servent à tout compliquer au lieu de tout éclaircir.
Les pythagoriciens, au dire d'Aristote, comptaient les dix catégories suivantes : le fini et l'infini, l'impair et le pair, l'unité et la pluralité, le droit et le gauche, le mâle et la femelle, le repos et le mouvement, le droit et le courbe, la lumière etles ténèbres, le bien, et le mal, le carré et toutes les figures a côtés inégaux. — Mais on voit que les pythagoriciens se sont bornés à une énumération des contraires ; leurs catégories ne divisent pas l'être lui-même; elles manquent d'ordre et de profondeur.
Les stoïciens ramènent les catégories d'Aristote à quatre : la substance, la qualité, le mode et la relation. — Cette énumération pèche surtout par défaut. Que devient la quantité, avec l'espace et le temps, qui sont analogues entre eux, mais qui ne peuvent être réunis sous un même concept général ?
Prédicable, Prédicament — Les prédicables (du latin prœdicare, attribuer) marquent les modes ou manières dont une chose est dite d'un sujet. Or un attribut peut convenir à un sujet de cinq manières : comme son genre (par ex. : Pierre est un être animé) ; comme son espèce (par ex. : Pierre est un homme) ; comme sa différence spécifique (par ex. : L'homme est raisonnable) ; comme quelque chose qui lui est propre (par ex. : L'homme a la faculté de rire) ; comme un accident (Pierre a du savoir-faire). De là les cinq prédicables ou universaux (v. plus haut). Ils diffèrent des prèdicaments ou catégories, qui ne sont pas précisément des modes d'attribution, mais les attributions, les attributs eux-mêmes. Disons mieux : les prédicables sont de l'grdre logique, tandis que les catégories sont plutôt de l'ordre réel ; elles marquent les genres suprêmes dans lesquels se distribuent toutes les réalités, tout ce qui peut convenir aune chose, tous les modes spéciaux de l'être. Aristote, dans ses Topiques, a défini ces notions, et Porphyre les a expliquées dans son Introduction aux catégories d'Aristote (Isagoge).