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LIVRE II : DE L ETRE

Attribut — Ce qui est propre à quelqu'un ou quelque chose. En grammaire, l'attribut est le terme formel de la proposition ; il la compose, avec le sujet et le verbe. En logique, l'attribut est ce qu'on affirme du sujet. Les attributs sont logiques ou métaphysiques. Ils se ramènent tous aux universaux et aux catégories ou prédicaments. — En Dieu, on distingue les attributs métaphysiques (immensité, éternité, etc.) et les attributs moraux (intelligence, bonté, etc.).

Transcendant, transcendantal. — Dans la philosophie scolastique, les notions et , les réalités transcendantes sont celles qui dépassent tout genre, toute catégorie, et s'étendent par conséquent à tout: ainsi l'être, l'unité, la vérité. — On qualifie quelquefois de transcendant l'Etre divin, dont les créatures ne sont que l'imitation imparfaite, inadéquate. Le transcendant ainsi entendu est opposé à l'immanent. . — Dans la philosophie de Kant, une notion transcendante estime notion innée, a priori, indépendante de toute expérience.

Genre. Espèce. — Le genre est ce qui convient de la même manière, suivant la même définition, à plusieurs espèces : par ex. l'animalité, la sensibilité. \J espèce est l'essence commune à plusieurs individus. Le genre contient l'espèce et réciproquement, suivant le point de vue auquel on se place. Le genre s'étend à plus d'individus que l'espèce ; mais il comprend moins de notes ou d'éléments. Ainsi l'idée d'animal (genre) s'étend aux hommes et aux bêtes ; mais elle est moins riche que l'idée d'homme (espèce) si on l'analyse, puisque l'homme possède tous les attributs de l'animalité, et ceux de la raison en plus. En un mot, le genre a plus à' extension que l'espèce, mais il a moins de compréhension.

L'espèce peut devenir genre par rapport à des espèces inférieures, comme aussi le genre peut devenir espèce par rapport à un genre supérieur : de là les genres et les espèces suprêmes, infimes, moyens. Il arrive ainsi que les genres et les espèces se superposent comme des échelons, ou mieux qu'ils se ramifient à la manière d'un arbre. Par exemple la substance (genre suprême) comprend deux espèces (suprêmes) : la substance corporelle et la substance incorporelle ; la première, ou le corys, comprend deux espèces : le corps organique ou vivant et le corps inorganique ou inanimé. Le corps vivant se subdivise à son tour en deux espèces : corps sensible (l'animal), corps non sensible (la plante). Enfin l'animal comprend deux espèces: l'animal raisonnable (espèce humaine) et la brute. C'est ce qu'on appelle l'arbre de Porphyre. Dans les classifications (v. ce mot), on désigne les genres supérieurs et moyens par des noms collectifs plus ou moins bien choisis : embranchement, classe, ordre, famille, tribu, etc.

Plusieurs pensent, avec les idéalistes, les sceptiques et les nominalistes, que toutes les classsifications sont subjectives ; elles ne seraient que des cadres utiles à notre esprit pour classer les choses et mieux les étudier. Mais les classifications sont objectives dans la même mesure que les universaux d'où elles résultent (v. universaux et idées générales).

Espèces. Variétés. Transformation des espèces.— Au sons de nature spécifique, l'espèce est l'un des cinq universaux : c'est l'essence commune à plusieurs individus. Il s'agit ici de l'espèce proprement dite ou phi/osopjhique, celle qui résulte d'un genre et d'une différence unis essentiellement et formant en réalité une même essence : ainsi l'espèce humaine, dans laquelle le corps et l'âme font un tout essentiel. L'espèce purement logique, au contraire, résulte d'un sujet et d'une différence (jui est en réalité un accident: ainsi l'espèce blanche, ou l'espèce noire, ou l'espèce jaune, dans le

genre humain. Il est, en effet, accidentel à l'homme d'être noir ou blanc. Une foule d'espèces animales et végétales paraissent n'être que des espèces logiques, c'est-à-dire que telles différences, tenues pour spécifiques par les naturalistes, ne sont en réalité que des qualités accidentelles et acquises. A ces espèces confinent les variétés, regardées par les naturalistes eux-mêmes comme de simples modifications plus ou moins stables de l'espèce dues à la sélection naturelle, l'hérédité, la culture, la domestication, etc.

On agite, en histoire naturelle, la question de savoir si les espèces se transforment ou si, au contraire, elles sont immuables. Le transformisme et l'évolutionnisme en général tiennent pour la transformation. Pour juger de cette question, il faut préciser autant que possible la notion d'espèce, en histoire naturelle, comme nous l'avons précisée en philosophie. En philosophie, l'espèce c'est la nature, c'est l'essence commune à plusieurs individus; c'est elle qui est le principe premier et intrinsèque de toutes les facultés, de toutes les opérations. L'espèce, disent encore les philosophes, se reconnaît comme la nature aux propriétés et aux actes. C'est parce que tous les hommes se distinguent par les mêmes facultés intellectuelles et morales, et une multitude de caractères communs, que nous les regardons comme étant de même espèce. Or les naturalistes ne procèdent guère autrement, quand ils essaient de déterminer les espèces vivantes, classant ensemble tous les individus qui offrent sensiblement les mêmes formes, les mêmes caractères, les mêmes propriétés. Seulement, au lieu de définir l'espèce par la nature, par l'essence commune aux individus, comme le font les philosophes, ils la définissent plutôt par les caractères et l'ensemble des individus qu'elle embrasse. De plus, comme parmi les caractères qui décèlent une communauté de nature, il en est un de particulièrement remarquable , savoir la descendance commune, avec la faculté de se reproduire et la fécondité indéfinie, ils ont défini l'espèce : « La collection des individus qui descendent de mêmes ancêtres ou qui sont aptes à s'unir entre eux et à se propager indéfiniment ».

On voit par là que, en partant de points de vue opposés, le philosophe et le naturaliste se rencontrent cependant pour s'éclairer mutuellement. Si le naturaliste est trop enclin à multiplier les espèces, en regardant comme 'essentielles les différences de forme ou de structure qui ne le sont point, le philosophe, de son côté, est enclin à supprimer des espèces, en ne considérant que les caractères les plus généraux, sans avoir assez d'égards aux formes extérieures et à l'organisme. Mais en réunissant les deux méthodes, celle des philosophes et celle des naturalistes, et en combinant les définitions qu'ils donnent de l'espèce, on arrive à penser qu'il y a dans la nature et dans chaque règne un assez grand nombre, et même un très grand nombre d'espèces proprement dites, c'est-à-dire d'êtres ayant des natures ou essences diverses.

En effet, on n'a point trouvé jusqu'ici d'espèce équivoque, c'est-à-dire servant de transition entredes espèces proprement dites. Les espèces oscillent plutôt autour d'un point fixe : on ne peut les en éloigner pour les rapprocher des espèces voisines que momentanément et au risque de les frapper de stérilité.

Mais la question de la transformation des espèces est avant tout philosophique. Or, à ce point de vue, on ne peut supposer que les espèces, c'est-à-dire les essences, se transforment. D'autre part, comment supposer que l'homme et les animaux les plus divers entre eux ont même nature ou même essence? A moins donc de nier la diversité des natures et des essences, il faut nier la transformation des espèces, en vertu de laquelle, par exemple, tous les animaux

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