PARTIE LOGIQUE ET ENCYCLOPEDIQUE
proviendraient d'une même cellule comme de leur cause productive et principale. Toutes les concessions que l'on peut faire sur le plus ou moins grand nombre des espèces philosophiques ne détruiront pas ce principe : les espèces ou les essences sont im muables.
On comprendra maintenant la vérité des axiomes suivants : Les espèce* sont comme /es nombres (Species sunt sicut numeri). De même que le nombre supérieur contient le nombre inférieur, ainsi les espèces ou natures ou formes supérieures contiennent les inférieures. On voit, par exemple, (pie l'âme humaine possède les facultés végétatives de la plante, les facultés sensibles de l'animal et ses facultés propres. — Le plus et le moins ne changent pas l'espèce (Magis et minus non variant speciem) ; car ils touchent à la quantité, non pas à l'essence. Par exemple, qu'il y ait plus ou moins d'eau à la rivière, ce sera toujours de l'eau. — La question du transformisme divise beaucoup les philosophes, sans en excepter les catholiques, dont plusieurs font au système transformiste toutes les concessions compatibles avec la foi .et le spiritualisme (v. par ex. le Père Zahm, L'Évolution et le dogme, 2 vol. in-16).
Différence. — C'est ce qui, en s'ajoutant au genre, forme l'espèce et la distingue des autres : ainsi la raison dans l'homme, la sensibilité dans l'animal. On voit par là (pie la différence est plus noble que le genre, auquel elle se compare comme l'acte à la puissance, la forme à la matière.
Différencier, différenciation. — Séparer, distinguer par la différence, t'es mots sont employés quelquefois pai opposition ^multiplier, multiplication. La multiplication se fait par simple reproduction : ainsi l'espèce humaine, comme toute espèce vivante, se multiplie par voie de génération. Mais l'espèce humaine se différencie en môme temps d'une manière accidentelle, en formant des races, des variétés distinctes. C'est une loi que les êtres corporels progressent en se différenciant, en passant de l'homogène à l'hétérogène, d'une unité imparfaite à une unité supérieure. Mais cette loi de progrès et de perfectionnement n'implique point le transformisme.
Propre. — C'est ce qui découle de l'essence : ainsi la raison dans l'homme. D'où il suit que le propre peut se substituer à la différence essentielle dans la définition. Le propre est l'un des cinq prédicables ou universaux.
Accident. — C'est ce qui s'ajoute à la nature, à l'espèce, et peut manquer sans que l'espèce ou la nature disparaisse : ainsi la science dans l'âme, la couleur dans le corps. L'accident dont il s'agit ici est logique ; il n'est pas opposé à la substance, mais a l'essence. Une branche dans un arbre est un accident logique, mais une substance réelle ou une partie de substance.
Individu, individualité, etc. — L'individu est ce qu'on ne peut attribuer à plusieurs; l'individu est donc incommunicable. Il se distingue ainsi de l'universel qui est formellement une idée et qu'on peut attribuer à plusieurs. L'individu est concret, l'universel est abstrait. L'individu est encore appelé parles scolastiques substance première. C'est un axiome que les individus sont infini*, c'est-à-dire qu'ils peuvent croître en nombre indéfiniment. On dit aussi que les individus seuls existent, parce que les universaux n'existent qu'autant qu'ils sont réalisés dans les individus. — On appelle notes individuantes, les caractères, qualités qui distinguent l'individu. On les a renfermés dans les deux vers suivants : « Forma, figura, locus, tempus, stirps, patria, nomen : Haec ea sunt septem, quse non habet unus et alter » — On appelle 'principe d'individuation, le principe intrinsèque qui distingue les individus entre eux.
Concret. — C'est l'opposé de l'abstrait ; c'est le réel, le particulier, et, s'il s'agit des réalités inférieures, c'est le sensible, c'est le contingent. — Distinctions : Termes concrets, termes abstraits. Les premiers expriment le sujet avec sa forme : ainsi rouge, ardent, grand. Les seconds expriment la forme, la qualité séparée de son sujet : ainsi rougeur, ardeur, grandeur. — Nombres concrets, nombres abstraits. Les premiers expriment un nombre de choses déterminées : ainsi trois hommes, dix chevaux. Les seconds expriment un nombre de choses quelconques : ainsi trois, dix, cent.
Substance. — La première catégorie est la substance (sub stare, être sous ; en grec v'noxei/i&ev^ sujet). Cette dénomination est juste, car la substance est ce qui existe en soi, ce qui subsiste, et sert de sujet aux accidents. On ne peut la définir, à proprement parler, puisqu'elle estun genre suprême : entre elle et les autres réalités, il y a donc analogie plutôt ([lie différence. Mais l'idée que nous avons de la substance n'en est pas moins claire. Par exemple, nous ne saurions la confondre tout à fait avec l'essence. Celle-ci indique la nature, l'entité, les principes constitutifs, tandis que la substance indique plutôt et formellement le mode d'être, d'existence . Il est vrai qu'Aristote et les Pères grecs prennent le mot ovula, tantôt dans le sens d'essence, tantôt dans le sens de substance ; mais ils ne confondent pas pour cela ces deux concepts. La substance est ce qui est en soi : l'essence est ce par quoi une chose est ce qu'elle est ; la notion d'essence est transcendante : celle de substance ne l'est pas ; soit la substance, soit l'accident ont leurs essences respectives, mais l'accident ne subsiste pas.
La notion de substance est primitive. En effet, au spectacle des changements qui surviennent dans les choses, l'esprit ne tarde pas à distinguer entre l'accident qui passe (chaleur, mouvement, couleur, figure) et la substance qui demeure. De plus, en réfléchissant sur lui-même, il constate mieux encore cette différence entre ses pensées, qui s'évanouissent ou s'écoulent sans cesse, et sa personne, qui subsiste. Les notions de substance et d'accident sont à ce point naturelles, fondamentales, primitives, que le langage en porte partout l'empreinte : toute proposition, par là même qu'elle se décompose en sujet et attribut, suppose la distinction de la substance et de l'accident.
Spinosa a mal défini la substance en disant qu'elle est « ce qui existe par soi, sans avoir besoin d'aucun autre être pour exister ». Prise rigoureusement cette définition ne convient qu'à la substance divine ; elle conduit par conséquent au panthéisme.
On distingue la substance première et la substance seconde. La substance première, c'est l'individu ; la substance seconde, ce sont les genres, les espèces. On distingue aussi la substance complète et la substance incomplète. La première est celle qui n'est pas destinée à s'unir à une autre : ainsi l'homme, l'ange, la plante. La seconde est destinée à quelque union. Elle peut être incomplète de deux manières : sous le rapport de l'espèce seulement (ratione speciei) : ainsi l'âme humaine ; ou bien sous le rapport de la substantialité {ratione substantialitatis) : ainsi l'âme des bêtes, qui ne peut subsister sans le corps.
Transsubstantiation — Passage, conversion d'une substance tout entière en une autre. Se dit de la conversion du pain et du vin eucharistiques au corps et au sang de Jésus-Christ. La transsubstantiation diffère de la transformation, dans laquelle la matière qui était sous la première forme reste sous la seconde, tandis que, dans la transsubstantiation, toute la substance fait place à une autre. Les protestants ont nié la transsub-